"Salalah, Djeddah et Aden ne peuvent pas rivaliser avec Djibouti", souligne le PM dans une interview accordée au journal "Les Afriques"
Par NF
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15 octobre 2010
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Source: ADI
Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire "Les Afriques", le Premier ministre, M. Dileita Mohamed Dileita, a largement évoqué jeudi avec notre confrère Dominique Flaux l'environnement des affaires de notre pays, notamment la vitalité du secteur portuaire et le dynamisme de la place financière djiboutienne.
M. Dileita Mohamed Dileita s’est notamment dit satisfait de la bonne santé de l'économie nationale qui, notons-le, a reçu un coup de fouet vivifiant au cours de la dernière décennie.
"Nous sommes tout à fait capables aujourd’hui d’assurer nous-mêmes la gestion de nos ports et de tout ce qui a été mis en place", a insisté le Premier ministre en répondant à la question de savoir si Djibouti envisageait une "alternative à DP World et aux investisseurs de Dubaï".
"Avec un tel port et un arrière-pays de 80 millions d’habitants, nous sommes aujourd’hui capables de défier n’importe quel port de la région : Salalah, Djedda, Aden ne peuvent pas rivaliser avec Djibouti parce qu’ils n’ont pas l’arrière-pays que nous avons avec l’Ethiopie, les Grands Lacs et toute la région du Comesa", a explicité le Premier ministre djiboutien.
"Il y aura peut-être le port de Mombassa, mais il pose des problèmes de sécurité", a-t-il reconnu.
Parlant des succès enregistrés par son pays, sans oublier pour autant les difficultés, les quelques échecs et les problèmes persistants, M. Dileita a fait savoir que les soucis financiers de Dubaï, et notamment de DP World, ne nuiront pas fondamentalement a la dynamique de croissance de notre pays.
"Les terminaux à containers sont là , la zone franche est en activité, notre port, qui réalisait un chiffre très modeste, représente aujourd’hui presque 45% de notre budget", a-t-il dit à cet effet.
"Même si demain Dubaï se retirait, nous avons de toute façon fait un grand pas", a-t-il déclaré avant de poursuivre en expliquant que "nous avons des équipements de première qualité, nous avons formé nos gens, nous avons acquis l’expérience. Il n’y aurait aucun vide, la relève pourrait être assurée localement sans aucun problème".
"Mais nous ne regretterons pas notre choix de Dubaï car je crois qu’aucun autre partenaire n’aurait investi autant d’argent dans nos infrastructures", a-t-il par ailleurs estimé.
"Ce sont des gens qui ont eu le courage de se lancer, d’y croire et de croire en nous. Ils ont entrepris chez nous courageusement comme ils l’ont fait chez eux, en créant un pays de toutes pièces", a-t-il lancé.
Pour ce qui est de "la part des échanges économiques régionaux dans le PIB de Djibouti", M. Dileita Mohamed Dileita a répondu que "la part la plus importante de notre commerce régional se fait avec l’Ethiopie", mentionnant que "plus de 600 camions passent la frontière chaque jour dans les deux sens entre nos deux pays".
"Le commerce avec ce pays pourrait progresser encore davantage, mais il y a des difficultés, notamment du fait de la bureaucratie qui règne en Ethiopie et qui rend le commerce beaucoup plus difficile", a-t-il néanmoins laissé entendre.
Toujours sur le plan régional, le Premier ministre djiboutien a également évoqué le "peu de commerce qui se fait au niveau transfrontalier avec le Somaliland".
"Ce pays n’est pas reconnu au niveau international, mais nous avons avec ce peuple des relations très particulières. Nous partageons la même langue, la même religion, et une partie de la population vit des deux côtés", a-t-il dit.
Concernant la proposition de la BCIMR à la Banque centrale éthiopienne de "mettre en place un dispositif de cotation du birr à Djibouti", le Premier ministre a souligné qu’il soutenait parfaitement cette offre qui, selon lui, "sert aussi les intérêts de l’Ethiopie".
