Le Chef de l’Etat djiboutien éclaire ses pairs sur la nécessité pour le continent africain de prendre sa place légitime pour ne pas rester en marge des mutations mondiales
Par YHB
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01 juin 2010
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Source: ADI
Le Président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh, a fait part de la position djiboutienne sur chacun des 3 thèmes à l’ordre du jour du 25ème Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement d’Afrique et de France, qui s’est clôturé ce mardi à Nice, en France.
Les thèmes politiques débattus à huis clos par les dirigeants africains et français, ont porté entre-autres sur la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale, sur la paix et la sécurité, ainsi que sur le climat et le développement.
Le Chef de l’Etat djiboutien a éclairé ses pairs sur la nécessité pour le continent africain de prendre sa place légitime dans ce monde globalisé en mutation.
« L’Afrique entend, effectivement, prendre sa place légitime pour ne pas rester en marge des mutations mondiales et recherche activement une plus grande implication dans tous les processus de négociation de la nouvelle architecture financière mondiale, mais également de la gouvernance mondiale», a-t-il dit.
M. Ismaïl Omar Guelleh s’exprimant sur la réforme capitale des Nations Unies, en particulier celle du Conseil de Sécurité, et l’octroi de sièges permanents pour les pays africains au Conseil de Sécurité de l’ONU, a expliqué que « l’Afrique y est le continent qui compte le groupement régional le plus important et dont les problèmes occupent l’essentiel des travaux. C’est à ce double titre que se justifie la position commune de l’Afrique formulée lors du consensus d’Ezulwini ».
«Naturellement Djibouti, membre à part entière de l’Union Africaine, soutient pleinement ces revendications légitimes qui vont dans le sens d’une plus grande justice et d’un souci d’équilibre dont les nations démocratiques ne peuvent faire aujourd’hui l’économie», a -t-il ajouté.
Sur la résolution des questions liées au maintien de la paix et de la sécurité sur le continent, le Président Guelleh a estimé qu’elle était fondamentale pour l’Afrique dans l’atteinte de ses objectifs globaux de développement.
« Les africains, a-t-il dit, ont compris avant tout le monde que les solutions ne viendront pas d’ailleurs, que le règlement de ces questions de sécurité et des conflits passent nécessairement par une responsabilisation commune, et par un effort commun ».
Poursuivant son discours, M. Ismaïl Omar Guelleh a insisté sur le fait que « cette reprise en main de l’Afrique sur sa propre sécurité et les opérations de maintien de la paix sur son sol ne sera pas contrarié tant que nous œuvrerons davantage au renforcement des mécanismes institutionnels de prévention et de gestion des conflits de l’Union Africaine et de ceux de toutes les Institutions sous-régionales Africaines notamment, en trouvant des solutions pérennes pour régler définitivement la question du financement des forces africaines ».
Evoquant les menaces transnationales auxquelles font face les pays africains, le Chef de l’Etat djiboutien a affirmé que la piraterie maritime était, incontestablement, la plus dommageable dans la Corne de l’Afrique. Il a déclaré que la piraterie maritime constituait « une menace pour la sécurité de nos eaux mais également pour celle de nos économies ».
« Djibouti, a-t-il rappelé, se trouve aux avant-postes dans la lutte contre les actes de piraterie. Elle y joue un rôle des plus actifs que ce soit aux travers des facilités portuaires et aéroportuaires qu’elle offre aux différentes forces coalisées présentes au Golfe d’Aden, qu’en abritant le Centre Régional de Formation et de Documentation mis en place à l’issu du Code de Conduite de Djibouti ».
Le Chef de l’Etat a mis en exergue que « Djibouti a toujours indiqué, à ce propos, que cette réponse est solution ectoplasmique pour une situation qui est une des conséquences directes de la crise somalienne, véritable nœud gordien de la problématique de la Corne d’Afrique ».
Sur la question du climat, le Président Guelleh a reconnu qu’à l’instar de beaucoup d’autres pays, « Djibouti est vulnérable aux changements climatiques ».
« Le réchauffement global, a-t-il dit, aura de graves conséquences pour Djibouti dans les secteurs de l’eau, de l’agriculture et de l’élevage ».
L’adi vous propose en intégralité l’intervention du Chef de l’Etat sur les thèmes débattus au cours de ce 25ème Sommet Afrique-France.
Thème1: La place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale
Depuis les récentes crises financières et économiques, il est communément admis l’existence d’un malaise qui affecte la globalité des rapports internationaux qui, à terme, sont condamnés à une modification.
