Littérature : Fruit défendu, un recueil de poésie signé du Djiboutien Hassan Youssouf Loïta

Par Isman.O | 21 avril 2011
1,158 vues
Littérature : Fruit défendu, un recueil de poésie signé du Djiboutien Hassan Youssouf Loïta

Source: ADI

Une voix poétique plantureuse, un esprit voyageur capable de glaner des bribes de mots et des fragments d’espoir au-delà de la triste réalité, aux antipodes d’un quotidien morcelé et très souvent virevoltent… Voilà ce que l’on peut découvrir en feuillant les pages de Fruit défendu du poète djiboutien Hassan Youssouf Loïta. Publiée en 2003 dans le cadre d’un concours organisé par le département de la Culture, l’œuvre de Loïta est en effet d’une qualité exceptionnelle. Trait d’union entre deux univers parfois hostiles, parfois intimement liés (l’amour et la vie), on y passe sans transition des fresques d’Ahmed Hassan Laqde à celles d’Aden Farah Samatar, deux "ciseleurs de vers" dont la voix chargée de sonorités et de sagesse a nourri autrefois le poète qui sommeillait en Loïta. Quand le premier lance " Ku xagar xagok maa taqbay / Ku waggitok an maa cayya", le second psalmodie en écho et rétorque sur le même ton "Allow yaa war iga qaba / Waxaan ahay ayaa garan". Laqde et Samatar : deux hommes, deux langues, deux destins….Mais une seule arme : le verbe. Une seule préoccupation : dessiner par les mots les vicissitudes de la vie, esquisser le visage brouillon de l’humanité en butte aux injures du temps et aux injustices des hommes, dire la vie en déployant la force du vers et par le biais de la quintessence du verbe. Hormis ces joutes poétiques infiniment sublimes, qui révèlent d’ailleurs l’imagination féconde du poète, Fruit défendu a ceci de particulier qu’il sonne comme un vibrant hommage à la littérature djiboutienne d’expression française. Ou plutôt aux hommes et femmes qui ont fait d’elle ce qu’elle est. Cela va d’Omar Osman Rabeh à Aïcha Mohamed Robleh en passant par Ali Moussa Iyé, pour ne citer que ceux-là. Beau geste de reconnaissance qui va droit au cœur dans la mesure où le poète chante le mérite de ces derniers et restitue d’un seul trait la beauté des titres qui ont forgé la notoriété des uns et des autres. Voici la première strophe du poème à la fois fort et prodigieux que Loïta a composé à ce sujet : "Tantôt galaxie de l’absurde / Tantôt cercle et spirale / Le pays sans ombre / Clame le verdict de l’arbre". Cependant, en dépit de la saveur intelligente qui imprègne son texte, il est un reproche que l’on peut faire à l’auteur de Fruit défendu : celui d’avoir omis d’y insérer les noms de ceux qui, par leur courage et la verve de leurs plumes, ont posé les jalons de cette même littérature. A l’image de William Syad, Houssein Abdi Gouled, ou encore Abdillahi Doualeh Waïs. Comment, en effet, parler de littérature francophone à Djibouti sans évoquer ces pionniers dont les écrits ont, en traversant les années, fixé pour toujours l’itinéraire à partir duquel la production littéraire nationale est appelée à se déployer aujourd’hui et demain ? On pardonnera toutefois volontiers à Hassan Youssouf Loïta cette petite négligence. Car sa poésie, loin de se résumer à cela, est lourde de musicalité à la fois douce et ardente. Hymne à l’amour, à la beauté de la femme djiboutienne, à l’art poétique et à tout ce qui permet d’entretenir l’espoir d’un lendemain enchanteur, son travail est riche en échos inouïs, et dégage en ce sens le goût d’un Fruit défendu.

Tags

Partager cette histoire