La langue de Shakespeare : Nouveau dada des Djiboutiens ?
Par Ali Daher
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03 septembre 2010
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Source: ADI
Le paysage linguistique djiboutien est composé de deux langues nationales (Somali et Afar) auxquelles se superposent deux langues officielles, l’Arabe et le Français, qui remplissent les fonctions supérieures. Quant à l’Anglais, introduit au niveau secondaire de l’enseignement, il n’était parlé que par une minorité de citoyens.
Aujourd’hui, l’Anglais jouit d’un certain prestige et rattrape à grande enjambée son retard sur le Français. Mieux, il gagne du terrain et semble damer le pion au Français qui voit son influence décroître à Djibouti.
La multiplication à Djibouti-ville d’écoles de langues spécialisées dans l’enseignement de l’Anglais, témoigne d’un phénomène social. Dans certaines franges de la société, l’ampleur est telle qu’on observe un effort collectif démesuré pour la pratique de l’anglais.
C’est le cas des étudiants, notamment chez les jeunes bacheliers. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à poursuivre leurs études universitaires dans des pays comme la Malaisie, l’Inde, le Yémen, ou l’Ethiopie. Et la majorité de ceux qui sortent de l’Université de Djibouti, souhaite perfectionner leur anglais avant d’entamer la vie active. « Je pense que la langue anglaise est importante. On dit souvent que c’est un outil important pour trouver de l’emploi, car celui qui possède la langue anglaise, augmente ses chances de trouver un emploi », affirme Moussa, étudiant en 2ème année à l’Université de Djibouti.
Beaucoup déclarent qu’un diplôme en Anglais offre la possibilité de travailler dans les entreprises étrangères nouvellement installées au pays, tels que INMAA, DP World, les sociétés de la Zone franche ou du Camp Lemonnier, …etc. Ces sociétés étrangères rétribueraient mieux que la fonction publique.
Depuis les années 2000, une tendance paraît se dessiner parmi les autorités du pays, où on peut lire le souhait de réduire le Français à la fonction d’"instrument de travail" et une certaine sympathie à l’égard de l’anglais. Une volonté politique dictée par la nécessité d’ouvrir l’économie de Djibouti aux investisseurs des pays du golfe persique, et d’établir des contacts solides avec les pays de la sous-région (exemple : les opportunités d’affaires que représentent le marché du Comesa).
Si l’implantation de nombreuses entreprises étrangères dans les différents secteurs de l’économie djiboutienne a permit de booster le marché du travail, elle a aussi établit une nouvelle donne. L’Anglais devient une langue indispensable pour trouver un « job ». Au début, les nationaux doivent faire face à la concurrence des travailleurs étrangers, surtout à l’afflue massif de leur compatriotes issus de la diaspora.
Les Djiboutiens de la diaspora rentrent pour investir dans le pays, créent des sociétés et font des affaires avec des pays de la région (Dubaï, Hargeisa, Ethiopie, Yémen, …). Les « locaux » comprennent alors que l’aire d’extension de l’Anglais est plus importante que celle du Français, ils associent l’Anglais à la mondialisation, à la mobilité.
Petit à petit, la langue de Shakespeare investit les grands secteurs de l’activité économique. Melle Oubah, jeune secrétaire dans une société de la place, avoue faire de gros efforts pour améliorer son Anglais. « Mon envie d’apprendre l’anglais ne date pas d’aujourd’hui. En fait, j’avais tendance à privilégier d’autres activités banales. Mais j’ai eu affaire à des clients étrangers de plus en plus nombreux qui venaient de se plaindre de leurs factures. J’en avais marre d’afficher à chaque fois un sourire embarrassé … alors, je me suis inscrite à des cours de perfectionnement ».
En dehors des impératifs économiques, les Djiboutiens s’intéressent surtout à langue de Shakespeare pour être en phase avec leur environnement et élargir surtout leur horizon.
Leur quotidien regorgent de situation qui les incitent dans ce sens : la multitude de chaînes satellitaires (Arabsat, Nilesat), l’Internet, les radio disponibles en FM (VOA, BBC, SAWA pour la musique), de plus en plus de journaux et revues « made in Djibouti », ou tout simplement pour communiquer plus facilement lors de voyages dans la région (Djibouti est le seul pays francophone dans tout l’Est de l’Afrique !) …. Qu’ils soient jeunes ou plus âgés, ils souhaitent mieux comprendre le monde anglophone et à y participer activement.
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