Reportage : voyage au cœur de la ville millénaire de Zeïla
Par Isman O.
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24 décembre 2010
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Source: ADI
Du haut de son existence millénaire, Zeïla garde toujours un œil sur son passé tout en étant résolument tourné vers l’avenir.
On accède à la vieille ville (ou plutôt ce qui en reste) par un enchevêtrement de pistes cahoteuses à travers lesquelles la poussière n’en finit guère de monter en spirale vers un ciel morne et plus que jamais absent.
En saison de pluie, c’est plutôt la boue qui assure la relève, au grand désarroi des conducteurs. Non, il ne suffit pas d’être habile au volant pour circuler en pareilles circonstances. Il faut avoir aussi une longue expérience du terrain. A défaut, les pneus glissent le long de la voie ; le moteur s’ébranle très vite, incapable de lutter contre une nature hostile.
Ironie du sort ou simple coïncidence, la veille de notre départ pour Zeïla la pluie est encore tombée. Drue.
Si les précipitations, qui étaient d’ailleurs très attendues dans la région, vont sans doute atténuer les effets dévastateurs de la sécheresse, elles ne font pas l’affaire de tous. A commencer par les éleveurs dont le bétail, déjà sérieusement entamé par de longs mois de pénurie, est parfois complètement détruit. En certains endroits, on aperçoit désormais les carcasses de bêtes gonflées par la putrescence.
Mohamed, notre chauffeur, est quant à lui inquiet pour son 4x4. Sera-t-il englouti par la boue ? Va-t-il arriver à destination «sain et sauf » ?
Ses interrogations sont rapidement balayées lorsque un homme se présente à nous. Il prétend avoir de solides connaissances du terrain.
Après une brève concertation, nous décidons de nous offrir ses services, moyennant une botte de khat. Pari réussi !
Notre véhicule est à la porte de Zeila avant minuit, déchirant par ses feux et son vacarme la nuit lourde d’obscurité et de silence.
D’étranges échos semblent parvenir des maisons en ruine. Je retiens mon souffle dans l’espoir d’en saisir quelques bribes au vol. Je crois entendre des clameurs ponctuées d’un long chant nomade. Mobilisés dans un ultime élan poétique, ils me rappellent "la cadence chaloupée du Saddex-lee" (les mots entre parenthèses sont de l'écrivain djiboutien Ali Moussa Iyé). Qui avait dit que Zeïla est le berceau des variétés folkloriques les plus prisées dans la sous région ?
Un peu plus loin, un tas de pierres attire notre attention. Des fragments de murs recouverts de traces de chaux indiquent que l’endroit avait longtemps abrité un vaste édifice qui, apparemment, s’est écroulé sur lui-même. Quand ? Quel âge avait-il ?
Personne ne peut répondre de façon précise. Tout ce que l’on est en mesure de savoir, c’est qu’une mosquée avait été jadis bâtie ici et que celle –ci possédait deux minarets, l’un tourné vers la Mecque, l’autre vers Jérusalem. D’où son nom : « Qiblateyn».
Surprenante à première vue, cette drôle de construction témoigne d’une chose : la création de cette mosquée remonte à une époque très ancienne. C’est-à -dire antérieure à celle où fut intimé au monde musulman l’ordre de se tourner en direction de la Mecque au moment de la prière.
Intrigué, je pénètre sur la pointe des pieds dans l’enceinte de l’ex -poissonnerie, l’unique installation que Zeïla, malgré sa longue histoire, doit au régime socialiste de Syad Barreh qui fit autrefois la pluie et le beau temps en Somalie.
C’est là que je dois passer la nuit. Au petit matin, je me réveille en sursaut. Dehors, l’air est sec. Encore endormie, la ville commence à se défaire petit à petit de sa torpeur nocturne. Je rencontre un homme pressé dans la rue. Je lui lance à la figure : « Qiblateyn, je l’ai vue et je ne l’oublierai jamais. Je l’ai saluée de toute la force de mes bras. Je l’ai embrassée de ma bouche fatiguée, l’écume aux lèvres ».
Plutôt imperturbable, il poursuit tranquillement son chemin. Il m’a certainement pris pour un fou.
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