Rencontre avec un défenseur de la nature
Par Isman O.
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09 janvier 2011
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Source: ADI
Son nom ne vous dit peut-être rien mais, sous le ciel d'Assamo, en plein pays assajog, l'homme est une véritable légende. Une légende vivante, chargée d'anecdotes qui choquent, de vérités qui bousculent, d'expériences qui surprennent.
Plus que par l'originalité et les fruits de ses initiatives, Daher Obsieh Aouled alias "Qashbaash" étonne par son franc-parler. Empreint d'une fausse timidité apparente, son verbe haut, aussi bien que son parcours, force l'admiration.
"On m'a longtemps traité de fou, d'ensorcelé, de n'importe quoi. Mais cela ne peut m'empêcher d'être heureux que l'on reconnaisse enfin la valeur de mon action", affirme t-il, avec une pointe de fierté.
Fraîchement rentré d'Europe où il a longtemps séjourné, Daher Obsieh débarque à Assamo. Avec des idées plein la tête. C'était par un jour de décembre 1987.
Son retour au bercail- il a vu le jour à quelques kilomètres d'Assamo- Daher l'a fait non sans heurter la mentalité des pauvres villageois qui, bien qu'heureux de côtoyer ce "frère" venu d'Occident, demeuraient en même temps bouleversés par les "étranges activités" auxquelles il se livrait. Etranges ? Pas tant que ça.
Et pourtant, dans le modeste village, le phénomène " Qashbaash " nourrissait déjà une folle histoire qui, à dire vrai, n'est pas loin de rappeler "Le mystère de Dasbiou", une des plus belles fictions du romancier djiboutien Abourahman A. Wabéri.
Pour les anciens, il n'y avait guère de doute : durant ses incessants voyages à travers les cinq continents, le jeune Daher a été abordé par des djinns, qui se sont emparés de son esprit. Un point, un trait. Il ne fallait pas chercher d'explication.
A moins que vous ne vouliez tomber sur cette hypothèse, encore plus abracadabrantesque mais partagée par tous, et selon laquelle les djinns qui habitaient "Qashbaash" n'avaient rien de commun avec ceux qui avaient l'habitude de s'en prendre aux femmes d'Assamo et contre lesquels l'imam du village avait le plus grand mal du monde à combattre. Conclusion : puisqu'il se trouvait en terre étrangère au moment du contact, Daher Obsieh était la proie de djinns étrangers.
Mais que faisait ce dernier pour susciter de manière aussi vive la curiosité, l'incompréhension et, parfois, l'angoisse de ses compatriotes ? Rien d'extraordinaire. Jugez-en vous-même. Pelle et pioche en main, Daher Obsieh s'était tout simplement mis à creuser lui-même un puits pour approvisionner en eau ce qui devait être un peu plus tard son exploitation agricole.
Un vieux rêve né là -bas, dans les vastes plaines agricoles de France ou au cours d'une brève escale en Argentine, était donc en train de se réaliser sous le regard inquiet et désapprobateur des habitants d'Assamo.
C'est là le début d'une longue et riche aventure qui propulsera "Qashbaash" sur le devant de la scène et au cœur d'échos médiatiques sans précédent.
Le dernier en date provient du magazine français "Terre Sauvage", qui lui a dernièrement consacré sa "Une", titrant en couverture "Le fou des sables ". Plus que la petite personne de Daher Obsieh Aouled, le magazine, comme on pouvait s'y attendre, s'est focalisé sur "le merveilleux centre touristique" qu'abrite aujourd'hui son exploitation agricole.
Véritable socle autour duquel s'organise désormais la vie de nombreux habitants d'Assamo, ledit centre vient de franchir en effet un nouveau pas en investissant considérablement dans la lutte pour la préservation de la nature.
Autrement dit, il s'est chargé de financer dorénavant les activités d'une association locale anciennement fondée par "Qashbaash" lui-même et dédiée à cette cause.
La préservation de la nature, c'est justement l'objet de la visite dans nos locaux de M. Daher Obsieh dans la journée de dimanche.
Accompagnant ses paroles et gestes d'un sourire amical, il nous parle des minutes durant d'une espèce en voie de disparition et des principaux écueils qui compromettent sa survie. Son nom ? "Beyrac".
"De quoi s'agit-il d'abord ?", interroge un confrère. "Qashbaash" ne s'en étonne pas. C'est dans son habitude, dit-il. "Et puis, il est incontestable que la quasi-totalité de nos jeunes, surtout ceux qui résident en ville, ignorent tout sur notre faune et notre flore parce que personne ne les a aidés à les connaître".
Et notre visiteur de se lancer tout de suite dans un long et intéressant exposé sur le "Beyrac", cette petite antilope qui vit sur les hauteurs d'Assamo et dont les conditions de vie se trouvent maintenant ébranlées par les effets dévastateurs de la sécheresse.
Etant donné que leur milieu ne peut plus leur permettre de manger suffisamment, les bêtes sont extrêmement fragilisées, incapables de fuir devant les prédateurs.
Parallèlement à cette situation, le "Beyrac" comme tant d'autres espèces est toujours en proie à un autre danger non négligeable : la chasse.
C'est pourquoi, selon Daher Obsieh, il faut réagir. Vite. Et avant qu'il ne soit trop tard.
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