Hydrocarbures : Le parlement adopte un projet de financement pour faciliter la constitution d’un stock national stratégique
Par NMS
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13 janvier 2015
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Source: ADI
La cinquième séance publique de la 2ème session ordinaire de la 7ème législature de l’an 2014-2015 de l’Assemblée nationale s’est tenue lundi au parlement sous la présidence de Mohamed Ali Houmed.
Le projet de loi soumis à l’approbation des élus portait sur la ratification d’un accord de prêt de 30 millions de dollars américain sous forme de "Murabaha", procédure régie par les principes de la charia avec une marge bénéficiaire de 6% par an que le gouvernement a conclu avec la Société internationale islamique de financement du commerce (IFTC), le 25 décembre 2014.
Ce projet qui s’inscrit dans le cadre de la restructuration de la politique d’importation des produits pétroliers a pour objectif d’assurer un approvisionnement régulier en produits pétroliers et faciliter la constitution d’un stock national stratégique.
Avec ce prêt conséquent, le gouvernement compte renforcer les capacités de la Société internationale des hydrocarbures de Djibouti et garantira la mise en place d’un mécanisme de régulation de prix des produits pétroliers dans le territoire national.
Comme à l’accoutumée, les élus se sont rendus tour à tour à la tribune afin de questionner le ministre concerné.
Concernant la question relative à la mise en concurrence de plusieurs bailleurs de fonds, le ministre de l’Energie chargé des ressources naturelles, M. Ali Yacoub Mahamoud, a été clair d’emblée : "en dehors des chinois et des pays arabes, il n’existe pas d’autres bailleurs de fonds prêts à financer des gros projets. Ce projet devait voir le jour en 2008, un moment où il était estimé à 12 millions de dollars américains, mais à cause de la lourdeur de la bureaucratie administrative et faute d’un personnel qualifié en la matière, le délai n’a pu être respecté".
A propos du taux de 6% considéré comme élevé par les parlementaires, le ministre a expliqué qu’"il s’agit d’un taux annuel, le taux mensuel étant fixé à 0.5%".
"Pour ce genre de projet, rien que les frais de dossier s’élèvent à 30 000 dollars américain, c’est un montant standard mais il n’y a pas d’autres coûts qui seront supportés par le gouvernement", a-t-il rassuré.
Le ministre a précisé, par ailleurs, qu’il s’agit là des termes d’une convention type. Selon lui, le prêt demandé s’étend en principe sur trois ans, délai au delà duquel le gouvernement compte récupérer son autonomie.
Quant à la Société internationale des hydrocarbures de Djibouti (SIHD), il a rappelé que c’est un établissement public à caractère industriel et commercial qui a acquis en 2000 un statut anonyme dans le but de permettre une ouverture du capital. "Cependant, il faut savoir que le seul actionnaire reste l’Etat", a-t-il souligné
Le ministre de l’Energie a précisé surtout que le besoin de restructuration du secteur pétrolier est induit par une tendance générale, notre pays souhaitant maîtriser ses approvisionnements à travers une institution semi-publique dotée des pouvoirs régaliens.
M. Mahamoud a rappelé par ailleurs que le gouvernement ambitionne également à travers ce projet la constitution de façon progressive d’un stock national stratégique à moyen terme.
"Car, a-t-il dit, notre pays ne dispose à l’heure actuelle qu’un stock d’urgence de 10 jours financé par la Banque mondiale et qu’une taxe de 2 FD pesant uniquement sur la vente du super au litre permet de l’alimenter et de le renforcer".
Le ministre a annoncé à cette occasion que le gouvernement prévoit de mettre en place avant la fin de l’année un premier stock stratégique couvrant les besoins du pays durant un mois.
"Le gouvernement se fixe comme objectif d’atteindre progressivement un niveau de couverture de trois mois, ce qui correspond à la norme mondiale dans les deux prochaines années", a-t-il précisé.
S’agissant du partenariat avec la société koweitienne Independant Petroleum Group (IPG), le ministre a fait savoir que celui-ci n’a pas produit les résultats escomptés.
"L’expérience s’est soldée par un échec à cause des profonds désaccords sur les principes fondamentaux (avoir les mêmes prix que ceux concédés à l’Ethiopie, manque de transparence dans la gestion, absence de constitution d’un stock stratégique conformément aux engagements pris etc...)", a-t-il indiqué.
"Le gouvernement a donc pris la décision de mettre un terme à ce partenariat", a ajouté le ministre, avant de préciser qu’"il n’existe pas de risque de concurrence entre la Société internationale des hydrocarbures de Djibouti (SIHD) et les autres sociétés pétrolières car il dispose d’une licence spécifique pour chaque activité (importation, stockage, transport et distribution)".
Concernant la structure des prix de l’essence à la pompe, le ministre a indiqué que celle-ci change tous les mois. Il a expliqué que par le passé le gouvernement avait peu de marge sur ces questions car les sociétés importatrices, comme Total et OiLibya avait eux la maîtrise des coûts réels.
