Disparition de l’artiste djiboutien Ali Said Ahmed

Par La Nation | 20 avril 2012
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Disparition de l’artiste djiboutien Ali Said Ahmed

Source: ADI

Le directeur du Bureau de Droit d’Auteur et Droit Voisin a, au nom du ministre de la Culture et de la communication, adressé hier un message de condoléances à la famille de l’artiste Ali Saïd Ahmed décédé mercredi à l’âge de 90 ans. Peu avant la mort du chanteur, le quotidien "La Nation" lui avait consacré dans ses pages l’article que voici : "Au moment de nous recevoir, il fredonne encore un bon morceau. Mais la petite voix monocorde de l’octogénaire est à peine audible au milieu de sa grande famille. Tous veulent immortaliser la rencontre entre La Nation et leur patriarche Ali Al-A’ma (Ali l’aveugle), de son vrai nom Ali Saïd Ahmed. Calé dans son lit, et tout sourire, le vieil homme nous met tout de suite dans la confidence. La voix étouffée par l’émotion qui le submerge par moments. Et ses souvenirs vivaces et abondants reprennent difficilement. Saccadés par ces longs moments de silence profondément religieux. Au crépuscule de sa vie, l’artiste Ali nous livre les péripéties d’un parcours atypique clairsemé d'embûches mais aussi de moments forts ! Son air débonnaire et ce sourire interminable qu’il arbore décrispent tout de suite l’atmosphère. Et ses premiers mots sont pour le Très Haut. De jour comme de nuit, il ne tarie jamais de louanges. Pour Celui qui, dit-il, lui a tant donné après lui avoir imposé la plus terrible des épreuves. En effet, Ali a perdu la vue à l’âge de cinq ans seulement. Lorsqu’ au début de 1940, il est frappé de Trachome. Une maladie infectieuse et contagieuse de l’œil, d’origine bactérienne qui peut évoluer sur la cécité. Orphelin de père, sa pauvre mère n’a que lui. Et ses nombreuses tentatives de traitement par la médecine traditionnelle se révéleront vain. C’est en désespoir de cause qu’elle l’envoie alors mémoriser le Saint Coran à la très populaire école fronco-islamique Al-Najahiya. Sa voix mielleuse le distingue en psalmodie, ou Tajwiid, de la Sainte Ecriture. Et la providence met sur son chemin d’illustres personnalités qui feront basculer son destin. Parmi ses condisciples, Abdoulkader Bamakhrama, l’ami fidèle et le grand frère qui le prendra désormais sous son aile. Immédiatement les deux hommes se lient d’une amitié sans limite qui les fera partager les plaisirs de la vie. Bamakhrama est issu d’une famille très versée dans le monde de la musique. Il initie alors son jeune ami à quelques instruments dont l’accordéon ou le violon. C’est là que notre homme effectuera ses premiers pas dans le monde de l’art. Arrivé à un âge mur, il commence à fréquenter les mabrazes où se retrouvent les chantres de la chanson d’expression arabe : Othman Ali Othman, Ali Ibrahim Saïd, Ouméiri, et Bamakhrama. Une génération dont il est le seul rescapé aujourd’hui. Ces hommes seront les auteurs et compositeurs dont il interprétera les tubes restés dans les annales de la chanson arabe djiboutienne. Ali chante la Gloire du Très haut, dans ses premiers tubes : "Min Guud Rabbi". Avant d’enrichir son album des autres répertoires culturels et traditionnels comme dans "Yara Allahu Zamaanak" ou le registre passionnel et langoureux "Amsiki Ya Hind". Avec à la baguette le Dr Abdoulganem. Ce dernier tube, chanté en la mémoire d’un ami, a d’ailleurs refermé sa carrière au bout de quarante ans. Au soir de sa vie, il regrette cette existence pleine d’artiste qu’il a tant affectionnée au milieu de tous ces êtres chers dont le seul souvenir lui arrache des larmes. Il mesure à sa juste valeur la chance qu’il a d’avoir vécu aussi longtemps. Et tant il voudrait être le témoin et le porte-flambeau d’une époque qu’il regrette aujourd’hui. Car nous explique-t-il, la technologie a totalement supplanté sa musique instrumentale rudimentaire mais authentique. Mais, se rattrape-t-il : « Je suis père de 13 enfants et de 17 petits enfants. Ali Said, est certes aveugle. Mais sa foi en Dieu est…Lumineuse. Sacré, Ray Charles djiboutien !"

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