Allocution du chef de l’Etat lors de la cérémonie d’investiture à l’hôtel Kempinski
Par Y.H.B
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08 mai 2011
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Source: ADI
Dans une importante allocution prononcée ce matin lors de la cérémonie d’investiture à l’hôtel Kempinski, le Président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh, a insisté particulièrement sur les aspirations du peuple djiboutien à bâtir, avec le concours de chacun et l’aide du Tout-Puissant, une société plus juste, plus solidaire et, forcément, plus sûre.
Le chef de l’Etat a également mis l’accent sur l’attachement des Djiboutiens à certains idéaux et valeurs nobles et à la tête desquels l’hospitalité, la tolérance, le sacrifice, et surtout la paix.
"Mes chers compatriotes, je sais : vos attentes sont immenses. Je veux pouvoir y répondre en abordant [par exemple] ce mandat avec un esprit de service, avec le souci d’aller, autant que possible et avec l’aide du Très-Haut, au bout de mes devoirs envers chaque Djiboutien et chaque Djiboutienne", a-t-il déclaré en substance.
Dans la dernière partie de son discours, le Président Ismaïl Omar Guelleh, s’est exprimé sur la situation dans la région dont les derniers développements ont ceci de particulier qu’ils invitent à reprendre espoir tout autant qu’ils emplissent les cœurs de tristesse. Cela, pour deux raisons.
La première, empreinte de joie et de courage, se rapporte à "la manière pacifique dont s’est déroulé le referendum pour l’indépendance au Soudan". Ce qui, selon le chef de l’Etat, "est un témoignage supplémentaire de notre engagement pour la paix."
Quant à la seconde, moins glorieuse, elle est relative "à la situation qui prévaut en Somalie et dont les répercussions dépassent aujourd’hui largement le cadre de notre région."
"Piraterie, terrorisme, la Somalie, longtemps laissée seule face à ses démons, négligée, est devenue le terreau fertile de menaces désormais planétaires", a estimé le Président Guelleh.
L’ADI vous reproduit ci-dessous l’allocution du chef de l’Etat dans son intégralité.
"Louanges à Dieu, et que la paix et la bénédiction soient sur le Prophète, sa famille et ses compagnons !
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
Le 8 avril, les Djiboutiens et les Djiboutiennes ont décidé de me renouveler leur confiance.
Par cela, ils ont voulu exprimer leur volonté d'imprimer un nouvel élan plus glorieux à leur histoire commune.
Et, en ce jour où je prends la responsabilité d'assumer, pour la troisième et ultime fois, la plus haute charge de l'Etat, je me sens plus que jamais dépositaire de leur espérance.
La campagne qui s'achève a permis aux Djiboutiens et aux Djiboutiennes de se découvrir tels qu'ils sont: tous semblables, tous différents. Mais avec leur ardeur, leur générosité, un désir unique : celui de rêver et de transformer ensemble leur rêve en réalité.
C’est un rêve humaniste que celui de vouloir pour soi, pour ses enfants et pour les générations à venir, de forger des lendemains encore meilleurs.
Il s’agit d’un rêve commun aux nations qui aspirent à s’élever au-delà de leurs conditions et quelles que soient les contraintes.
Oui, il s’agit d’un rêve par lequel bien de nations ont élevé des monuments, repoussé des frontières et bâti des civilisations entières.
Le peuple djiboutien en est conscient : les grands dessins font les grandes nations. Et une nation, dès lors qu’elle est irriguée par le sens du sacrifice et de l’intérêt général, a nécessairement rendez-vous avec l’Histoire.
Grâce aux legs précieux de nos aïeux, les décennies passées ont été chargées de sens. Les années à venir, quant à elles, seront lourdes d’enjeux. Elles seront également ouvertes à tous les possibles. Il incombera à chacun d’entre nous, à tout instant, par notre travail, par nos efforts, par nos sacrifices, de faire en sorte qu’elles tiennent toutes leurs promesses.
