Abdi "Bow Bow" ou l’éternel incompris
Par Isman O.
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27 avril 2011
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Source: ADI
Incompris, l'artiste Abdi "Bow Bow", de son vrai nom Abdi Ibrahim Guedi, l’était de par ses morceaux d’une singularité exceptionnelle.
Incompris, il l’était également dans sa vie de tous les jours.
Journaliste en herbe, il m’a été donné la chance de côtoyer cet artiste inclassable tant, il est vrai, on peine à lui trouver une vraie place parmi ses pairs. C’était au tout début des années 2000.
Le chanteur, qui était alors au crépuscule de sa vie, exerçait des fonctions subalternes au sein de la RTD.
"Ce n’est pas grand-chose mais c’est suffisant pour maintenir encore en activité le vieux bluesman fatigué que je suis", m’avait-il confié.
A l’époque, "ma plume en gestation" avait, me semble-t-il, souffert le martyr pour décrire l’homme que j’ai vu, restituer avec exactitude tout ce que j’avais appris de sa bouche.
Tantôt les mots manquaient, tantôt ils étaient dépourvus de quintessence, du moins à mes yeux. Pourtant, j’avais l’impression que le sujet de mon article ne manquait pas d’intérêts. Au contraire.
Il y avait là une véritable matière à réflexion. Quantité de choses pouvaient être exploitées pour donner de la substance à mon "papier" (c’est ainsi que l’on appelle le travail d’un journaliste ici comme partout ailleurs dans les rédactions).
Je trouvais, par exemple, que son éternelle guitare, celle-là même avec laquelle il réussit à se forger un style à lui dès ses premières apparitions sur scène avec la troupe "Gacan Macan" dans les années 70, pouvait alimenter à elle seule les pages d’un roman.
Mes pensées n’étaient pas totalement fausses, encore moins injustes.
Il y avait en effet une histoire qui liait celui qui fut le grand ami d’Abdo Hamarqodh à sa guitare ; une longue histoire d’amour, de cœur, d’humeur, d’illusions, de désillusions, de larmes et de souffrances.
En clair, ils formaient un couple. Un vrai. Elle était toujours là , blottie contre sa poitrine, pour l’aider à contrebalancer les aléas de la vie.
Aux heures les plus sombres de son existence, elle restait évidemment son unique allié. Gratter sur ses cordes devenait alors pour lui un geste salvateur, une bouffée d’oxygène.
Né en 1962 à Ali-Sabieh, Abdi "Bow Bow", de son vivant, n’avait de cesse de répéter à qui voulait l’entendre son amour par rapport à sa terre natale.
"J’ai vu le jour au pied du mont Arrey. J’ai chanté sa splendeur tout autant que ses moments de gloire. Que pouvais-je faire de mieux pour lui témoigner de ma reconnaissance ?", m’avait-il lancé dès les premiers instants de notre entretien.
Un artiste qui a du génie est, dit-on, celui dont la rencontre ne vous laisse point indifférent quand elle ne vous perturbe pas, vous plongeant aussitôt dans la confusion.
Abdi "Bow Bow", l’éternel incompris, en était certainement un.
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