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Souleiman Hassan Waberi, président de la FDF : "Les coups que j'ai reçus m'ont révélé l'ampleur du soutien de la base"

Par Propos recueillis par Isman O. | 04 janvier 2025
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Souleiman Hassan Waberi, président de la FDF : "Les coups que j'ai reçus m'ont révélé l'ampleur du soutien de la base"

Source: ADI

DJIBOUTI, 4 janvier 2025 (ADI)- Il a donc tenu parole. Sollicité par la rédaction de l\'ADI en pleine campagne électorale, Souleiman Hassan Waberi avait promis de réserver à notre Agence sa première interview à l\'issue du scrutin, quels qu\'en soient les résultats. A peine réélu pour un troisième mandat à la tête de la Fédération djiboutienne de football (FDF), celui qui a officié à ses débuts en qualité d\'arbitre avant d\'intégrer les instances dirigeantes de la fédération s\'est logiquement tourné vers l\'ADI pour livrer le fond de sa pensée. Les raisons de sa démission, puis de sa candidature et de sa réélection, les épreuves qui ont marqué chacune de ces étapes, les carences du football djiboutien, le manque d\'infrastructures fiables dont les problèmes liés à l\'homologation du stade Gouled sont un exemple frappant... Aucun sujet n\'a été éludé. Bien qu\'aucune de nos questions n\'était connue de lui, Souleiman Hassan Waberi s\'est montré particulièrement enclin à y apporter des éléments de réponse très développés. Un véritable travail de pédagogie.

DJIBOUTI, 4 janvier 2025 (ADI)- Il a donc tenu parole.

ADI : Vous présidez aux destinées de la FDF depuis plus d\'une décennie. Pourquoi avez-vous fait le choix de briguer un nouveau mandat à la tête de cette instance ?

Souleiman Hassan Waberi : Mon parcours personnel est indissociable de la FDF, son histoire, son évolution. J\'y suis entré en tant qu\'arbitre avant de gravir tous les échelons. C\'est un environnement avec lequel j\'ai un lien quasi intime. La singularité de cette relation est justement ce qui m\'interdit de prétendre à quelques arrangements avec la réalité en faisant croire notamment que j\'ignorais l\'importance des difficultés à affronter en acceptant d’assumer les plus hautes charges au sein de la FDF. Je l\'ai fait en connaissance de cause, avec la certitude que mon élection pouvait servir à combler un vide abyssal. De fait, les déficiences en matière juridique étaient d\'autant plus graves que la fédération faisait face à des dysfonctionnements structurels flagrants qui sapaient l\'idée même de progrès, annihilant toutes les bonnes volontés, d\'où qu\'elles viennent. En finir avec ce climat de désorganisation, cette réalité figée où les mêmes causes produisaient toujours les mêmes effets : voilà la première des missions dont je me sentais investi. Voilà pourquoi je me suis attelé aussitôt à doter la FDF d\'une structure juridique de base. Statut de la FDF approuvé par la CAF, règlement intérieur définissant les conditions d\'affiliation des clubs et de leur participation aux différents tournois organisés par la FDF, code éthique, code électoral sont autant de textes dont nous avons conduit le processus d\'élaboration et d\'adoption. La seconde étape de nos travaux a consisté à la création des différentes commissions chargées de garantir la crédibilité de ces instruments juridiques. On pourrait citer entre autres la commission de discipline dont le président, élu au congrès, est avocat de profession, et donc a minima des compétences pour garantir non seulement le respect, mais la vulgarisation de l\'esprit et des dispositions de la charte en vigueur. Tout cela a pu être concrétisé au cours de mon premier mandat.

Tout ce que vous venez d\'énumérer, c\'est pour le bilan. Mais vous n\'avez pas répondu à ma question.

