Le Mauritanien Sidi Ould Tah élu neuvième président du Groupe de la Banque africaine de développement
Source: ADI
ABIDJAN, 30 mai 2025 (ADI) - Le 29 mai, à Abidjan, Sidi Ould Tah, 64 ans, a été élu à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD) avec 76,18 % des voix. Trois tours de scrutin auront suffi. A l’issue du dernier, il ne restait plus grand-chose des ambitions de ses deux concurrents encore en lice : le Zambien Samuel Maimbo et le Sénégalais Amadou Hott. A peine élu, le Mauritanien a prononcé un bref discours pour exprimer sa gratitude au continent. Puis, dans un anglais sobre, il a lancé : « Now, it’s time to go to work. » Une déclaration sans emphase, qui en dit long sur son tempérament.
³Peu connu du grand public mais très respecté dans les milieux institutionnels et financiers, notamment arabes, Sidi Ould Tah connaît parfaitement le fonctionnement interne de la BAD. Il en maîtrise aussi bien les forces que les lenteurs et les zones grises.
Depuis une décennie, il dirigeait la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA). Une institution que l’on disait en sommeil, souvent reléguée au second plan, parfois raillée. Sous sa conduite, elle a opéré un redressement spectaculaire, obtenant notamment une note de crédit AA+, performance rare parmi les banques multilatérales arabes.
A Abidjan, ce 29 mai, la victoire de Sidi Ould Tah n’était plus vraiment une surprise. Elle s’était construite loin des projecteurs, à travers des jeux d’alliances et des appuis discrets. Djibouti, notamment, a très tôt misé sur sa candidature. Le président Ismaïl Omar Guelleh ne s’est pas fait attendre pour le féliciter, saluant un « économiste de renom ». Quant au ministre djiboutien de l’Economie, Ilyas Moussa Dawaleh, proche du nouveau président depuis des années, il a salué « la sagesse » et « l’expérience » d’un « frère d’armes ».
Mais au-delà de la trajectoire singulière de Sidi Ould Tah, c’est toute une génération de technocrates arabo-africains qui s’affirme désormais sur la scène continentale. En février, le Djiboutien Mahmoud Ali Youssouf prenait les rênes de la Commission de l’Union africaine. Deux mois plus tard, son compatriote Abdoulkader Dileita Mohamed était nommé chef du bureau-pays de la BAD en Algérie. Cette montée en puissance, loin d’être fortuite, s’inscrit dans le mouvement d’ascension de pays longtemps relégués aux marges, et qui, aujourd’hui, s’impose pour occuper pleinement leur place dans le nouveau récit africain.
La BAD, créée en 1964 dans le contexte des indépendances et de la guerre froide, se retrouve aujourd’hui à un moment charnière. L’Afrique, elle, est désormais plurielle, multipolaire. Dans ce nouveau paysage, faut-il opter pour une gestion prudente ou oser des réformes profondes ?
Le 1er septembre, Sidi Ould Tah deviendra le neuvième président de l’institution, prenant la relève d’Akinwumi Adesina, un dirigeant charismatique dont les deux mandats ont accru la visibilité de la banque, parfois au détriment de sa lisibilité. Le nouveau président arrive avec un style bien différent : plus discret, presque en décalage avec les standards de communication actuels.
Avec Sidi Ould Tah, la Banque change de ton. Moins de grands effets, davantage d’efficacité. Moins d’image, plus de pragmatisme. Plus prudente, sans doute. Et peut-être, plus proche des réalités du continent.
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