Discours du Président Ismail Omar Guelleh à l’occasion de sa visite officielle à l’Unesco

Par YHB | 19 octobre 2009
5,816 vues
Discours du Président Ismail Omar Guelleh à l’occasion de sa visite officielle à l’Unesco

Source: ADI

Convié à s'exprimer à la tribune de l’Unesco, le chef de l’Etat a rappelé dans son intervention que Djibouti, "en tant que nation arabe, islamique et africaine, incarne les valeurs de tolérance, de solidarité et de dialogue entre les peuples et, consacre les préceptes religieux comme fondements à ses engagements pour la compréhension et le respect entre les religions". "Cette volonté renforce notre détermination à œuvrer pour le rapprochement fraternel et l’entraide entre les nations afin de promouvoir une prospérité et un développement des peuples frères", a expliqué le Président Guelleh. Le Président de la République a enfin appelé la communauté internationale à "redoubler encore d’efforts pour mettre définitivement un terme aux souffrances" des peuples somalien et palestinien. "Dans cet ultime objectif qu’est l’instauration d’un espace de paix et de stabilité dans ces pays frères, je puis vous assurer que la République de Djibouti ne manquera pas à ses obligations régionales et internationales", a-t-il dit. Nous publions ci-après le discours intégral prononcé par le chef de l’Etat à l’occasion de sa visite officielle à l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) : "Monsieur le Président de la Conférence Générale de l'UNESCO, Monsieur le Président du Conseil Exécutif, Monsieur le Directeur Général, Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation, Mesdames et Messieurs les Délégués, Mesdames et Messieurs, Je suis très sensible au grand honneur qui m'est fait de m'adresser, pour la première fois, à votre éminente assemblée à l'occasion de cette 35ème Conférence Générale de l'UNESCO dont je salue le Président, Monsieur Davidson Hepburn, et le remercie pour les propos aimables tenus à mon endroit. Je voudrais vous dire combien je suis heureux de me trouver parmi vous, dans cette prestigieuse enceinte, en réponse à l'aimable invitation qu'a bien voulu m'adresser M. Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l'Organisation des Nations Unis pour l'Education, la Science et la Culture. Permettez-moi, ici, de rendre un hommage particulièrement appuyé à M. Matsuura dont la mission à la tête de l'UNESCO vient de s’achever, pour son dévouement et pour le travail remarquable accompli tout au long de ses deux mandats. Je tiens également à profiter de cette occasion pour féliciter Mme Irina Bokova pour son élection à la tête de cette Noble Organisation. Soyez assurée, Madame, que Djibouti ne manquera pas de vous apporter le soutien et l’appui nécessaire à la bonne conduite de votre mission. Enfin, ma profonde reconnaissance à tous ceux ici présents: les délégués des Nations du Monde entier, les dignes représentants du Monde de la Culture et de la Science, et à toutes les compétences d'hier et d'aujourd'hui qui ont œuvré ou qui œuvrent sans relâche pour le bien et la réconciliation des Hommes et des Peuples, à travers tous les domaines de la Culture, des Sciences et de l'Education. Ensemble, vous êtes ici pour constituer, comme disait une grande Conscience de ce Monde, le Pape Jean-Paul II, de cette même tribune : « une puissance énorme, une puissance positive ; la puissance des Intelligences et des Consciences » pour lutter, plus que jamais, contre, je cite : « cette incompréhension mutuelle des peuples qui a toujours été, au cours de l'histoire, à l'origine de la suspicion et de la méfiance entre nations, par où leurs désaccords ont trop souvent dégénéré en guerre ». Monsieur le Président, Excellences, Si j'ai le bonheur d'être parmi vous aujourd'hui, c'est pour ajouter ma voix à celles des hommes et des femmes qui ont la conviction profonde que "les guerres prennent naissance dans l'esprit des hommes, et c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix". Et « qu'une paix fondée sur les seuls accords économiques et politiques des gouvernements ne saurait entraîner l'adhésion unanime, durable et sincère des peuples et que, par conséquent cette paix doit être établie sur les fondements de la solidarité morale et intellectuelle de l'humanité. » Figurant au préambule de la Charte de notre Organisation, cette profession de foi que nous renouvelons à chacune de nos retrouvailles, avec la même conviction et portés par les mêmes espoirs, reste, pour le moins, un défi immense, une mise en garde permanente contre les dérives du passé ; mais elle constitue, également, une opportunité pour tracer des pistes toujours plus nombreuses, toujours mieux adaptées à la mise en œuvre de ces valeurs et de ces droits qui nous sont si chers, et qui représentent la voie dans laquelle ne peuvent que s’engager les nations du monde désireuses de paix et de progrès. Depuis sa création, l'UNESCO, grâce à la bonne conduite et à la détermination des dirigeants qui se sont succédé à sa tête et ce, malgré les difficultés qui ont jalonné son histoire, a toujours fait de son mieux pour s'acquitter, à la satisfaction générale, des missions qui lui ont été confiées. Il est assez remarquable d'observer, que dans un monde en perpétuelle mutation dont le pouls bat au rythme accéléré des échanges dus à la globalisation, l’UNESCO conserve, malgré tout, toutes ses prérogatives et son autorité sur le plan de ses responsabilités fondamentales. Elle reste le garant des principes et valeurs d’universalité, d'équité, de respect des droits humains, de solidarité et de tolérance qui constituent le meilleur cadre possible pour un dialogue entre les