Reportage : Zoom sur le parc à bétail de Douda

Par Isman O. | 23 janvier 2011
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Reportage : Zoom sur le parc à bétail de Douda

Source: ADI

Aden, le chauffeur, dont la tête dépasse difficilement le volant, fonce sur un long ruban d'asphalte défoncé avant de glisser sur une piste caillouteuse. La figure perlée de sueur, il a le plus grand mal du monde à contourner les ornières qui jonchent son parcours. L’astre solaire est au zénith et lance « des dards aussi tranchants que tesson de bouteille » sur tout ce qui bouge. A commencer par les hommes et… les bêtes. Notre destination : le nouveau parc à bétail de Douda. A Nagaadh, le lit de l’oued est plus que jamais desséché et offre un visage profondément affligé devant les incertitudes qui gonflent ses jours à venir. Un peu plus loin, nous apercevons un nuage de poussière qui monte en spirale dans le ciel. Torse nu, suffocant de chaleur et de fatigue, un groupe d’hommes travaillent d’arrache-pied malgré le soleil annihilant. Résignées, obscures et dures, leurs silhouettes épousent parfaitement le paysage hostile. Mine de rien, ils demandent juste un peu d’eau lorsque nous le rejoignons, avant de nous renseigner en peu de mots sur la nature de leur ouvrage. Béante, de plus de deux mètres de profondeur, la tombe qu’ils viennent de creuser n’en finit pas de dégager une chaleur encore plus étouffante. "Le défunt était d’ici. Il s’était marié récemment, avait bâti une somptueuse maison non loin d’ici et ne cessait de rêver ces derniers temps à l’idée d’y accueillir son épouse en voyage à Borama, en Somalie. C’était compter sans la mort. Le destin est parfois cruel, cruel", lâche un jeune homme robuste avant de s’éloigner et de rejoindre le groupe. Le parc de bétail s’offre déjà à notre vue. Un vaste périmètre parsemé d’enclos de béton. Un barrage a été érigé à l’entrée. Dans l’enceinte, la circulation des biens et des personnes est minutieusement contrôlée par des agents de sécurité en uniforme. Avant d’y accéder, j’interroge du regard un groupe de camionneurs éthiopiens qui ont coupé leurs moteurs à quelques mètres de l’immense portail. Compte tenu de mon impuissance à m’exprimer en Amharique, la seule langue qu’ils maîtrisent tous, je promène lentement les yeux sur leur chargement : un troupeau de bœufs énervés sous l’effet de la chaleur et de la fatigue due au voyage. Cornes et sabots se mettent en branle, entamant une drôle de musique sur le tas de ferrailles à bord duquel les bêtes sont entassés. Heureusement que quelqu’un se présente pour nous renseigner… Il s’appelle Sahal Hadji Ali. La quarantaine robuste, le verbe haut, il tient un restaurant d’infortune dans le voisinage du parc. Les camions ? Ils attendent l’autorisation de l’équipe médicale pour être déchargés à l’intérieur. "Elle leur sera accordée d’un moment à l’autre, vous verrez", promet Sahal Hadji Ali. Ce qui fut fait. Plus vite qu’on ne l’espérait. Les animaux sont ensuite conduits sous de larges préaux. Durement éprouvés par la soif et la faim, les plus chanceux, ceux qui sont en tête du convoi, accourent déjà à la vue de l’eau dans les immenses réservoirs de béton en forme géométrique. De l’autre côté du mur d’un mètre de hauteur et protègé par des barres de fer, des hommes s’activent et placent par endroits du foin en abondance. Le bœuf peut facilement glisser la tête entre les barres de fer et brouter à longueur de journée sans pour autant pouvoir s’échapper de sa prison. A l’intérieur, le sol de terre battue est sans cesse travaillé pour empêcher les excréments de propager sur les lieux. Un petit bulldozer, spécialement conçu pour ce type de manœuvre, est constamment à l’œuvre dans les carrés de ciment qui entourent les bêtes. Pourtant, une forte odeur acide, une odeur de nature à vous couper le souffle, emplit lourdement l’atmosphère. Si celle-ci ne trouble point le repos des troupeaux durant leur bref repos sur les lieux, elle a, au moins, le mérite de vous rappeler que vous êtes dans le parc à bétail de Douda.

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