Dans cette nouvelle configuration qui s’annonce, l’Afrique entend, effectivement, prendre sa place legitime pour ne pas rester en marge des mutations mondiales et recherche activement une plus grande implication dans tous les processus de négociation de la nouvelle architecture financière mondiale, mais également de la gouvernance mondiale.
Déjà l’Afrique est présente dans différents forums qui servent de brainstorming pour mettre en place des mécanismes de la gouvernance mondiale : l’Afrique du Sud est membre du G20 et du G5, et l’Egypte a été invitée à prendre part à L’Aquila au G8+G5.
Mais cette représentativité est cependant loin de refléter les ambitions et les potentialités du continent qui se présente, en terme de peuplement et au regard de ses richesses culturelles, linguistiques et naturelles, comme étant le continent de l’avenir.
L’échec des négociations commerciales engagées dans le cadre du Cycle de Doha a représenté, de ce point de vue, un test révélateur de la disponibilité de la communauté internationale à reconnaître ce rôle au continent africain et à prendre dûment compte de ses intérêts.
Si la situation actuelle d'exclusion du continent africain perdure, il est de forte chance que cela compromette les perspectives de développement du continent africain et serait dangereux pour l’équilibre du monde.
L’interdépendance des nations et la corrélation, de plus en plus étroite, des problèmes auxquels elles font face, imposent une gouvernance internationale qui favoriserait l’émergence d’un multilatéralisme fondé sur les vertus de la concertation, de la coopération et du partenariat.
En cela, la réforme des Nations Unies, en particulier celle du Conseil de Sécurité est capitale. L’Afrique y est le continent qui compte le groupement régional le plus important et dont les problèmes occupent l’essentiel des travaux. C’est à ce double titre que se justifie la position commune de l’Afrique formulée lors du consensus d’Ezulwini.
Naturellement Djibouti, membre à part entière de l’Union Africaine, soutient pleinement ces revendications légitimes qui vont dans le sens d’une plus grande justice et d’un souci d’équilibre dont les nations démocratiques ne peuvent faire aujourd’hui l’économie.
Thème2 : La paix et la sécurité
La résolution des questions liées au maintien de la paix et de la sécurité sur le continent est fondamentale pour l’Afrique dans l’atteinte de ses objectifs globaux de développement.
Les africains ont compris avant tout le monde que les solutions ne viendront pas d’ailleurs, que le règlement de ces questions de sécurité et des conflits passent nécessairement par une responsabilisation commune, et par un effort commun.
De mon point de vue, cet état d’esprit a été bénéfique pour nos institutions, qu’elles soient régionales ou suprarégionales ; des institutions qui ont gagné, ces dernières années, en crédibilité et surtout en efficacité dans ses missions de médiation et de règlement pacifique des conflits malgré la persistance de certaines crises qui continuent à miner l’image de notre continent. L’AMISOM en est un exemple parfait et certifie que l’Afrique peut désormais se prendre en charge.
Cette reprise en main de l’Afrique sur sa propre sécurité et les opérations de maintien de la paix sur son sol ne sera pas contrarié tant que nous œuvrerons davantage au renforcement des mécanismes institutionnels de prévention et de gestion des conflits de l’Union Africaine et de ceux de toutes les Institutions sous-régionales Africaines notamment, en trouvant des solutions pérennes pour régler définitivement la question du financement des forces africaines.
Nous savons tous que l’insuffisance de ressources financières adéquates en vue de satisfaire les besoins des opérations de maintien de la paix en Afrique demeure l’obstacle le plus tangible à son projet commun de défense et de sécurité. En effet, les contributions financières des pays participants exercent une pression non-négligeable sur leurs économies intérieures.
Il apparaît clairement que les pays africains ne seront pas en mesure d’atteindre les objectifs fixés sans une aide accrue en provenance des pays développés.
En matière de menaces transnationales, celle qui, incontestablement, est la plus dommageable dans la Corne de l’Afrique est la piraterie maritime ; qui est une menace pour la sécurité de nos eaux mais également pour celle de nos économies.
Djibouti se trouve aux avant-postes dans la lutte contre les actes de piraterie. Elle y joue un rôle des plus actifs que ce soit aux travers des facilités portuaires et aéroportuaires qu’elle offre aux différentes forces coalisées présentes au Golfe d’Aden, qu’en abritant le Centre Régional de Formation et de Documentation mis en place à l’issu du Code de Conduite de Djibouti.
Il est évident que l’option militaire adoptée pour la lutte contre la piraterie représente un véritable gouffre financier, intenable à terme, pour les acteurs engagés.
Djibouti a toujours indiqué, à ce propos, que cette réponse est solution ectoplasmique pour une situation qui est une des conséquences directes de la crise somalienne, véritable nœud gordien de la problématique de la Corne d’Afrique.