J\'y arrive. Je vais aller au bout de mon raisonnement pour être cohérent dans mon exposé, si vous voulez bien m\'écouter. Le combat pour une fédération en phase avec les défis de notre époque passait nécessairement par l\'élimination méthodique des retards accumulés en matière d\'infrastructures. Nous avons opté en la matière pour une stratégie décentralisée. A l\'instant où nous parlons, trois des cinq régions de l’intérieur peuvent se targuer d\'être dotées de structures et d\'équipements modernes. Un quatrième district, celui de Dikhil, est en voie de l\'être. Des réalisations similaires sont aussi en cours dans la région d\'Arta. La création à Djibouti-ville d\'un centre technique et d\'une académie à Douda s\'inscrit dans cette dynamique amorcée durant mon second mandat de président de la FDF. La combinaison de tous les éléments que je viens de citer a pour finalité d\'atténuer les carences chroniques qui ont longtemps freiné et qui continuent de freiner, même si la proportion est moindre, le développement du football national. La culture du haut niveau, que nous avons l\'ambition d\'instaurer in fine, ne saurait être envisagée tant que subsistent ces archaïsmes. En ce sens, la formation, au même titre que les infrastructures, est encore aujourd’hui au cœur de nos préoccupations. Nous avons à l’heure actuelle plus de 1050 entraîneurs formés. On en comptait seulement six quand j’ai pris les rênes de la FDF. Nous avons beaucoup investi également dans la formation des staffs techniques ou des arbitres. Pour revenir enfin à votre question, je dois dire que porter à son terme le vaste chantier que nous avons entrepris est ce qui donnait un sens à ma récente candidature au poste de président de la FDF. Après tout, les textes en vigueur autorisaient en toute légalité ma candidature. J’avais donc le droit d\'y postuler comme tout autre membre de la FDF.

Vous n\'êtes pas sans savoir que la CAF a refusé d\'organiser des matchs ici à Djibouti. Où en êtes-vous de la réponse à apporter à l\'absence d\'un stage homologué par la CAF ?

Dans ce cas précis, ce qui était en cause, ce n\'est pas tant le stade lui-même que les équipements dont il dispose. L’Etat djiboutien, par le biais du secrétariat d’Etat aux Sports, a entamé un travail de rénovation en suivant les recommandations émises par la CAF. Ces réalisations ont été portées à la connaissance de la CAF. Celle-ci devrait envoyer prochainement une nouvelle mission d\'inspection à Djibouti. Mais tout cela prend du temps, vous n\'en disconviendrez sans doute pas.

Est-ce qu\'il serait juste de penser que votre entrée à la CAF a joué dans votre réélection à la présidence de la FDF?

Je ne crois pas que cela a favorisé ma candidature d\'une manière ou d\'une autre. Pour la simple raison qu\'il s\'agit de deux instances distinctes. Cela dit, mes fonctions au sein de la CAF ont beaucoup servi la cause du football djiboutien. Quelle que soit leur portée ou le champ de leurs compétences respectives, les instances de football sont un espace où le relationnel compte beaucoup. Je suis dans l\'obligation de reconnaître que j\'ai souvent utilisé ce levier pour obtenir des offres de formation ou des subventions pour des projets permettant d\'accélérer la marche vers un football professionnel. J\'ai sollicité dernièrement mes interlocuteurs saoudiens, avec lesquels nous sommes liés par une convention de partenariat. Leur réponse a été l\'octroi d\'une enveloppe de près de 400.000 dollars. Si j\'obéissais à des logiques de convenances personnelles, cet argent aurait pu être utilisé pour promouvoir le football à Dasbio, localité dont je suis issu. Ce ne sera pas le cas. Cette enveloppe servira plutôt à la construction de ce qui deviendra le nouveau siège de la FDF. Je me suis appuyé également du partenariat que nous avons avec la fédération marocaine pour obtenir auprès d’elle le financement nécessaire à la construction d’un terrain synthétique. Le site de PK 23 appartenant à la Gendarmerie nationale a été choisi pour accueillir cette nouvelle infrastructure dédiée à l’équipe nationale. Nous avons signé par la suite un accord de partenariat gagnant-gagnant avec la Gendarmerie. Toutes ces structures ont vocation à contribuer au développement du football dans notre pays. 

Pourquoi avez-vous fait le choix de démissionner quelques mois avant la tenue des élections à la présidence de la FDF ? Quel était l\'objectif derrière cette décision qui avait pris de court tout le monde, à commencer par vos propres collaborateurs ?

Cette décision était dénuée d\'arrière-pensée.

J\'ai le droit de penser le contraire...

Je vous le concède volontiers. Pour ma part, je suis parti d’un constat très simple : ayant bâti, avec d’autres, et en l’espace d’un peu plus d’une décennie, des fondamentaux sur lesquels la FDF est en mesure de s’appuyer aujourd’hui pour aller de l’avant, j’ai estimé que le temps est venu de passer le relais. Ouvrant la voie à une guerre de succession qui a laissé des séquelles plus ou moins profondes, ma décision n’a toutefois pas été sans conséquences en interne. J’en suis comptable. Certaines erreurs sont d’ailleurs imputables à ma gestion personnelle de ce qui a suivi la présentation de ma lettre de démission au comité exécutif de la FDF qui l’a aussitôt rejetée à l’unanimité. Les responsables de tous les clubs ont fait de même. Mon devoir était de me plier à leur volonté, de répondre à leur appel. Je ne l’ai pas fait. J’ai eu tort . Cela pouvait au mieux donner l’impression que je fuyais mes responsabilités, au pire exacerber les tensions au lieu de désamorcer la crise qui couvait.

