Littérature : Djibouti sous la plume de Jules Borelli

Par Isman O. | 03 juin 2011
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Littérature : Djibouti sous la plume de Jules Borelli

Source: ADI

Septembre 1885, un jeune aventurier français, accusant un goût très prononcé pour le voyage et la rencontre avec l'inconnu à travers la découverte d'horizons nouveaux et la conquête de l'Ailleurs, embarque pour un long périple sur cette partie de terre de la Corne de l'Afrique. Les propos qu'il tient la veille de son départ sont sans équivoque et témoignent clairement de son état d'esprit. A dire vrai, l'opération s'apparente dans sa tête à une excursion au bout du monde, dans une destination vierge où aucun étranger n'aurait encore jamais mis les pieds avant lui. Aussi se donne-t-il dans son discours les allures d'un Christophe Colomb en affichant des airs de pionnier. En réalité, il n'est pas un pionnier, encore moins Christophe Colomb. Oubliant cela, voici ce qu'il écrit : "Qui peut dire où il va en s'acheminant vers une région soustraite à toute communication avec notre monde connu? Comment répondre aux interpellations des importuns : "Où allez-vous?"-"Par où reviendrez-vous?"-"Quand serez-vous de retour?"-"Dans quel but allez-vous si loin?"-"Qu'allez-vous faire là-bas?" Que sais-je? Je verrai, j'apprendrai." Il s'en va donc. Dans ses bagages, quelques instruments épars dont un isomètre et un thermomètre, un petit cahier destiné à recueillir le récit de chacune de multiples étapes de son parcours dont la première partie s'étend "du Caïre à Ankoboer" en passant notamment par Obock, Tadjourah, Ambado et Djibouti. Même si l'on peut émettre quelques doutes concernant les véritables motifs du voyage de M. Jules Borelli, puisque c'est de lui qu'il s'agit, les observations qu'il livre dans les pages de son "Ethiopie méridionale" sont fort enrichissantes. Parce qu'elles permettent avant tout de remonter le temps en nous renvoyant à notre propre passé. Au-delà de l'indignation que doit susciter forcément son portrait sur "l'indigène" brossé dans un esprit purement colonialiste avec tous les préjugés et les clichés stéréotypés que cela implique, on est très vite séduit par les descriptions parfois rigoureuses, parfois imprégnées de poésie sur le paysage. A quoi, par exemple, ressemblait Obock plus d'un siècle plus tôt? Borelli en fait une somptueuse fresque, versant, pour ainsi dire, dans le pittoresque et le sublime. "Obock, dit-il, est situé au nord de la rade, sur un cap peu élévé au-dessus de la mer. La résidence du gouvernement est entourée des habitations des fonctionnaires, des employés et des soldats. C'est le seul le point où les embarcations puissent accoster. Au fond de la rade, à un kilomètre et demi de la mer, ont été élévées les premières constructions." "Là, commence une plaine basse, dépourvue de végétation, sauf dans sa partie occidentale où croissent des gommiers et où sont soigneusement entretenues quelques pauvres cultures maraîchères qui fournissent, à grands frais, des légumes à la colonie. "L'eau potable se trouve partout; elle suffirait à une population nombreuse et à l'entretien de vastes jardins." Sur cette même lancée, l'auteur met en exergue quelques lignes plus loin : "les embarcations accostent difficilement à marée haute. A deux cents mètres du rivage, la mer se creuse rapidement; à trois cents mètres, sa profondeur atteint trente ou quarante pieds." Il achève sa peinture par cette note pour le moins curieuse : "Obock ne sera jamais qu'un entrepôt de charbon et de vivres." Démagogie ou parodie de devin déguisé en scientifique? Les deux sans doute. Mais passons !

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