L’IGAD lance une formation régionale contre la criminalité faunique avec le soutien de l’Union européenne
Source: ADI
DJIBOUTI, 2 juin 2026 (ADI) – L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a ouvert lundi à Djibouti une formation régionale consacrée à la lutte contre la criminalité faunique transfrontalière, dans le cadre d’un programme financé par l’Union européenne visant à protéger l’un des plus importants écosystèmes de la Corne de l’Afrique. La session réunit des responsables gouvernementaux, experts de la conservation et acteurs de la lutte contre le trafic d’espèces sauvages autour du paysage transfrontalier Boma-Gambella, qui s’étend entre le Parc national de Boma, au Soudan du Sud, et le Parc national de Gambella, en Ethiopie.
Doté d’un financement européen de 4,5 millions d’euros, ce programme est mis en œuvre par l’IGAD en partenariat avec l’African Parks Network et le Réseau de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages dans la Corne de l’Afrique (HAWEN).
Par-delà la préservation de la biodiversité, le projet s’inscrit dans une approche associant résilience climatique, développement local, sécurité régionale et coopération transfrontalière. « La protection des ressources naturelles est aujourd’hui indissociable des enjeux de stabilité et de développement durable », a souligné un responsable du programme lors de la cérémonie d’ouverture.
Le paysage Boma-Gambella est considéré comme l’un des écosystèmes les plus remarquables du continent africain. Il abrite l’une des plus grandes migrations terrestres de mammifères au monde, impliquant chaque année des centaines de milliers de kobes à oreilles blanches, de tiangs et de gazelles de Mongalla qui traversent les frontières entre l’Ethiopie et le Soudan du Sud à la recherche de pâturages saisonniers.
L’ensemble comprend également de vastes zones humides, des forêts, des savanes et des systèmes pastoraux dont dépendent de nombreuses communautés locales.
Signé en janvier 2021 à Djibouti entre l’Union européenne et l’IGAD, l’accord de financement est entré dans sa phase opérationnelle en 2024. Le programme vise notamment à renforcer la gestion concertée des ressources naturelles entre les deux pays, améliorer l’application des législations relatives à la faune sauvage et soutenir les moyens de subsistance des populations riveraines.
Pour Bruxelles, la conservation des écosystèmes constitue désormais un levier de prévention des crises dans une région particulièrement exposée aux effets du changement climatique. L’Union européenne estime que la dégradation environnementale, la raréfaction des ressources et les chocs climatiques alimentent de plus en plus les déplacements de populations, les tensions locales et l’insécurité dans plusieurs zones de la Corne de l’Afrique.
Dans cette optique, le projet mise sur les solutions fondées sur la nature, le renforcement des capacités des communautés locales et le développement de mécanismes de coopération entre les autorités des deux pays.
Les réunions successives du comité de pilotage organisées à Addis-Abeba et à Juba depuis 2024 ont permis d’avancer sur l’élaboration d’un cadre de coopération transfrontalière et sur l’harmonisation des actions conduites par l’IGAD et l’African Parks Network.
Selon une mission d’évaluation réalisée en mars 2026, des progrès ont été enregistrés dans la formation des gardes forestiers, la sensibilisation des communautés et la coordination institutionnelle. Les experts ont toutefois relevé plusieurs défis persistants, notamment le trafic d’espèces sauvages, la faible présence des administrations dans certaines zones frontalières reculées et la question du financement à long terme des efforts de conservation.
L’IGAD et ses partenaires souhaitent ainsi accélérer l’adoption d’un cadre de coopération formel entre l’Ethiopie et le Soudan du Sud, tout en renforçant les mécanismes régionaux de partage d’informations et de lutte contre les réseaux criminels impliqués dans le commerce illicite de la faune sauvage.
Pour les responsables du programme, l’expérience du corridor Boma-Gambella pourrait à terme servir de modèle pour d’autres écosystèmes transfrontaliers de la Corne de l’Afrique, où les enjeux de biodiversité, de climat et de sécurité apparaissent de plus en plus étroitement liés.
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