Un demi-siècle de littérature djiboutienne francophone
Par Isman O.
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29 décembre 2010
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Source: ADI
Plus d’un demi-siècle sépare exactement la publication par William Syad de "Khamsin" et celle de "L'enfant de Balbala" de Rachid Hachi paru aux éditions L'Harmattan.
Durant ce laps de temps, la littérature djiboutienne d'expression française aura connu des hauts et des bas.
A l'heure où notre pays peut se targuer de compter sur des plumes aussi célèbres que celle d’un Wabéri, il ne serait certainement pas inopportun de faire le bilan dans ce domaine en insistant particulièrement sur les étapes décisives qui ont marqué son évolution.
En 1957, le Djiboutien William Syad publie aux éditions Présence Africaine un premier recueil de poèmes. "Khamsin", c'est son titre, est d'une étrange beauté.
La verve de la plume et la force du verbe conjuguées avec l'imagination féconde d'"un nègre d'Orient poète" ont tout simplement pour résultat une œuvre à la fois douce et ardente. Ce qui lui vaudra peut-être le privilège d'être préfacée par l'un des plus grands poètes africains de l'époque, à savoir Léopold Sédar Senghor.
A un moment où abondent les livres, écrits essentiellement par des auteurs français, sur la côte française des Somalis - ancienne appellation de Djibouti -, à un moment où les Henry de Monfreid, Albert Londres, Joseph Kessel et autre Alphonse Lippmann n'ont pas encore fini de marteler "leur vérité" sur l'histoire, les traditions et coutumes du peuple de nomades qui vit dans cette partie de la Corne de l'Afrique, Syad pose les jalons de ce qui deviendra la littérature djiboutienne francophone.
Son initiative est fort fructueuse puisqu'elle suscite dans l'immédiat un élan exemplaire et naturellement inattendu dans une activité littéraire naissante.
En effet, seulement quelques mois plus tard, Houssein Abdi Gouled émerge de l'ombre en faisant éditer "Abdi, l'enfant du TFAI". Bien que très peu connu des Djiboutiens, le livre est très passionnant.
Dans un style simple et rigoureusement travaillé, l'auteur se livre à une étude audacieuse de l'enfance et, au-delà , s'interroge sur les conditions de vie des enfants dans son pays.
Peu après cette époque qui consacre la naissance de notre littérature, un chroniqueur talentueux commence à donner de la voix à travers les colonnes du journal "Le Réveil", ancêtre de "La Nation", hebdomadaire devenu récemment quotidien à la faveur d’une décision gouvernementale. Son nom : Abdillahi Doualeh Waïs. Il excelle dans l'art du conte et force l'admiration par la singularité de son écriture poétique et tendre.
A ces trois hommes de lettres que nous venons de citer, s'ajoutent sans doute de nombreux anonymes. Ecrivains en gestation, ils ne sont guère en panne d'imagination et rédigent dans l'ombre ce qui pourrait devenir un jour des chefs-d'œuvre.
Ironie des temps ou preuve de leur existence, la récente découverte par Jean-Dominique Pénel au foyer social de Tadjourah d'une œuvre inédite écrite par l'un de ces "écrivains de l'ombre" illustre parfaitement cette réalité.
Comme pour se dérober au regard du public, l'auteur n'a donné que son prénom : Dini. Aucune autre information n'est fournie.
Pour Jean-Dominique Pénel, qui l'a rapporté dans son ouvrage intitulé "Djibouti 70", il pourrait s'agir soit d'un instituteur, soit d'un élève doué. Personne n'en saura davantage.
Néanmoins, la production littéraire nationale, pourtant forte de toutes ces plumes, commence à ralentir à partir des années 70. Défiant l'optimisme des uns, anéantissant l'espoir des autres, elle glisse lentement dans la léthargie ; une léthargie que seul William Syad s'efforcera de percer de temps à autre par ses poèmes langoureux jusqu'à sa mort en 1987.
Malgré la richesse exceptionnelle de ses livres, en particulier son roman autobiographique "Le cercle et la spirale", Omar Osman Rabeh n'y peut malheureusement rien changer. Le paysage littéraire djiboutien reste aride et, par conséquent, improductif.
Il faudra attendre longtemps pour voir germer les graines de l'espoir. Le premier fleuron ne poussera que de longues saisons plus tard.
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