Mes chers compatriotes,
Je sais : vos attentes sont immenses. Je veux pouvoir y répondre.
Je veux y répondre en abordant ce mandat avec un esprit de service, avec le souci d’aller, autant que possible et avec l’aide du Très-Haut, au bout de mes devoirs envers chaque Djiboutien et chaque Djiboutienne.
Je veux y répondre en plaçant ce mandat sous le sceau de l’exigence. Exigence de faire plus. Exigence de faire mieux.
Vous pouvez compter sur mon engagement pour que les principes de notre République inspirent constamment notre action collective et imprègnent nos efforts pour hisser haut notre pays.
Parmi ces principes qui constituent les fondements de notre Nation, l’unité de la République s’impose, de loin, comme une exigence primordiale.
En tant que Président de la République, garant de cette unité, je veillerai à la réaffirmation de l’autorité de l’Etat mais plus encore, je veillerai à mobiliser tous nos moyens, toutes nos énergies pour rendre effectifs les principes d’égalité et de justice sans lesquels aucune unité, aucune cohésion nationale, aucun avenir n’est possible.
Il s’agira donc là d’une exigence majeure de mon quinquennat, d’autant plus que nous savons qu’il ne suffit pas de décréter l’égalité pour qu’elle soit réalité, que les bons sentiments ne suffissent pas pour vaincre l’injustice, ni les beaux principes pour en finir avec l’arbitraire.
Chaque citoyen doit pouvoir prétendre à vivre pleinement ses droits fondamentaux à la liberté, à l’équité et à l’égalité des chances ; des droits garantis, seul, par un Etat impartial assumant toutes ses missions.
Ces principes, ensemble, nous allons les traduire dans les faits. Je peux vous promettre l’avenir dont vous avez besoin. Mais sans votre précieux concours, sans l’implication profonde et sincère de chacun d’entre vous, sans une reforme réelle de nos comportements, aucune œuvre ne sera accomplie.
Mes chers compatriotes
On l’a déjà dit, on ne reforme pas une société par décret. Il est donc temps pour nous d’aller vers plus d’éthique, d’équité d’honnêteté et de transparence. Il est temps que nous développions le goût de la rigueur et du travail bien fait.
Il est temps que nous fassions preuve d’initiative et de courage face aux défis qui sont les nôtres.
Face aux inégalités sociales, nous répondrons par une solidarité accrue, active et particulièrement attentive aux difficultés de chaque Djiboutien. Une solidarité qui fasse reculer la précarité, qui combat l’exclusion et qui redonne l’espoir à ceux qui l’ont perdu.
Au devoir politique de compétitivité, nous adjoindrons l’obligation morale et sociale de solidarité. Solidarité entre les êtres, mais surtout, solidarité entre les territoires.
Nous construirons une croissance économique qui tienne sur ses deux jambes car, pour Djibouti, et comme l’a d’ailleurs, toujours souhaité le père de la Nation El-hadj Hassan Gouled Aptidon (Rahimahu Allah), il ne saurait y avoir de croissance qu’équilibrée, il ne saurait être question d’économie sans conscience sociale.
Il ne saurait être question non plus de développement réel sans investissements conséquents mais réfléchis dans l’humain. Notre pays n’a de ressources que d’Homme. Nous ne pouvons donc nous permettre de gâcher le moindre talent, d’étouffer le moindre génie, ni brider la moindre ambition.
C’est pourquoi, désormais, dans le domaine de l’éducation, nous opterons pour des formations ciblées, adaptées aux besoins réels de notre économie tant nationale que régionale. C’est là une façon intelligente d’instruire notre jeunesse en l’orientant vers des filières qualifiantes à des métiers et à des techniques qui nous font actuellement défaut.
Cette réorganisation de notre système de formation ira de paire avec notre stratégie économique qui se veut tournée vers les services mais également vers de nouveaux secteurs tels que les petites industries et l’économie maritime, pour ne citer que ceux-là .
