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Lutte contre les trafics illicites : Dans le ventre de la peluche

Par AAD | 02 mai 2025
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Lutte contre les trafics illicites : Dans le ventre de la peluche

Source: ADI

DJIBOUTI, 2 mai 2025 (ADI) - Terminal d’arrivée. Aéroport international d’Ambouli. Il est un peu plus de 10h, ce matin-là, quand la scène se joue, douce et banale d’abord, avant de basculer dans l’impensable. Ils viennent de débarquer, encore enveloppés dans la fatigue du voyage, ce jeune couple accompagné de leurs deux fillettes. La plus grande, trois ans, court à petits pas sur le carrelage en riant, serrant contre elle une peluche tigrée à l’oreille déformée. Sa sœur cadette, un an et demi, dort à moitié dans les bras de sa mère, la joue collée contre l’autre peluche, un ours crème aux yeux trop noirs. Le père, la trentaine, pousse les valises. Il a le regard flou des hommes pris par mille pensées. Polo clair, barbe de trois jours, mains nerveuses. Il s’arrête devant le portique. Les deux jouets sont neufs. Cadeaux de la veille. Un geste tendre du père avant le départ, pour adoucir le voyage, pour les occuper dans l’avion.

« Allez, on passe là, mes amours », dit le père, un peu pressé, en guidant sa petite famille vers le poste de contrôle.

Il dépose les valises sur le tapis. La file avance lentement. Une agente des Douanes, le regard vif, s’accroupit à hauteur des fillettes. Elle sourit, tend deux papillotes colorées. « Des bonbons pour les princesses ? »

Les deux enfants attrapent les friandises, un peu timides. La douanière tend la main vers les peluches. « Je dois les scanner aussi. Ne vous inquiétez pas, je vous les rends tout de suite. »

Les valises glissent dans le scanner, suivies, sans y penser, des peluches. L’écran du scanner s’allume. Le faisceau pénètre les objets. Et soudain, dans le ventre de la peluche de la grande, des formes irrégulières. Pas de coton. Mais des paquets bien enroulés, soigneusement logés. L’œil de la douanière se fige.

« Fatou, tu peux venir voir ça ? », appelle-t-elle calmement.

Une autre agente s’approche, les sourcils froncés. Elle fixe l’écran. La file derrière s’allonge. « Ce n’est pas normal... Y a du matos là-dedans », souffle-t-elle.

Sans brusquerie, mais avec fermeté, Fatou s’approche du père. « Monsieur, je vais vous demander de nous suivre. Juste une vérification de routine. » Le père blêmit. La mère interroge du regard. Les enfants, elles, continuent à suçoter leurs bonbons.

Le petit groupe est escorté dans un bureau à l’écart, porte close, néons blancs. La douanière prend une aiguille fine, soulève délicatement le ventre de la peluche et tire sur la couture. Le fil craque. De la peluche éventrée jaillissent cinq petits sachets, scotchés, opaques. A l’intérieur, des cocktails de protéines trafiquées, anabolisants, dopants.

« Protéines modifiées. Substances dopantes », murmure Fatou. « On les revend à prix d’or sur les réseaux. Marché noir du muscle facile. » Le père, debout, reste figé. « Je… je ne comprends pas... Ce n’est pas moi qui ai fait ça… » Sa voix tremble, s’étrangle. Il regarde sa femme, cherche dans ses yeux un soutien, une échappatoire. « Tu sais quelque chose, toi ? », demande-t-il à la jeune mère, qui ne répond pas, les bras refermés sur la cadette. Elle a le regard cassé.

On frappe à la porte. C’est le responsable de la Douane. Carrure imposante, calme autoritaire. « Faites sortir la mère et les enfants », dit-il. « Nous avons juste besoin du père. » La mère proteste à peine, confuse. Elle sort sans un mot, les enfants dans les bras.

Le douanier referme la porte. « Votre passeport, s’il vous plaît. » L’homme obtempère, docile. Il n’a plus l’assurance des halls d’embarquement. Ses mains tremblent. « Vous savez ce qu’on trouve là-dedans ? Ces substances, ce n’est pas pour les enfants. Ni pour un usage personnel. »

Le père baisse les yeux. « Je… j’ai juste acheté les peluches dans une boutique à l’étranger. Ce n’est pas moi qui ai mis ça dedans, je vous le jure... »

Le douanier l’observe. Longtemps. « Copiez son passeport », dit-il à un collègue.

Quelques minutes plus tard, la porte du bureau s'ouvre de nouveau. Un homme en uniforme et une femme, foulent le seuil. Deux gendarmes.

Pendant que le chef de division de la Douane photographie la peluche éventrée sous tous les angles, les gendarmes s’installent face au père, de part et d’autre de la table.

Personne ne parle. L’air est saturé de silence. Le temps semble suspendu.

Puis, d’un geste précis, le responsable de la Douane tend un dossier aux gendarmes : rapport d’incident, photos, éléments saisis. Tout est là.

Il se redresse et s’adresse au père, d’une voix neutre : « Cher Monsieur, suivez-les, s’il vous plaît. Ils vont recueillir votre déposition. » Le père obtempère, tête basse, regard éteint.

A l’aéroport, la procédure est stricte. Quand la Douane découvre une infraction de ce type, elle remet toujours le prévenu aux forces de l’ordre compétentes. Ici, c’est la gendarmerie nationale qui a autorité.

Quand la porte se referme sur les silhouettes, un calme étrange retombe sur la pièce.

Le chef de poste reste un instant, seul, face à la peluche éventrée. Il contemple l’ouverture béante, les morceaux de fil et le coton souillé. Il souffle, presque pour lui-même : « Voilà le nouveau visage de la contrebande. Dans les bras d’un enfant, dans le ventre d’un doudou... Ils deviennent de plus en plus inventifs. Une peluche, maintenant… Une peluche. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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