Hommage posthume : Saïd Hamarqodh ou l’art de troquer les maux contre des mots

Par Isman O. | 13 avril 2011
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Hommage posthume : Saïd Hamarqodh ou l’art de troquer les maux contre des mots

Source: ADI

Il fut longtemps considéré comme le plus prolixe des chanteurs somalis. Le plus influent aussi. Oui, Saïd Hamarqodh était un livre ouvert. Pour tous ceux de sa génération dont il était la voix, ou plutôt le porte-voix. En avance sur son temps, nourrie à la fois des sonorités d’ici et d’ailleurs, chargée des vestiges du passé et des promesses du futur, son œuvre aura servi de trait d’union entre tradition et modernité, entre rêve et réalité, entre souffrance et espoir. Pour s’en convaincre, il suffit de revisiter son immense répertoire. Le temps d’une méditation devant la grandeur d’un ouvrage musical qui doit sa saveur aux échos de Ray Charles tout autant que le blues du chamelier nomade. Soliloques, logorrhées, mélopées trahies, chants langoureux et complaintes fatiguées, les morceaux de Saïd Hamarqodh étaient tout cela à la fois. Comment avait il pu jongler avec une telle diversité de ton sans pour autant pervertir son propre style, celui-là même qui permet d’établir la différence par rapport à tous ses pairs chanteurs, y compris Gofaneh, son cadet ? Après tout, du point de vue artistique, les frères Hamarqodh n’avaient rien de commun. Pour l’aîné, et de loin le plus engagé, le non-dit était une tradition à laquelle il était particulièrement attaché dans ses créations. Le contexte dont lequel il a travaillé y est sans doute pour quelque chose : esprit libre, il avait dû lutter de longues années durant contre le joug colonial en troquant sans cesse ses maux contre des mots. D’une rare habileté, sa technique n’en était pas moins irréprochable. C’est pourquoi il avait dû séjourner à plusieurs reprises en prison pour ses prises de position, ses cris de douleur à peine étouffés, ses multiples sorties synonymes d’exercice d’audace tous les jours recommencés. Mais Saïd Hamarqodh n’était pas homme à se laisser faire. Comme, d’ailleurs, la plupart des hommes et des femmes de sa génération. Partisan farouche d’un art au service de sa patrie, il aura su assumer son destin d’artiste à un moment où la liberté d’expression n’était qu’un mot vain, bravant le zèle intempestif de la vielle garde formée dans le giron de l’administration coloniale, transcendant ses conditions de chanteur issu du peuple et tourné vers le peuple.

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