"Ce n’est plus le cas à l’heure actuelle puisque que l’Etat agit dorénavant en amont et en aval. D’ailleurs, le premier navire acheminant pour le compte de l’Etat des hydrocarbures pour une valeur de 25 millions de dollars américain a mouillé l’encre au Port de Doraleh dans la nuit du 11 au 12 janvier 2015", s’est-il réjoui.
Il a, en outre, signalé qu’une commission réunissant conjointement le ministère de l’Energie, des finances, et du budget a été instaurée et qu’elle se réunira tous les mois afin de fixer le prix le plus juste.
Le ministre qui a affiché une parfaite maîtrise d’un sujet dont il paraît également passionné a tenu à rappeler à la représentation nationale que lorsque l’on parle d’essence à la pompe il est question de pétrole raffiné et aucunement de brut.
"Le prix du baril ne peut en aucun être le référent. Le raffinage a un coût il faut le savoir. C’est pourquoi, il n’est pas possible de comparer le prix pratiqué à la pompe en Ethiopie par rapport à celui qui est en vigueur en République de Djibouti, du fait tout simplement que l’Ethiopie par les quantités très importantes de produits pétroliers qu’elle importe bénéficie de facto d’une économie d’échelle considérable", a-t-il fait observer.
M. Mahamoud a indiqué également qu’il n’était pas exclu de lancer avec l’Ethiopie un appel d’offre commun afin de mieux peser dans les négociations avec les fournisseurs internationaux. "Car, a-t-il dit, l’union fait la force !".
A la question portant sur l’objectif du gouvernement de faire de Djibouti le 1er pays du continent à utiliser 100% d’énergie verte à l’horizon 2020, le ministre a informé la représentation nationale que 65% de notre consommation énergétique est actuellement une énergie hydroélectrique, c’est-à-dire verte, en provenance de la ligne d’interconnexion électrique avec l’Ethiopie.
"A ce stade déjà, nous sommes très en avance par rapport à beaucoup des pays du continent et même du monde", s’est-il félicité.
Selon le ministre, les 15% restants seront atteints très prochainement avec la réalisation de plusieurs autres projets de développement et d’exploitation d’énergie propre. A ce sujet, M. Ali Yacoub Mahamoud a cité notamment la 2ème ligne d’interconnexion électrique avec l’Ethiopie à partir de Galafi et dont les travaux seront lancés sous peu.
Le ministre a évoqué également la construction d’une unité de production d’énergie éolienne de 60 MW au Goubet qui sera financé sous forme de dons par le Qatar.
M. Mahmoud a précisé surtout que pour atteindre cet objectif audacieux, le gouvernement a fait de la géothermie la priorité numéro un. Et ce, pour non seulement devenir à l’horizon 2020 la première nation africaine à utiliser 100% d’énergie verte, mais surtout pour atteindre très vite une indépendance énergétique qui permettra à chaque djiboutien d’avoir une énergie propre, permanente, accessible sur l’ensemble du territoire national et surtout à bas prix.
Le ministre, qui a rappelé que le potentiel géothermique de notre pays est estimé à plus de 1000MW, a indiqué que la première phase ce projet de la géothermie est en cours au Lac Assal sous la supervision de l’Office djiboutien de développement de l’énergie géothermique (ODDEG).
Selon le ministre, le surplus énergétique permettra de faire face à l’augmentation des besoins énergétiques pour couvrir tous ces grands projets en cours dans notre pays.
M. Ali Yacoub a annoncé également la construction prochaine de deux câbles électriques sous-marins : la première avec le Yémen et la seconde avec l’Arabie Saoudite.
A l’entendre, un transformateur dans le prolongement des installations de ces gros câblages sous-marins sera installé à Obock afin qu’une partie de l’énergie transitant par ces câbles puisse aussi permettre à appuyer le développement de cette région.
"Le gouvernement a des grandes ambitions pour le nord, et c’est la raison pour laquelle il faut prévoir dès à présent les moyens énergétiques de demain à la réalisation de nos ambitions", a-t-il dit.
Le ministre a indiqué, par ailleurs, qu’une commission tripartite avec nos partenaires travaille actuellement sur les conditions techniques de réalisation de ces deux projets dans les deux ou trois ans à venir.
Au sujet de Total et Oil Libya et leur décision collective de quitter le pays, le ministre a précisé que le gouvernement regrette sincèrement cette décision. Il a rappelé que l’affaire de pollution pour laquelle ils ont été condamnés a été instruite en justice plus de 15 années auparavant.
"C’est parce qu’ils ont refusé de se soumettre à la décision de justice qu’ils ont mis en liquidation leurs entreprises", a-t-il dit.
Notons que le ministre de l’Economie et le ministre du Budget ont également pris la parole afin d’apporter un complément d’information notamment sur le coût des intérêts, le montant des frais de dossier pour un prêt de cette envergure.
Sur ces deux points M. Ilyas Moussa Dawaleh a indiqué qu’ils étaient conformes aux conventions de prêts internationaux. Il a ajouté par ailleurs qu’il était disposé personnellement à recevoir à son bureau les députés qui souhaiteraient des éléments de réponse additionnel sur ce type montage financier.
A la fin des échanges, les élus sont passés au vote. Il a été décompté 46 voix pour, 3 abstentions et 4 voix contre. Le texte a été adopté.
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