Sur les traces d’Abdillahi Doualeh Waïs, l’un des pionniers de la littérature djiboutiennne d’expression française

Par Isman O. | 05 mars 2011
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Sur les traces d’Abdillahi Doualeh Waïs, l’un des pionniers de la littérature djiboutiennne d’expression française

Source: ADI

En 1957, le Djiboutien William Syad publie aux éditions Présence Africaine un premier recueil de poèmes intitulé "Khamsin" et dont le contenu révèle une étrange beauté. La verve de la plume et la force du verbe conjuguées avec l'imagination féconde du poète ont tout simplement pour résultat une œuvre à la fois douce et ardente. Ce qui lui vaudra peut-être le privilège d'être préfacée par Léopold Sédar Senghor. A un moment où abondent les livres, écrits essentiellement par des auteurs français, sur la côte française des Somalis - ancienne appellation de Djibouti -, Syad pose les jalons de ce qui deviendra la littérature djiboutienne francophone. Son initiative se révèle fructueuse puisqu'elle suscite dans l'immédiat un élan exemplaire et naturellement inattendu dans une activité littéraire naissante. En effet, seulement quelques mois plus tard, Houssein Abdi Gouled émerge de l'ombre en faisant éditer "Abdi, l'enfant du TFAI". Bien que très peu connu des Djiboutiens, le livre est très passionnant. Dans un style simple et rigoureusement travaillé, l'auteur se livre à une étude audacieuse de l'enfance, s’interrogeant sur les conditions de vie des enfants dans son pays. Peu après cette époque qui consacre la naissance de notre littérature, un jeune chroniqueur très talentueux commence à donner de la voix à travers les colonnes du journal "Le Réveil", ancêtre de votre journal. Son nom : Abdillahi Doualeh Waïs. Il excelle dans l'art du conte et force l'admiration par la singularité de son écriture poétique et tendre. En écrivant ces lignes, c’est à ces hommes que nous avons songés. C’est à eux que nous avons voulu rendre un ultime hommage en saluant leur courage et en s’inclinant devant la grandeur de leur œuvre pionnière. L’un de ces "ciseleurs" de mots attire particulièrement l’attention. Par la force de son écriture d’abord ; une écriture imprégnée de poésie, chargée d’une étrange musicalité inspirée des aspirations à la liberté. Par son destin inabouti ensuite. "Inabouti" parce qu’il accuse avant tout un goût d’inachevé : Abdillahi Doualeh Waïs meurt en effet à Addis-Abeba à peine deux mois avant l’avènement de l’indépendance nationale, celle-là même pour laquelle il a tant combattu, avec pour seule arme sa plume trempée dans la quintessence de sa conscience d’intellectuel épris de la dignité humaine et au service de la lutte contre l’oppression. Pour ce faire, transcendant à la fois ses conditions modestes d’instituteur et d’écrivain issu d’un pays en train de s’acheminer lentement mais sûrement vers la rencontre avec son destin, il aura déversé un océan de mots pour dire la vie qui n’est plus la vie sous le joug colonial, pour fixer sur la page blanche les espoirs immenses de son peuple écrasé, meurtri, recroquevillé sur ses blessures profondes, mais qui lutte encore et toujours. Voix des sans-voix, porte-étendard "d’une génération immolée [dont il] il porte en bandoulière les rêves concassés", –les mots entre guillemets sont du nouvelliste et chercheur Ali Moussa Iyé- il entreprend de mieux organiser son action militante. Le procédé utilisé à cet effet est fort original, pour ne pas dire qu’il se passe de commentaire. Autrement dit, il prend ses distances par rapport au journal "Le Réveil" pour mieux se rapprocher du journalisme, son cheval de bataille. C’est dans cette perspective que voit le jour "Iftin", un organe de presse dont les échos se confondent parfois avec la réputation d’avant-gardiste de son fondateur. Une vraie idylle. Et surtout un clin d’œil à la postérité. Par conséquent, l’histoire d’Abdillahi Doualeh Waïs se mêle désormais avec celle d’Iftin, en particulier pour la génération post-indépendance. Heureusement que l’ex. Rue Brazzaville, qui porte depuis peu son nom, est là pour nous le rappeler. Pour toujours.

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