Reportage : le PK12, un quartier en mutation
Par Isman O.
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30 décembre 2010
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Source: ADI
La quarantaine robuste, les bras fortement musclés malgré l’embonpoint qui commence à se manifester déjà , l’homme parle un mélange d’Amharique, d’Arabe, de Somali, d’Afar et de Français.
Un curieux cocktail de langues appris des années durant à l’école de la rue et constamment improvisé au gré des rencontres quotidiennes et des bavardages avec ses clients, ses collègues de travail, son patron, ses amis…
Moktar s’exprime donc ainsi parce que, dit-il, son métier de serveur dans un modeste restaurant du PK 12 l’exige. Pour une raison simple : la diversité de ses clients.
Des camionneurs éthiopiens au boutiquier arabe du coin en passant par les habitants du PK12 qui parlent Afar et Somali dans leur quasi-totalité, Moktar est, on le voit, est obligé de répondre à tout le monde dans sa drôle de langue personnelle formée de quelques mots, très peu d’expressions et de fausses traductions littérales qui concernent aussi bien l’Amharique que le Somali.
Mais ce qui sort de la bouche de Moktar n’est pas la seule chose qui surprend dans son restaurant où le « canjeera » côtoie le « fah-fah » et où l’on peut acheter en birr (devise éthiopienne) comme en franc djiboutien.
L’endroit, qui abrite aujourd’hui pas moins d’une douzaine de restaurants, autant de boutiques et deux ou trois magasins, s’apparentait pourtant, il n’y a pas longtemps, à un véritable désert du fait du climat particulièrement torride et du paysage caillouteux et poussiéreux.
Une étonnante et séduisante métamorphose s’y est donc opérée au fil du temps. Il suffit de faire quelques pas plus loin pour constater que celle-ci ne s’arrête pas ici. Route impeccablement asphaltée, minarets, marché et belles habitations en dur s’offrent au regard.
C’est peu dire que le PK12 est aujourd’hui, plus d’une dizaine d’années après sa création, un quartier en mutation. Mieux : il est devenu une petite place commerciale. Un point de rencontres aussi. Au grand bonheur de ses habitants.
C’est le cas de Moussa Doudoub, 41 ans, ancien boutiquier très connu du quartier puisqu’il dirige depuis des années l’unique association qui s’occupe de la question des orphelins sous les cieux du PK12.
Imam à ses heures perdues, l’homme n’attire pas seulement l’attention du commun des mortels par ses prêches du vendredi intelligemment préparés dans un arabe très accessible. Oui, Moussa Doudoub étonne également et avant tout par ses idées. La preuve ? Contraint d’abandonner son gagne-pain par une méchante faillite, Moussa décide un jour de fermer boutique.
Mais comme une décision en appelle immédiatement une autre chez lui, il décide le même jour de diviser sa demeure en deux, de concentrer les activités et les besoins son foyer sur une partie et de louer le reste à un petit groupe de restaurateurs éthiopiens.
Aussi simple que facile à exécuter, l’idée séduit très vite un certain nombre de ménages voisins avant de se répandre comme une traînée de poudre sur une bonne partie du PK 12.
Et le résultat est maintenant là : de nombreuses familles comme celle de Moussa Doudoub perçoivent un loyer mensuel compris, dans la plupart des cas, entre 15000 et 20000 fdj. « Ce qui n’est pas rien par le temps qui court », commente l’ancien boutiquier, avec une pointe de fierté.
Une de nombreuses surprises qui attendent le visiteur non averti au PK 12 est sans doute l’incroyable développement qu’a connu ce quartier en un laps de temps pourtant très court.
Un premier constat : pas un jour ne passe sans que l’on y bâtisse quelque chose (une demeure familiale, un lieu commercial, une infrastructure publique…), et, par conséquent, les espaces vides se font désormais rares.
Construites toutes ou presque en bois et en tôles ondulés, les maisons s’étendent à perte de vue. Résultat incontestable de cette extension effrénée, la jonction avec le quartier voisin de Hayabley est maintenant chose faite.
Narguant par sa hauteur et ses feux le PK 12 dont un pan entier ignore toujours l’électricité, Arta semble, quant à elle, se rapprocher jour après jour. Malgré elle.
« Je suis sûr qu’on finira par l’atteindre un jour », promet Deeqsi Omar, 21 ans et étudiant à l’Université de Djibouti.
En attendant, Arta, majestueusement dressée au sommet, continue d’envoyer la nuit des lueurs de rêve aux habitants du PK 12 comme à ceux de la localité voisine du PK 20.
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