Reportage : Ali-Addhé à la croisée des chemins

Par Isman O. | 19 décembre 2010
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Reportage : Ali-Addhé à la croisée des chemins

Source: ADI

plusieurs kilomètres à vol d’oiseau du chef-lieu du district d'Ali-Sabieh, Ali-Addhé, son tapis de sables brûlants, ses latérites que baignent impeccablement les réverbérations du soleil à longueur de journée, ses pierrailles couleur nuit tropicale, et bien sûr son destin. Le village, qui abrite un important camp de réfugiés, est particulièrement apprécié pour la clémence de son climat qui, malgré des conditions de vie précaires, confère à ses environs la fraîcheur d’un site naturel resté vierge en dépit des injures du temps et des injustices hommes. La localité est, au reste, accroché à son mythe fondateur : celui du Cheick Ali-Addhé dont l’esprit veillerait depuis des générations à l’existence de ses propres populations. Déchiré de pistes caravanières sans âge et en même temps secoué à longueur de journée par une certaine frénésie due à un accès récent à la téléphonie mobile, Ali-Addé apparaît aujourd’hui comme un trait d’union entre sédentarisation et nomadisme. La transhumance se pratique au même rythme que les activités à l’intérieur des salles de la seule école du village, unique porte de sortie qui donne sur l’avenir, permettant ainsi d’entretenir des rêves, de gagner des forces pour pouvoir contrebalancer la chape d’ignorance posée sur le futur d’une région en mutation où le coca-cola côtoie l’eau puisée au puit, où la rigueur coutumière est atténuée par le désir, palpable chez les jeunes, d’assumer leur destin autrement. C’est peu dire qu’Ali-Addé est désormais à la croisée de chemins, gardant un œil sur le passé tout en étant résolument tourné vers l’avenir. Rien n’a changé, tout est nouveau, peut-on dire. Or, depuis qu’il a fait irruption en ces lieux, bousculant au passage certaines vieilles habitudes, le SMS y connaît un véritable succès. Fathia Abdi, 21 ans, en est folle de joie. Elle caresse lentement son téléphone portable du regard et de sa main légèrement humide. Pensive, la jeune femme sourit ensuite, découvrant ses dents d'une blancheur éclatante, lançant tout bas au ciel un "Alhamdulillah" presque muet. Le motif de cette joie brutale : elle vient d'apprendre par SMS que sa sœur a accouché d'un "beau petit garçon" il y a à peine cinq minutes. La maman et son enfant se portent bien. L'information émane de sa mère, partie très tôt au chevet de son aînée. Tout cela se passe des dizaines de kilomètres d’ici, à Ali-Sabieh. Des SMS, Fathia en reçoit tous les jours. Par dizaines. De la part de ses proches, de ses anciens camarades de classe, ses amies ou, parfois, d'inconnus. "Ce sont le plus souvent d'incorrigibles rêveurs qui cherchent à vous draguer. Ils vous abordent à n'importe quelle heure, même tard dans la nuit" dit-elle. Mais il y a aussi le revers de la médaille. C'est le cas du SMS de sa mère qui, reconnaît-elle, a le mérite de mettre fin à son inquiétude concernant l'état de santé de sa sœur. C'est peu dire que depuis qu’il a investi récemment le paysage solitaire d’Ali-Addhé, le SMS aura beaucoup marqué la vie des habitants. Rien ni personne n’y échappe. Cela n’empêche guère cependant le village d’être ce qu’il est. C’est-à-dire un endroit merveilleux, digne d’une peinture pittoresque, où la générosité de la nature contraint toujours le voyageur à s’arrêter, à observer une halte avant de s’éloigner.

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