"La cotation du birr pourrait aider le commerce", a-t-il fait savoir, mettant en exergue que "le commerce a toujours été essentiel pour Djibouti qui, historiquement, est né d’un comptoir".
Selon le Premier ministre, la plupart des commerçants éthiopiens ont déjà commencé à ouvrir des comptes auprès des différentes institutions bancaires de la place, telles que la BRED et le Crédit Agricole (BCIMR et BIMR).
"Je pense que les deux banques centrales, éthiopienne et djiboutienne, ont entamé des discussions dans ce sens, mais à notre niveau, nous ne sommes pas encore saisis du dossier", a-t-il poursuivi.
"Il y a aujourd’hui chez les éthiopiens une "volonté d’ouverture internationale", a déclaré dans la foulée M. Dileita, se référant ainsi à l’éventuelle installation de la société française de téléphonie mobile Orange dans ce pays.
Selon lui, l’ouverture éthiopienne mérite d’être encouragé même si "cette ouverture n’a pas encore touché les secteurs de la banque et de l’assurance".
"Nous avons déjà un accord qui permet aux djiboutiens d’investir en Ethiopie, sauf dans les secteurs de la banque et de l’assurance", a-t-il assuré à cet égard, avant d'expliquer qu’"un transitaire ou un commerçant éthiopien peut venir exercer librement à Djibouti au niveau du port et du commerce en général".
Et d’ajouter : "la réciproque est plus difficile pour un djiboutien. Il lui faut un partenaire éthiopien et, surtout, surmonter beaucoup de difficultés pour faire sortir son argent".
"Nous sommes maintenant dans la troisième phase, celle de la zone franche, qui est déjà opérationnelle", a indiqué M. Dileita quant à la question portant sur le premier bilan du port de Doraleh.
Concernant son évolution, le PM a souligné que de nombreuses sociétés étrangères ont déjà été installées, citant "deux problèmes majeurs à résoudre avant de pouvoir vraiment développer cette zone franche : l’eau, et surtout l’énergie".
"La plupart des sociétés qui s’intéressent à notre zone franche trouvent que l’électricité est vraiment très chère", a-t-il précisé.
"Notre meilleur moyen, à ce jour, de produire suffisamment d’électricité à un coût raisonnable, c’est la géothermie. C’est la seule possibilité que nous ayons vraiment pour résoudre notre problème d’énergie à 100%", selon le PM.
A la question de savoir si Djibouti serait en mesure de fournir de la main-d’œuvre aux industries qui s’installent en zone franche, il a affirmé que toutes les facilités sont accordées aux investisseurs qui, a-t-il rappelé, "peuvent apporter aussi leur main-d’œuvre".
En réponse à la question sur l'accès de l’énergie solaire, le Premier ministre a fait savoir que "ce n’est pas encore au point". "Bien sûr, à Djibouti, le soleil est là ", a-t-il dit, avant d’ajouter : "Nous nous en servons pour les projets sociaux comme l’électrification de zones rurales, un peu d’éclairage public, mais il suffit que, durant une semaine, le ciel soit couvert, et l’énergie diminue. On ne peut considérer le solaire que comme une énergie d’appoint".
Revenant à l’éolienne, le Premier ministre djiboutien a expliqué que "l’investissement est très important". "La Banque mondiale nous avait proposé des financements pour acheter des éoliennes, mais malheureusement aucune société n’avait pu répondre à notre appel d’offres", a-t-il précisé.
Il a toutefois affirmé que "cinq sites à fort potentiel ont été identifiés, surtout le site du lac Assal", estimant que cela nécessite de gros investissements financiers dépassant les 25 millions de dollars.
"Cela demande des moyens trop importants pour un pays comme le nôtre", a enfin rétorqué le Premier ministre, selon lequel "la géothermie est mieux adaptée à nos besoins et à nos capacités".
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