Rencontre avec Dr Kadar Ali Diraneh, Président de la jeune Association des Etudes djiboutiennes (AED)
Par Guedi
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16 décembre 2007
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Source: ADI
Le Palais du peuple a abrité du 13 au 15 décembre les travaux du 10ème Congrès International des Etudes Somalies, en présence de soixante personnalités issues du domaine de la recherche et de l'enseignement, venant de Scandinavie, d'Amérique du Nord, d'Europe, d'Arabie ou de la sous région, et qui ont en commun l'intérêt porté à cette discipline, et en particulier tout ce qui se rapporte à la linguistique, l'anthropologie, la géographie ou l'environnemental.
Pour comprendre plus en détails la genèse du Congrès ainsi que ses objectifs, nous nous sommes entretenus avec Dr Kadar Ali Diraneh, Directeur du Centre de Recherche de l'Université de Djibouti (CRUD) et Président de la jeune Association des Etudes djiboutiennes (AED).
Pouvez-vous nous éclairer sur la genèse d'un tel événement dans notre pays ?
En effet, beaucoup de gens se demandaient pourquoi Djibouti ? Permettez-moi donc quelques mots sur la genèse de la tenue du congrès à Djibouti. Dans le cadre des festivités de la célébration du 30 ème anniversaire de l'indépendance de Djibouti, des chercheurs djiboutiens se sont réunis pour faire acte de candidature pour accueillir le 10ème congrès de la SSIA (Somali Studies International Association), trentenaire aussi. Il s'agissait de marquer de belle manière cet âge de raison. Il s'agissait aussi de marquer l'acte fondateur des études djiboutiennes, à la fois incluses et dépassant le champ des somalis studies. Et quel meilleur parrain/marraine que l'expérimentée SSIA pour se lancer.
Concrètement, sur quelles bases s'est fait ce choix ?
Le choix de Djibouti a été approuvé par les membres de la SSIA, sur la base des critères suivants :
- critère culturel : proximité historique, géographique et culturelle de Djibouti avec l'univers somali ;
- critère académique et universitaire : affirmation d'une ambition académique dont la récente création de l'Université de Djibouti et celle du renouveau opéré par le Centre d'Etudes et de Recherche de Djibouti sont des actes probants ;
- critère infrastructure et media : la capitale, réunit l'ensemble des conditions matérielles en terme d'infrastructures d'hébergement et de travail, le tout agrémenté d'un outillage en terme de Technologies de l'Information et de la Communication capables de démultiplier l'audience grâce à la visioconférence et les différents relais médiatiques, tels que la RTD, l'Agence Djiboutienne d'Information, la presse locale ou encore la BBC section somalie.
- critère sécuritaire : Djibouti, terre d'accueil et d'échanges bénéficie d'un haut niveau de paix et de sécurité dans une région en effervescence.
Qu'est-ce que les Etudes Somalies ? Et que représente ce congrès pour la jeune association des Etudes Djiboutiennes ?
Tout d'abord, ce congrès est une manifestation intellectuelle qui a lieu tous les trois ans dans un endroit choisi par les membres de la SSIA pour faire le point sur les recherches menées sur le vaste champ des études somalies.
Pour qu'il n'y ait aucune confusion sur les termes, il faut distinguer la Somalie, en tant que territoire et Etat, des Somalis en tant que peuple disséminé sur la Corne de l'Afrique mais également sur l'ensemble des continents, et enfin tous les domaines du savoir qui peuvent concerner les Somalis et leur espace d'origine ou actuel.
Ainsi les Etudes somalies concernent le savoir sur tout ce qui a trait de près ou de loin au(x) peuple(s) et au(x) territoire(s), réels ou imaginaires, somali(s) et les interactions possibles avec le monde extérieur.
Le savoir produit par et sur le somali, le passé et le devenir, les richesses, les raretés, les phénomènes intellectuels, humains, sociologiques, environnementaux, géologiques, etc. Mais l'intérêt de ce congrès est certainement ailleurs pour nous, Djiboutiens. Comme vous l'avez constaté c'est l'Association des Etudes Djiboutiennes qui accueille, sous le parrainage de la SSIA, ce 10ème congrès. Il est pour nous, chercheurs djiboutiens, l'occasion de fonder officiellement le champ des Etudes Djiboutiennes.
Quel sera alors l'objectif que vous allez vous fixer ?
L'objectif premier de notre association est d'explorer le phénomène djiboutien dans sa globalité : qu'est-ce que Djibouti ? Est-ce seulement un territoire aux frontières délimitées ? Est-ce une diversité de peuples, de cultures et de langues ? Est-ce une communauté de destin ? Vous le voyez ce questionnement porte sur l'identité djiboutienne qui reste un champ d'étude encore vierge. Mais il n'y a pas que le questionnement sur l'identité, il y a aussi l'intérêt que l'on doit manifester pour notre devenir. Et ce devenir ne peut se construire que si nous sommes capables de faire le point sur nos forces et nos faiblesses humaines et matérielles. Il ne peut être consolidé que si nous prenons conscience de notre enracinement historique, géographique et culturel dans l'espace de l'entre deux, la Corne de l'Afrique qui est la jonction entre le monde arabo-musulman et le monde africain, et de notre appartenance à l'univers francophone.
Comme on le voit le champ d'étude djiboutien est vaste, il ne se limite pas, comme certains pourraient le penser, au simple aspect culturel ou linguistique. Il englobe en réalité, l'ensemble des sciences humaines, sociales, et les sciences dures. Il s'agit de produire et de diffuser un savoir original sur Djibouti pour que ce dernier émerge au grand jour et devienne source et objet de connaissances. Les Djiboutiens sont souvent accusés de ne pas s'intéresser à leur pays, de ne pas le connaître et de ne pas y être attachés. Il nous semble que l'ignorance est la mère de tout cela. Le savoir pourrait aider à plus de fierté, plus de patriotisme, et donc plus de confiance en l'avenir. Et, pour employer un grand mot, le développement ne peut être assuré sur des bases solides que s'il y a une foi dans ce pays.
La tache qui vous attend étant ardue, que comptez-vous entreprendre à court et à moyen terme ?
Je voudrais, tout d'abord, réitérer l'engagement des membres de Etudes Djiboutiennes d'œuvrer pour que toutes les bonnes volontés trouvent leur expression dans ce champ ouvert à l'investigation. Je rappelle aussi que le savoir n'ayant pas de frontières, les contributions sont ouvertes aux chercheurs étrangers intéressés par notre pays et ses problématiques.
Pour donner un cadre à ces contributions les Etudes Djiboutiennes proposent une série d'activités qui sont autant d'occasions de faire connaître l'état d'avancement de la recherche. Il s'agira d'abord de l'édition d'une revue intitulée Cahier d'Etudes Djiboutiennes pour laquelle je lance le premier appel à contribution. Ensuite un calendrier des manifestations scientifiques est établi pour permettre aux chercheurs de produire dans la continuité : un congrès se tiendra tous les deux ans à Djibouti, dans un premier temps, afin de réunir tous les chercheurs de ce champ d'étude, un séminaire sur les Etudes Djiboutienne sera programmé à l'Université de Djibouti et des conférences grand public seront régulièrement inscrites à l'agenda.
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