cultures et entre les civilisations; un dialogue indispensable pour instaurer la paix des peuples de ce Monde. La paix est volonté et il n’est, en effet, pas de meilleur rempart à la guerre que l’adoption de valeurs et de comportements plus justes et plus solidaires. La République de Djibouti, Monsieur le Président, en tant que Nation Arabe, Islamique et Africaine incarne les valeurs de tolérance, de solidarité et de dialogue entre les peuples et, aussi, consacre les préceptes religieux comme fondement à ses engagements pour la compréhension et le respect entre les religions. Cette volonté renforce notre détermination à œuvrer pour le rapprochement fraternelle et l'entraide entre les Nations afin de promouvoir une prospérité et un développement des peuples frères. Monsieur le Président, Excellences, Avec ses moyens limités, l'œuvre accomplie par l'UNESCO est, toutefois, immense. Et par son inscription à l’indispensable reforme des Nations Unies, notre noble organisation aspire à mieux faire et mieux nous servir. Parmi ses grandes réussites, celle qui me tient particulièrement à coeur et qui demeure l'une des plus grandes entreprises intellectuelles de notre Organisation: "L'histoire générale de l'Afrique", une œuvre monumentale destinée à réhabiliter un passé travesti et méconnu. A cet égard, mon pays se félicite du projet de « l'Utilisation pédagogique de l'Histoire Générale de l'Afrique » qui a été lancé lors du Sommet de Khartoum en 2006 et qui aidera très certainement, et selon les mots de Monsieur Matsuura, "à faire émerger une vision pluraliste et globale de l'histoire de l'Afrique". L’UNESCO, c’est également, un réseau dense d’ententes et d’échanges intellectuels, d’expériences et de savoirs partagés à travers le monde, des nombreux programmes de coopération dans les différents domaines d’intervention de l’Organisation. A cet égard, je me saisis de cette occasion pour dire combien mon pays est attaché à la coopération fructueuse qu’il a su nouer avec l’Organisation dans des domaines aussi fondamentaux que l'éducation, la culture et l'accès à l'information et au savoir, à travers la démocratisation des Nouvelles Technologies d’Information et de Communication (NTIC). D’ailleurs, notre volonté affichée de contribuer davantage aux réalisations de notre organisation a pu être récompensé par l’élection de notre pays au sein du Conseil Exécutif. Djibouti a accueilli cette nomination avec une grande fierté et un sens aigu de ses responsabilités. J'exprime, à cet égard, toute ma gratitude aux pays amis qui nous ont manifestés un soutien sans réserve au cours des récentes élections. Monsieur le Président, Excellences, A présent, permettez-moi d’ajouter un mot sur les récentes turbulences qui sont venu assombrir la vision que nous avions de notre monde et qui ont amené, beaucoup d’entre nous, à se demander si l’Etre Humain n’avait pas atteint les limites de ce qu’il pouvait exiger de lui-même, de la Nature, voire même de la Vie. Jamais, de l’Histoire du Monde autant de menaces n’ont pesé sur l’humanité : Famines, Maladies infectieuses qui déciment les forces vives de continents entiers, menaces d’une faillite du système économique, appauvrissement des ressources naturelles, résurgence de l’intolérance et de la violence, des régions livrées à l'anarchie, des mouvements migratoires non maîtrisés, des dérives extrémistes, terreau fertile au terrorisme, des menaces nucléaires... En ces temps troublés, la prépondérance de l'économie au détriment de l'humain a fini par démontrer ses limites; en effet, jamais dans l'histoire de l'humanité, des menaces aussi graves n'ont pesé sur nos ressources naturelles, coupant court aux illusions d’une planète généreuse et abondante; jamais, la résurgence de l'intolérance et de la violence n’ont pris des dimensions aussi inquiétantes. C’est pourquoi, le mandat constitutionnel de l’UNESCO reste plus que jamais pertinent; elle est appelée à jouer un rôle crucial et à participer davantage au débat sur la gouvernance globale car ses domaines de compétences sont au cœur de la mondialisation. L’ampleur des destructions, Excellences, nous rappelle la fragilité de l'humanité face à la nature. C’est pourquoi, dans la perspective de la prochaine Conférence internationale sur le Changement climatique, en décembre 2009 à Copenhague, il n’est aucun doute que l’Afrique, principale victime du phénomène de réchauffement climatique, parlera d’une seule et même voix pour défendre ses intérêts vitaux. Nous demandons, par conséquent, à notre Organisation de se placer, comme toujours, à l’avant-garde, en vue de la réalisation d’une mondialisation désormais plus responsable. Ainsi, les défis qui se posent aujourd’hui à nous sont, plus que jamais, des opportunités pour penser le monde autrement, le réinventer pour que s’établisse une mondialisation à visage humain. Les difficultés sont, certes, immenses, mais les possibilités aussi. Monsieur le Président, Excellences, Je ne saurais terminer ce discours sans rappeler la situation qui prévaut toujours en Palestine et en Somalie... Nous formons le vœu que ces peuples frères de la Somalie et de la Palestine puissent accéder à une vie meilleure par la voie d'instauration d'une paix juste, durable et globale. J’exhorte la Communauté Internationale à redoubler encore d’efforts pour mettre définitivement un terme aux souffrances de ces peuples. Dans cet ultime objectif qu’est l’instauration d’un espace de paix et de stabilité dans ces pays frères, je puis vous assurer que la République de Djibouti ne manquera pas à ses obligations régionales et internationales. Je vous remercie".

Tags

Partager cette histoire