Paix et sécurité en Afrique : Pour le Président de Djibouti, la reprise du contrôle de Mogadiscio est la condition préalable à une sortie de crise en Somalie

Par YHB | 19 mai 2010
8,060 vues
Paix et sécurité en Afrique : Pour le Président de Djibouti, la reprise du contrôle de Mogadiscio est la condition préalable à une sortie de crise en Somalie

Source: ONU

À l’occasion d’une réunion du Conseil de sécurité sur la paix et la sécurité en Afrique, le Président de Djibouti a estimé ce matin que pour sortir la Somalie de la crise, il faut décider, « en l’absence d’options alternatives, de nettoyer la capitale et ses environs des militants extrémistes afin de sécuriser la ville puis de rétablir l’ordre et l’état de droit ».  M. Ismail Omar Guelleh a en effet affirmé que « sans une victoire à Mogadiscio, il sera impossible d’empêcher une désintégration, pourtant évitable, de la Somalie ». Si la capitale somalienne est libérée, a-t-il dit, cela donnera au Gouvernement fédéral de transition une base importante et solide pour contrôler tout le pays. M. Guelleh a jugé que pour débarrasser la capitale des extrémistes et « ressusciter la Somalie », le Conseil de sécurité et le Secrétariat de l’ONU devront « changer leur manière de penser et leur vision ».  Outre la situation en Somalie, le Président de Djibouti s’est attardé sur le conflit frontalier qui oppose son pays à l’Érythrée, l’un des autres facteurs de déstabilisation de la corne de l’Afrique identifié par les membres du Conseil de sécurité dans leurs déclarations.  « Il y a maintenant deux ans que l’Érythrée a décidé qu’il était temps de plonger Djibouti dans le chaos des conflits régionaux », a rappelé M. Guelleh. Fustigeant l’attitude de l’Érythrée qui estime qu’« aucun pays ne doit être exempté de conflit », il a souligné que le Conseil de sécurité avait unanimement condamné l’Érythrée en insistant sur la cessation immédiate des hostilités et le retrait des forces afin de rétablir la situation qui prévalait antérieurement.  « Mon pays a entendu cet appel et a retiré ses forces en conséquence, alors qu’à ce jour, l’Érythrée continue de nier l’existence même d’une confrontation militaire et de rejeter tout retrait », a-t-il déploré.  Assurant que son pays n’a pas d’autres ambitions que « la volonté de vivre à l’intérieur de frontières sûres et la sauvegarde de sa souveraineté nationale et de son intégrité territoriale », M. Guelleh a précisé que la résolution 1907 (2009) -qui a imposé des sanctions à l’Érythrée pour son rejet des exigences du Conseil lui demandant de mettre fin à l’occupation- souligne que l’Érythrée a affaibli ses voisins, en hébergeant et en finançant des individus cherchant à commettre des actes de violence.  « J’exhorte le Conseil de sécurité à tenir compte de toutes les implications de la violence croissante et de l’intransigeance érythréenne », a lancé le Président djiboutien, qui a considéré que l’escalade des tensions dans la corne de l’Afrique peut être le prélude à une situation pire, « à moins que ses nombreuses causes ne soient adéquatement et sérieusement traitées ». Les membres du Conseil de sécurité ont relayé l’appel de M. Guelleh, après avoir unanimement salué son rôle actif dans les opérations de lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes.  La France, en particulier, a relevé que l’Érythrée refuse de se retirer des positions qu’elle occupe, les autorités à Asmara rejetant toute mission internationale sur place. Le représentant de la France a toutefois estimé que les autorités érythréennes avaient envoyé ces dernières semaines des signaux positifs, comme l’accueil du Président du Comité des sanctions de l’ONU.  Soulignant qu’il est essentiel que l’Érythrée ne pose pas de condition préalable au dialogue, le représentant de la France a appelé les parties à régler leur différend en passant « de la parole aux actes ».   « L’Érythrée doit respecter la résolution 1907 en retirant sans délai ses troupes des zones contestées et reprendre le dialogue avec l’ONU », a insisté pour sa part la représentante des États-Unis.  « Ce pays forme et soutient les groupes rebelles armés en Somalie, ce qui menace la paix et la sécurité internationales », a-t-elle souligné, avant de faire observer que ladite résolution avait instauré « un régime de sanctions robuste en vertu duquel le Conseil entendait faire appliquer des mesures sévères contre ceux qui, sciemment, cherchent à déstabiliser la région ».  De leur côté, les délégations de la Fédération de Russie et de la Bosnie-Herzégovine ont demandé que l’application de ce régime de sanctions se fasse conformément à la Charte des Nations Unies et sur la base de preuves irréfutables concernant l’implication des personnes et entités visées.  Par ailleurs, les membres du Conseil de sécurité ont évoqué la Conférence d’Istanbul sur la Somalie, qui se tiendra la semaine prochaine.  Le représentant de la Turquie a, par exemple, expliqué que la Conférence d’Istanbul sera l’occasion pour son pays d’adresser un message fort d’appui politique et de solidarité au Gouvernement fédéral de transition somalien.  « La participation de Djibouti à la Conférence renforcera nos efforts en faveur de la stabilisation en Somalie », a-t-il également assuré.

Tags

Partager cette histoire