"Ayaan Daran", le roman le plus original parmi les publications de l’auteur djiboutien Rachid Hachi

Par RB | 23 août 2016
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"Ayaan Daran", le roman le plus original parmi les publications de l’auteur djiboutien Rachid Hachi

Source: ADI

‘‘Ayaan Daran’’, c’est la malchance en langue somali. C’est aussi la véritable héroïne de ce récit. C’est un roman tragique qui dévoile la réalité des souffrances faites aux femmes dans cette contrée africaine aux dures lois traditionnelles. Il est le premier du genre de la littérature djiboutienne. L’héroïne est née et a grandi dans une atmosphère misogyne d’hommes incultes et de mères mangeuses de chair. Elle est au cœur d’une tragédie sociale écrite par un homme. Elle incarne ce fil qui tisse les péripéties. Une terre. L’origine écartelée. Les racines déchirées. La Corne d’Afrique ! C’est l’étincelle de l’inspiration qu’au détour d’un voyage, à quelques encablures de Borama, l’auteur perçoit. Ce sont les complaintes de la terre tiraillée entre deux, ce bout de champ transpercé par la ligne imaginaire de la frontière, saccagée par les velléités des guerres utérines et la nostalgie d’une splendeur avachie. Elle agonise depuis que les hommes l’ont répudiée, la laissant en friche, interdite de fruits et de sève. Une femme. L’héroïne meurtrie. La vie inassouvie. Aicha! C’est la trajectoire brisée de celle qui porte un nom béni mais qui, néanmoins, est honnie par sa propre génitrice. Ce sont les plaintes de l’innocence sacrifiée et de la femme opprimée par les siens. En tête de liste des bourreaux, la mère, la marâtre, ogresse des temps anciens, celle qui perpétue la malédiction! Depuis qu’elle est passée sous la lame de l’exciseuse, l’âme de l’héroïne s’est éteinte et son corps est livré au désespoir. Elle arpente les noirs dédales d’une destinée qui se brise trop tôt, à la fleur de l’âge. Elle meurt dans l’indifférence des hommes, sous le poids des traditions machistes qui musèlent et le venin qui l’achève, elle, aux côtés de ses complices et pourvoyeurs d’illusions, Hodan et Osman d’un coté. Et de l’autre il y a Hanad et Aicha, une idylle aussi fugace que le temps, un brin d’amour volé à l’instant, un jeune homme séduit par la tristesse incommensurable que l’héroïne porte comme une seconde peau, un rêve qui s’évapore comme le jour succédé par la nuit! Un bonheur qui s’échappe, une malchance encore? La complainte du désert du Griad, d’une poésie fabuleuse, les sons et images de l’infini du sable, du silence de la nuit et du reflet de la ville mythique de Zeila ne sont que des mirages! L’innocence amoureuse entre un petit garçon et une fillette conte une évasion éphémère qui ouvre les vannes aux désespoirs, aux déceptions, aux pleurs et peines, sous le joug des misères et du machisme de la société! Une terre. Une femme. Elles sont toutes les deux ‘‘Ayaan Daran’’, la malchanceuse… malchance ou malédiction? C’est le tracé pointillé…. et poignant d’une tragédie doublement perpétrée par les Hommes et leurs cultures… pointées du doigt désapprobateur du romancier. Notons que la page de couverture de cette publication des éditions du Net est une toile du grand dessinateur Moubine. L'artiste s’est associé à l’idée de cette œuvre et montre lui aussi du doigt l’atrocité des MGF. Ensemble, l’auteur et l’artiste lancent un cri d’appel pour abolir cette pratique néfaste qu’est l’excision dans les pays de la Corne d’Afrique. Donc, profitez et passez un moment pour lire ce qu’on entend souvent dans le bus, ou murmure entre amis dans nos diverses conversations. Car «Ayaan Daran» est actuellement disponible sur les rayons des librairies de la place.

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