Notre ambition, à terme, est de faire de Djibouti une véritable plateforme commerciale dans la région, allant la logistique, l’industrie et la finance, un secteur largement reformé et dont la vitalité n’est plus à démontrer. Cependant, cet objectif ne peut être atteint sans une politique d’intégration régionale réussie. En effet, chacun le sait, la fragmentation de nos économies n’est désormais plus acceptable au regard du potentiel énorme que recèle notre continent.
Mais plus encore, les besoins vitaux de nos populations ne peuvent être satisfaits sans une coopération étroite entre nos Etats.
Dans ce domaine, nous pouvons d’ores et déjà , nous féliciter de l’aboutissement d’un certain nombre de projets dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie et la sécurité alimentaire. Je pense, en particulier, à l’interconnexion électrique avec nos amis éthiopiens, et à la mise à disposition des terres arables par nos frères soudanais.
Bien évidemment, rien de tout cela n’aurait été possible sans cette vision commune que nous avons de notre futur et de nos intérêts. Un futur et des intérêts qui dépendent, de manière inconditionnelle, de la préservation de la paix et de la stabilité dans notre région.
Conformément à nos principes, notre diplomatie est et restera toujours au service de la paix. Djibouti continuera à militer pour les causes justes et à soutenir les revendications légitimes pour un monde équitable, équilibré et solidaire.
Mesdames et Messieurs,
Nous le savons tous, la Corne de l’Afrique a payé lourdement le prix de son instabilité politique. Cependant, nous avons aussi su démontrer notre capacité à mettre de côté nos différences pour ramener la paix.
La manière pacifique dont s’est déroulé le referendum pour l’indépendance au Soudan est un témoignage supplémentaire de notre engagement pour la paix.
Je tiens à ce titre à rendre un hommage appuyé à notre frère le Président Omar Hassan Ahmed El Béchir et au Vice-président Salva Kiir pour avoir mené à bien cet événement historique qui a mis fin à des années de souffrances dans un pays frère.
S’il y a lieu de se féliciter du retour de la paix au Soudan, il est malheureusement un pays où fait encore rage un conflit dont les conséquence tentaculaires ne cessent de peser comme une chape de plomb sur nos destinées.
Je pense bien entendu à la situation qui prévaut en Somalie et dont les répercussions dépassent aujourd’hui largement le cadre de notre région. Piraterie, terrorisme, la Somalie, longtemps laissée seule face à ses démons, négligée, est devenue le terreau fertile de menaces désormais planétaires.
La Somalie se trouve à la croisée des chemins. Aujourd’hui plus que jamais, elle a besoin de nous, et plus encore, elle a besoin de son peuple pour se ressaisir et se remettre debout.
Il est indispensable que ce sursaut vienne des Somaliens eux-mêmes. On les a trop longtemps habitués à accepter des solutions transfuges qui ont le plus souvent fonctionné comme une leurre, retardant un peu plus davantage l’issue véritable.
Il est dit dans le Saint Coran : "Dieu ne change en rien le sort d’un peuple tant que les individus qui le composent ne modifient en rien ce qui est en eux" (Sourad Al-Raad).
Les Somaliens, où qu’ils se trouvent et quels que soient leurs moyens, devront aider la paix.
Certes, rétablir la confiance du peuple dans les institutions publiques et établir une culture politique de bonne gouvernance prendra du temps. Mais la renaissance de leur pays vaut bien tous les efforts, toutes les concessions et tous les sacrifices.
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
La tâche qui nous attend est une tâche bien lourde et rien d’heureux ne peut venir du hasard.
Néanmoins, je suis convaincu que nous avons suffisamment de foi, suffisamment d’enthousiasme pour transformer chaque occasion en de grands rendez-vous avec l’Histoire.
Qu’Allah le Très-Haut nous guide, nous protége et nous donne le courage et la force nécessaire pour aller au bout de nos espérances.
Je vous remercie."
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