19/11/2022
Reportage : En Somalie, le littoral de Mogadiscio débarrassé de ses déchets plastiques


La plage du Lido, au cœur de Mogadiscio, est la plage la plus fréquentée de Somalie. Elle faisait partie des plus polluées jusqu’à ce que les habitants de la ville interviennent.


Tous les vendredis matin, 500 volontaires se rassemblent sur la plage du Lido, non pour nager, mais pour ramasser les ordures. Ils collectent deux à trois tonnes de plastique, de déchets médicaux et autres par semaine.


Cette plage était jadis une belle destination touristique et les habitants de la ville allaient volontiers s’y changer les idées. Or quand le pays a plongé dans la guerre civile, dans les années 1980, le magnifique littoral de la capitale est rapidement devenu une décharge.


Abdisatar Arabow Ibrahim, de l’université de Mogadiscio, ne comprenait pas pourquoi la plage était si sale. “Je me demandais pourquoi les plages européennes étaient si propres alors que les nôtres étaient couvertes d’ordures”, nous confie-t-il.


Il a décidé de faire quelque chose. Il a commencé à ramasser les ordures avec quelques amis le long de la plage. Son initiative a rapidement attiré du monde et les participants se sont faits de plus en plus nombreux. Un an plus tard, les petits commerces se sont multipliés, les gens sont revenus à la plage et la pêche a repris dans la zone. D’autres villes côtières, entre autres Kismayo et Merca, dans le sud du pays, s’y sont mises aussi.


Les bénévoles ne reçoivent aucune compensation et n’ont pas d’équipement particulier. “On fait avec le peu qu’on a, déclare Ibrahim. Mais on continuera à protéger notre nature.”


Les pêcheurs du Lido se plaignaient depuis longtemps de l’impact des ordures sur leur activité. “Les déchets nous blessaient les pieds, parfois même bouchaient le port”, raconte Abdiwali Osman Ogle, 35 ans, qui pêche au Lido depuis plus de dix ans. “Désormais, grâce au nettoyage, on peut tranquillement pêcher sans souffrir des déchets éparpillés sur la plage.”


Maintenant qu’elle est propre, la plage attire plus de gens et donc d’activités commerciales. “Les marchands et les commerces sont plus nombreux depuis quelques mois”, déclare Rowdo Said Qasim, qui tient une boutique de thé au Lido. Elle vendait du thé dans d’autres parties de la ville mais a décidé de s’installer sur la plage il y a trois mois.


“Je gagne assez pour faire vivre ma famille vu que la plage est toujours pleine, explique-t-elle. Maintenant, elle est toute propre et se prête au commerce, grâce aux garçons et aux filles qui donnent de leur temps, leur énergie et leurs ressources pour la nettoyer.”


La plupart des bénévoles sont étudiants. C’est pour cela que le nettoyage se fait le vendredi, un jour non ouvré en Somalie [qui est un pays musulman]. Ibrahim Nageeye Ali, 25 ans, est l’un d’entre eux.


Il s’est joint au projet pour protéger la nature et la beauté de la plage. “Chacun paie son transport et certains d’entre nous viennent de loin”, confie-t-il.


Le projet est soutenu par les autorités : elles fournissent des camions municipaux pour transporter les déchets collectés jusqu’aux décharges officielles, qui se trouvent à la périphérie de Mogadiscio. “Certaines personnalités politiques se joignent parfois au nettoyage, l’ancien Premier ministre Mohamed Hussein Roble, par exemple”, ajoute Ibrahim. Il ne se fait cependant pas d’illusions : “Si on arrête, les déchets envahiront probablement la plage.”


Si cette initiative est bonne pour la plage, elle ne l’est peut-être pas pour l’environnement, explique Ahmed Faroole, fondateur du Somali Environmental Forum. “La fumée provoquée par la combustion des ordures dans les décharges pollue l’atmosphère et contribue à l’aggravation du changement climatique dans notre pays.”

KM

Source :Courrier International