Rencontre avec le comédien Abdi Kulmiyé Gafaneh

Par Isman O. | 15 janvier 2011
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Rencontre avec le comédien Abdi Kulmiyé Gafaneh

Source: ADI

On l’avait oublié, ou presque. Malgré un séjour long de quinze ans au Canada, le comédien Abdi Kulmiyé Gafaneh, lui, n’a rien perdu de sa touche humoristique ou de ses coups de gueule. Encore moins de son attachement à son pays d’origine : Djibouti. C’est un homme fortement marqué par les retrouvailles avec ses pairs artistes, et surtout la troupe "4 Mars" qui, dit-il, l’a propulsé au sommet, que nous avons reçu dans nos locaux jouxtant le siège de la RTD. Fringant comme un jeune homme de vingt ans et heureux d’avoir eu "la chance, avant de mourir, de respirer l’odeur âcre du marché de poissons" où il a longtemps travaillé en qualité de vendeur avant d’entamer une carrière artistique en 1979 au sein du "4 Mars", Abdi Kulmiyé est à la fois ému, fasciné et excité de renouer avec son passé. Tantôt d’un enthousiasme contagieux, tantôt au bord de larmes, celui qui interprétait autrefois le rôle du mari peu commode de Willo, dans ce qu’il considère lui-même comme sa meilleure pièce de théâtre, se dit totalement dépassé par les vicissitudes du temps. "Comme les années ont passé si vite… c’est fou !", insiste-t-il. Entre vagues de nostalgie et marées de souvenirs plus ou moins chargés d’anecdotes parfois improvisées, le comédien joue à merveille son rôle. Entretien. L’ADI : Cela fait bientôt quinze ans, vous êtes parti de Djibouti dans le but d’organiser avec le "4 mars" un spectacle sur le sol canadien. Vous n’y reviendrez pas. Ou plutôt vous préférez vous y installer… Abdi Kulmiyé : Pour des raisons qui me sont personnelles, et au risque de bousculer les règles de courtoisie, je ne peux expliquer ici ce qui a motivé mon choix de rester au Canada plutôt que de rentrer au bercail, comme je devais le faire, à la fin de nos travaux. L'ADI: Quelle impression cela vous fait-il d’effectuer le trajet en sens inverse une quinzaine d’années plus tard ? Abdi Kulmiyé : Beaucoup de joie avant tout. Je suis ravi de découvrir le nouveau visage de la ville de Djibouti. Je dis cela parce que je suis étonné d’avoir vu ce que j’ai vu en arrivant ici. C’est vrai que, au cours de cette dernière décennie surtout, j’ai souvent entendu dire qu’avec la reprise économique Djibouti s’est beaucoup développé. Je n’imaginais point toutefois que le changement était aussi fort et aussi palpable. Tenez, par exemple, à Balbala, dans le secteur du collège Fukuzawa, là autrefois des habitations de bric-à-brac poussaient à la va-comme-je-te-pousse, de somptueux immeubles sont sortis de terre. Il en va de même à Gabode ou pour les innombrables cités récemment construites telles que Hodan ou Barwako. L'ADI: Avez-vous continué à incarner des personnages aussi drôles que le mari de Willo au théâtre durant vos années passées sous les cieux d’Ontario? Abdi Kulmiyé : Malheureusement non ! Je ne sais comment exprimer ni par quel terme désigner cela… Par les circonstances contraignantes de l’existence, si j’ose dire ainsi, j’ai vécu loin du théâtre, ma passion de toujours. Oui, j’ai été amené à gagner ma vie autrement que mes activités sur la scène. L'ADI: Qu’êtes-vous devenu alors ? Abdi Kulmiyé : J’ai travaillé dans la décoration. J’y ai acquis une certaine expérience grâce à laquelle je pourrais servir mon pays en cas de besoin. J’avoue que le peu que j’ai appris là-bas est loin d’être important, mais c’est vous faire part de ma disponibilité à aider comme je peux la patrie qui a accompagné mes premiers pas dans la vie. L'ADI: Vous dites la patrie qui a accompagné mes premiers pas dans la vie. Abdi Kulmiyé : Pour mieux comprendre ce que signifie cette petite formule, il faut remonter ma vie. Issue d’une famille nomade, je suis né en effet dans la région de la ville millénaire de Zeïla [dans l’actuel Somaliland]. Enfant, je suis arrivé à Djibouti où j’ai grandi ou j’ai embrassé plus tard, comme tout le monde le sait, une carrière de comédien des plus prometteuses. Je me sens intimement lié à ce pays où j’ai passé une grande partie de ma vie et auquel je voue un amour sans bornes. L'ADI : Parlons donc de vos amours. Le "4 mars" en fait partie. Je me trompe ? Abdi Kulmiyé : Sans doute non. J’ai adhéré à cette troupe dès sa fondation en 1979. C’est au sein du "4 mars" que j’ai connu le succès. Nous formions une équipe soudée, assoiffée de connaissances et déterminée d’avancer main dans la main dans ce qui était notre passion commune : l’art. Des noms comme Aïcha Bisleh, Kaltoun Hassan ("Bacado"), Willo, Sahala ou Sodonleh sont pour moi inoubliables. Nous donnions ensemble l’image d’une jeune génération d’artistes fort talentueux, particulièrement apprécié du public. L'ADI: La concurrence avec les vedettes de "Gacan Macan" n’en était pas moins rude. Abdi Kulmiyé : Une telle conclusion est, à mon avis, loin de traduire la réalité sur le terrain, du moins à l’époque. A quel trophée pouvions-nous prétendre en effet face à "Gacan Macan" qui était largement supérieure à notre groupe en termes d’expériences ? Je vous laisse le soin d’y réfléchir de manière un peu plus profonde. Alors seulement, vous saurez, j’en suis convaincu, que l’idée même de concurrence ne pouvait être. Exception faite de l’estime et du respect que nous étions tenus de témoigner aux artistes de "Gacan Macan", qui étaient nos aînés dans l’art et qui, à ce titre, nous servaient d’exemples, rien ne pouvait justifier la comparaison entre les deux troupes. L'ADI : Depuis votre retour au pays, vous avez été visité le siège du "4mars" et rencontré les jeunes artistes qui composent aujourd’hui son ossature. Est-ce vrai ? Abdi Kulmiyé : Oui. J’ai été les voir à plusieurs reprises. Mieux, j’entends préparer avec eux un nouveau spectacle qui, à mon sens, devrait m’aider à prendre le contact avec le public. C’est là un projet qui me tient à cœur.

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