Mme Kadra Mahamoud Haïd : « Le développement de la femme et le développement national sont des exigences intimement liées »
Par YHB
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29 avril 2010
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Source: ADI
A l’occasion des célébrations aujourd’hui du 33ème anniversaire de l’Union nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) et du 10ème anniversaire de la Présidence de la Première Dame de Djibouti à la tête de cette grande organisation féminine, le service communication de l’UNFD a publié un numéro spécial de 50 pages tout en couleur, qui retrace le chemin parcouru et les progrès enregistrés au cours des dix dernières années. Ce bulletin spécial rend hommage à l’engagement de l’épouse du Chef de l’Etat également présidente de l’UNFD, Mme Kadra Mahamoud Haïd, pour sa contribution dans l’amélioration des conditions de vie des femmes et des enfants de notre pays.
Nous publions in-extenso l’interview exclusive accordée par la Première Dame à cette revue spécialisée de l’UNFD.
Revue: L’UNFD s’apprête à vivre à la fois le trente troisième anniversaire de son existence et le dixième anniversaire de votre présidence. Dans quel état d’esprit accueillez-vous ce moment ?
Présidente: Tout anniversaire est la preuve du temps qui s’écoule et des choses qui évoluent. Notre responsabilité est de faire le point de ce qui a été fait et de ce qui n’a pas été fait. En tant que présidente de l’UNFD, je suis particulièrement fière du parcours de cette organisation nationale. Son bilan est largement positif comme le reflète à tous points de vue l’évolution de la femme djiboutienne. Toutefois, pour être franche, il reste énormément des défis à relever pour achever la réhabilitation de la femme et accroitre ainsi son rôle dans la société. Mais, je suis sereine, optimiste et confiante dans l’avenir.Â
Revue: Pourquoi doit-on considérer à part les problèmes des femmes, alors que certaines femmes peuvent être mieux loties que beaucoup d’hommes ?Â
Présidente: Certes, au niveau individuel, chacun a son propre destin. Je ne mets pas en doute qu’il puisse exister des hommes, au plus bas de l’échelle qui sont submergés par des problèmes existentiels. Mais à la différence de l’homme, les problèmes de la femme sont liés tout qu’elle soit femme. Ce qui prédispose la femme à toutes sortes d'handicaps dans toute société. C’est une forme de discrimination qui a traversé les âges et les civilisations et forgé rigides, des perceptions dégradantes et des comportements insensés. D’ailleurs, il a fallu des siècles des combats pour voir une femme piloter un avion, exercer un droit de vote, choisir un métier siéger au parlement. Il existe aujourd’hui encore des pays ou la femme n’a pas le droit de s’asseoir au volant d’une voiture. Dieu soit loué, ce n’est le cas à Djibouti. Mise à part les contraintes matérielles, la femme djiboutienne a tous les droits, excepté certaines dérives qui sont contraires à nos valeurs religieuses et culturelles.Â
Revue: De quelle manière l’UNFD contribue t-elle au développement de la femme djiboutienne ?Â
Présidente: C’est la vocation même de l’UNFD que de militer pour les droits des femmes et des enfants qui sont des êtres aussi fragiles que vulnérables. Ses missions sont axées principalement à l’amélioration de la condition féminine. Consciente du fait que tous les obstacles qu’endurent les femmes djiboutiennes ne pouvaient être balayés par le revers d’une main, j’ai du fixer des priorités à mon mandat.
Ces priorités se déclinent en ces différentes points : la protection de l’enfance ; l’alphabétisation des adultes ; la réinsertion des filles déscolarisées ; la lutte contre les mutilations génitales et les autres fléaux sanitaires comme les VIH/SIDA et la malnutrition, la lutte contre l’extrême pauvreté et la promotion sociale de la femme. Les efforts de l’UNFD, pour mettre en Å“uvre ces domaines clés du développement social, se concentrent sur des prestations et des plaidoyers pour des prises d’une conscience collective et une mobilisation sociale élargie.Â
Cependant, le talon d’Achille des actions de l’UNFD est la lutte contre l’analphabétisme que je considère comme une calamité, à l’heure de la société de l’information et des nouvelles technologies. A ce propos, une femme maitrisant les bases de la lecture et du calcul, peut changer sa propre vie et celle de ses enfants, en ce qu’elle peut reconnaître ses droits, suivre une ordonnance médicale, lire un carnet scolaire, utiliser une machine à calculer, répondre un téléphone, avoir un emploi stable, ce qui atteste que l’analphabétisme est un fardeau psychologique et social dont la djiboutienne ne demande qu’à être affranchi. Pour l’UNFD, c’est un engagement et un pari audacieux sur l’avenir.Â
Revue: Et qu’en est-il de la solidarité ?Â
Présidente: La solidarité est plus qu’une priorité, une valeur fondamentale de notre nation. Un réflexe naturel devant une situation de crise humanitaire et de détresse humaine, ancré dans nos traditions culturelles et religieuses. Après avoir initié plusieurs appels en faveur des populations sinistrées par la sécheresse, les inondations, des soldats blessés et au-delà de nos frontières en faveur de la population de Gaza, je suis confiante en la capacité de mobilisation de mes compatriotes qu’ils soient hommes ou femmes. La solidarité est dans nos cÅ“urs et dans notre culture ancestrale.Â
Revue: Madame la Présidente, quelles leçons peut-on tirer des programmes de lutte contre les mutilations génitale féminines que l’UNFD mène depuis sa création ?Â
Présidente: En trois décennies de lutte acharnée, des progrès ont été accomplis. Dès mon arrivée à la tête de cette organisation, je me suis personnellement impliqué dans ce combat, pour briser les tabous qui entourent cette pratique d’un autre âge, tout en favorisant une plus grande prise de conscience contre ce fléau. Depuis 2000, nous avons canalisé toutes les énergies pour créer un arsenal juridique approprié, pour mener des compagnes de sensibilisation après de la population générale et des parties prenantes, notamment les exciseuses traditionnelles qui ont accepté de déposer les couteaux. Nous avons pu instaurer un cadre de coordination avec les pays de la région, depuis cette conférence régionale qui s’est tenue à Djibouti le 02 et 03 février 2005.
