La Légende Obama

Par Isman O | 20 janvier 2009
6,790 vues
La Légende Obama

Source: ADI

Fabuleux destin que celui de Barack Obama. Cet homme est désormais une légende vivante. Non seulement parce qu’il a réussi là où d’autres ont échoué avant lui, mais également parce qu’il est parvenu, en pionnier, à concilier sans les brusquer les éléments suivants : avoir des origines africaines, faire de brillantes études dans les plus prestigieuses universités des Etats-Unis, se forger une image de chef adulé et respecté aux antipodes des clichés habituels spécifiques aux dirigeants issus de la communauté noire de son pays, incarner le rêve des millions de jeunes Américains, vouloir prendre les rênes de la plus grande puissance du monde, aller jusqu’au bout, jusqu’au bout. Sans trébucher, ne serait-ce qu’une seule fois, pour mieux anéantir la logique, purement raciste il est vrai, qui a naguère condamné un autre candidat à la maison blanche, noir comme lui. Mais cela est une autre histoire. Qu’ai-je dit ? Une autre histoire ? Peut-être pas tant que ça. D’abord, parce qu’elle est elle aussi américaine. Ensuite, parce qu’elle éclaire, sans doute mieux que la fulgurante ascension de Barack Obama, sur la vraie histoire des Etats-Unis. Celle de l’esclavage. Celle de la ségrégation raciale aveugle qui frappa jadis des millions d’hommes et de femmes du fait de la couleur de leur peau. Celle d’Abraham Lincoln, de Malcom X, de Martin Luther King et de son fameux « I have a dream », pour ne citer que ceux-là. « L’Amérique est le seul pays au monde où une histoire comme la mienne est possible. » Cette phrase, lâchée par l’ancien sénateur de l’Illinois a fait mouche. Au-delà des téléspectateurs, et plus généralement de tous ses compatriotes, ces « petits » mots de Barack Obama auront pris de court les peuples du monde entier. Oui, son élection résulte d’un exercice de démocratie à nul autre pareil. Oui, en votant pour lui, les Américains ont fait quelque chose d’extraordinaire, à la limite de l’impossible, à mi-chemin entre le rêve et la réalité. Un noir à la tête des Etats-Unis ? Impossible, disait-on il y a quelques mois encore. Le peuple américain l’a rendu possible en novembre dernier. Non sans avoir modifié le cours des choses, créant du coup ce qu’il convient d’appeler une ironie de l’histoire. En choisissant Obama, les Américains n’ont pas seulement décidé de se défaire du poids encombrant d’un passé douloureux. Ils ont également voulu donner une leçon de démocratie unique en son genre à la face du monde. Ce qui fut fait. Cependant, l’effort électoral consenti par le peuple des Etats-Unis dans les urnes ne doit guère faire oublier les immenses efforts déployés depuis longtemps par Barack Obama lui-même en vue de sa conquête du pouvoir. Sa victoire est en grande partie le résultat d’une farouche détermination pleinement assumée sur le plan personnel. Le candidat Obama s’est en effet montré imperturbable tout au long de la campagne électorale, encaissant les coups bas sans faillir, ni faiblir. Madame Palin –où était-ce son sosie ?- l’accuse de « copiner avec les terroristes », il fait aussitôt preuve de fermeté dans son discours. Que certains de ses plus virulents détracteurs, dont les critiques étaient parfois d’une rare bassesse, crient au scandale à propos de quelques dollars octroyés en soutien par une lointaine tante en situation irrégulière sur le sol américain, il a très vite su tirer la leçon en ordonnant immédiatement le renvoi de ce que d’aucuns considéraient, y compris dans ses propres rangs, comme un cadeau empoissonné. Pour le reste, son immense force de caractère insoupçonnée jusque-là, du moins aux yeux de ses adversaires, a suffi. Beaucoup, avouons-le, auraient fait naufrage là où rien, ni personne n’ont pu vraiment le secouer. Vents et marées ont beau épuiser leur force, ils ont constamment buté sur du marbre noir frappé du drapeau des Etats-Unis, ne parvenant guère à le faire bouger d’un centimètre. Le gouverneur Arnold schwarzenegger, lui, en a craqué dès le premier essai. Sa corpulence sauvage, son esprit tordu et son étrange habileté au combat, qui lui permettaient de venir facilement à bout de tous ses adversaires dans chacun de ses films, ont brutalement cédé. Hollywood lui a appris l’art de déjouer les scénarios les plus invraisemblables dans l’univers de la science-fiction, pas celui de heurter l’histoire en marche ou de la faire basculer. Décidément, ce genre d’exercice, certes trop délicat pour être impossible, reste à faire pour le gouverneur de Californie s’il pense toujours que ses talents d’acteur pourraient suffire afin d’empêcher un petit commando anti-républicain à la tête duquel un noir de 47 ans qui tente de s’emparer de la Maison Blanche. La preuve ? Barack Obama ne serait pas aujourd’hui là où il est.

Tags

Partager cette histoire