Parmi les solutions d’avenir : le Centre Régional de Formation et de Documentation qui joue un grand rôle dans la stabilisation de la Corne de l’Afrique en formant les gardes-côtes de la région, ceux-là même qui prendront demain le relais des différentes forces opérant dans le Golfe d’Aden.
Pour remplir pleinement sa mission, ce centre doit voir ses capacités matérielles et humaines renforcées. C’est dans cet esprit que nous avons sollicité de la part de la France et à nos partenaires européens l’appui nécessaire en vue de l’exécution de cette initiative régionale en répondant à cette demande logistique.
Thème3 : Climat et développement
A la lecture des conclusions de la Conférence Internationale de Copenhague, il est apparu aux yeux de tous, qu'assurément la communauté internationale n'est pas encore à la hauteur des enjeux colossaux que représente la crise environnementale globale à laquelle nous sommes confrontés, et ce alors même, que nous maîtrisons désormais ses fondements théoriques et disposons d'outils de plus en plus efficaces susceptibles de nous orienter dans nos trajectoires de croissance dans des directions plus respectueuses de l’environnement.
A Copenhague, alors même qu’il y avait un consensus flagrant de tous les Etats membres sur la situation d'urgence et le danger du réchauffement global, ceux-ci n’ont pas réussi à parvenir à un compromis ambitieux à même de répondre au challenge du changement climatique. Ce paradoxe a semblé incompréhensible aux yeux de nos concitoyens et intolérable pour les nombreux pays pour qui le changement climatique est une question vitale.
Désertification, appauvrissement des sols, assèchement de puits etc. : nous savons que les pays les plus démunis (et en leur sein les populations les plus fragiles) sont les premières victimes du changement climatique et de la dégradation de l'environnement.
Des mécanismes d'adaptation et des outils d'assurance de ces populations ont été développés ces dernières années, et je crois que nous ne sommes qu'au début des projets permettant de protéger les populations les plus fragiles contre les aléas climatiques. Mais les besoins de nos pays sont tels qu'il est crucial de développer davantage l’offre de services de ce type afin de parer a davantage de danger et de précarité.
Les réponses se trouvent dans la diversification des outils, en combinant instruments de marché et interventionnisme public, mais surtout dans l'implication et l’engagement de l'ensemble des pays, du Nord comme du Sud.
Cependant, il est important de le souligner, la mobilisation des pays du Sud en général et l’Afrique en particulier, face aux défis du climat est d'abord conditionnée par la capacité qu'auront les pays du Nord à apporter des réponses plus consistantes aux deux questions prioritaires pour l’Afrique : d'une part celle de l'adaptation aux effets du changement climatique et de son financement , d'autre part celle des transferts de technologie, car comme l'a souligné la délégation indienne à Bali « la manière dont nous nous acquitterons de nos responsabilités dépendra de la manière dont ils assureront les transferts de technologie et leur financement». Sur cette question de financement, je souhaiterais prendre un exemple.
A l’instar de beaucoup d’autres pays, Djibouti est vulnérable aux changements climatiques. Le réchauffement global aura de graves conséquences pour Djibouti dans les secteurs de l’eau, de l’agriculture et de l’élevage etc. Par ailleurs, étant un pays côtier, et avec l’augmentation prévisible du niveau de la mer, les grandes villes du pays, dont la capitale, se retrouvent menacées.
Pour faire face aux conséquences néfastes et dans le cadre du Fonds d’adaptation aux changements climatiques des Pays les Moins Avancés, Djibouti a soumis au Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) un projet de deux millions sur la gestion intégrée des zones côtières. Cependant, pour la realisation d’un tel projet, le FEM exige que le pays mobilise un co-financement à hauteur de 50% pour chaque projet.
Or, j’insiste là -dessus, les pays pauvres d’Afrique n’ont pas la capacité de mobiliser ce financement. Aussi est-il important que ce critère de co-financement soit levé, du moins pour les Pays les Moins Avancés.
Le second enjeu majeur consiste en la mise en place des capacités de productions énergétiques plus propres pour le continent africain. Les spécialistes estiment que l’Afrique subsaharienne perd 1 point de PIB par an en sous-investissement dans ce domaine. Ce déficit s’explique par l’accès limité de l’Afrique à ces nouvelles technologies.
Djibouti dispose d’un potentiel éolien, solaire et géothermique avéré qu’elle a choisi de valoriser en investissant massivement dans le secteur des énergies renouvelables. Malgré sa réelle volonté de développer ce secteur, elle peine à démarrer les projets faute de financements et d’investissements nécessaires.
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