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Aujourd’hui, les djiboutiennes et les djiboutiens ont compris que la pratique de l’excision quelle que soit sa forme, ne peut plus perdurer. Ce qui a amené beaucoup de familles à épargner à leurs fillettes le calvaire d’ablations pratiquées sans anesthésie, ni asepsie. Certains parents se sont rebattus sur ce qu’ils appellent la « souna ». C’est-à -dire enlever une petite partie du clitoris. Mais n’ayant trouvé aucune preuve de cette obligation religieuse, dans l’islam et dans les hadiths, notre position sur la question est très claire : il faut rejeter totalement toute forme d’excision. Cette position est soutenue par un nombre croissant de religieux qui ont eu l’honnêteté et le courage de se démarquer des influences culturelles, pour dire ouvertement ce que leur foi leur dicte. Je ne reviendrais pas ici, sur les nombreuses raisons, qui nous poussent à adopter la tolérance zéro contre les MGF. Le respect de l’intégrité physique est une raison suffisante, à mes yeux, pour éradiquer cette pratique dont les séquelles sont plus profondes et plus latentes qu’on l’imagine.Â
Revue: Pourquoi la loi contre les mutilations génitales féminines n’est pas suivie d’effet ?Â
Présidente: Comme chacun le sait, la loi existe et fait l’objet d’une large vulgarisation, tout comme le code de la famille. La loi contre les MGFs, autrement dit l’article 333 du code pénal, a été élaboré en 1995. Malheureusement, elle n’a jamais été appliquée faute de plaignant. Le texte ne permettant à aucune personne autre que la victime à porter plainte pour violence. Or, les victimes des MGFs sont des enfants de bas âge qui ne disposent pas du pouvoir d’ester en justice. Heureusement une proposition de loi a été initiée par une femme parlementaire, Mme Degmo Mohamed Issack, secrétaire générale de l’UNFD en juillet 2009, pour modifier l’article 333 du code pénale et l’article 7 du code de procédure pénale en vue de favoriser son applicabilité.Â
Désormais avec la nouvelle loi votée par l’assemblée nationale et promulguée par le président de la république, les associations et les individus pourront se porter partie civile dans un procès impliquant les auteurs d’une mutilation génitale féminine. Donc nous aurons bientôt des plaignants et la loi va s’appliquer a l’égard des auteurs de ce pratique inhumaine sur des enfants.
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Revue: Est-ce qu’ont peut concilier, aujourd’hui, les exigences de développement de la femme et du développement économique ?Â
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Présidente: Parfaitement ! Le développement de la femme et le développement national sont des exigences intimement liées. Il serait illusoire d’essayer de satisfaire l’un sans l’autre. En effet, comme je l’ai déjà dit la pauvreté est active là ou la femme est passive. A l’échelle de la population nationale dont la moitié est du sexe féminin, cette passivité se pose comme un problème de développement une évidence démographique qui explique qu’il ne peut-être envisagé aucun développement, sans la participation effective des femmes. Par ailleurs, c’est la croissance économique soutenue qui nous permettra de satisfaire les besoins de développement de cette catégorie sociale. Et ce n’est qu’avec l’implication massive de la femme à tous les niveaux, sans restriction aucune, que l’on pourra atteindre le développement humain durable.Â
Revue: Votre dernier mot ? Â
Présidente: Nous avons la chance d’appartenir à une nation en paix, tournée vers l’avenir. Un avenir promoteur, pour les hommes et les femmes.
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