Qu’est-ce qui vous a finalement convaincu de vous porter candidat pour un nouveau mandat à la tête de la FDF, celle-là même que vous songiez a quitter quelques mois plus tôt ?

Entre ma démission et ma candidature, il y a eu des événements sur lesquels je ne voudrais pas revenir en détail ici. Et pour cause, mon intention est de rassembler comme je l’ai toujours fait, et non pas d’entretenir la division en revisitant les déchirures internes. Ce serait faire outrage à la dignité et à la responsabilité que requière l’exercice des fonctions qui sont les miennes. Je tiens à dire cependant que j’ai vécu moi-même des épreuves pendant cette période troublée. Or, les coups que j’ai reçus m’ont révélé l’ampleur du soutien de la base. J’en ai été sincèrement touché. On ne saurait imaginer à quel point j’ai été sensible à l’élan de sympathie qu’ont manifesté à mon égard les collègues de la fédération, ainsi que les dirigeants de l’ensemble des clubs de football affiliés à la FDF. Ils se sont levés comme un seul homme en prenant ouvertement mon parti.

L’académie de football est-elle, selon vous, en passe de réussir sa mission ?

Oui. Derrière le projet de création de l’académie d’excellence de football, il y avait des aspirations très fortes. Notre première ambition était d’accélérer le passage d’un football de quartier à un football académique. De ce point de vue, les choses avancent. Lentement mais sûrement. Ce qui pouvait passer pour un rêve il y a quelques années encore est en train de prendre corps, de devenir réalité. C’est pourquoi nous avons beaucoup de raisons d’espérer.

Il y a aussi le football féminin dont le développement induit un changement des mentalités dans une société comme la nôtre. Comment parvenez-vous à mener ces deux combats en même temps ?

La parité est désormais de mise concernant les jeunes actuellement en formation dans les différents centres de football. Une nouvelle académie va bientôt ouvrir ses portes pour accueillir ces jeunes qui ont été sélectionnés dès l’âge de 11 ans grâce à un programme de détection mené au niveau des écoles de base, y compris celles implantées dans les régions de l’intérieur. Cette structure particulièrement innovante, qui sera inaugurée prochainement par le chef de l’État, a une capacité d’accueil de 120 places dont 40 sont attribuées dans un premier temps aux footballeurs et autant aux footballeuses. De même, nous disposons aujourd’hui d’une sélection nationale féminine de série A. Il existe aussi des championnats nationaux U17 ou U15 exclusivement destinés à accueillir les équipes féminines.

De la CAF, vous entendez passer bientôt à la FIFA. Dans quel état d’esprit abordez-vous les échéances électorales que vous devez affronter prochainement pour pouvoir franchir ce cap ?

Je vais procéder de la même manière que lorsque, il y a huit ans, j’avais décidé de postuler pour la CAF. En ce temps-là, j’étais beaucoup connu qu’aujourd’hui. Et pourtant, j’ai réussi à déjouer tous les pronostics. La raison en était que j’ai recherché et obtenu l’adhésion du plus grand nombre par la qualité de mon programme. Mes fréquents déplacements à l’étranger m’ont ouvert les yeux, et j’ai suffisamment travaillé les dossiers par la suite. L’avantage dans le scrutin qui se profile à l’horizon, c’est que je ne passe plus pour un outsider. Cela ne veut pas dire que je sous-estime mes concurrents. Nous sommes onze candidats pour un total de cinq postes. C’est peu dire que la confrontation sera dure. Mais nous espérons gagner encore une fois et faire honneur à notre pays, si telle est la volonté de Dieu.

En conclusion, je voudrais exprimer ma profonde gratitude à tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à ma réélection. J’ai une pensée particulière en ce moment même pour le président de la République, M. Ismail Omar Guelleh, la première dame et l’ensemble des membres de la grande famille du football djiboutien. Mes remerciements vont également à Mme Aicha Garad Ali dont la reconduction à son poste de présidente du Comité national olympique et sportif djiboutien est plutôt une très bonne nouvelle. Enfin, je tiens à adresser mes remerciements à nos partenaire de toujours, notamment la FIFA et la CAF.

 

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