Yonis Ali Guedi : « Tant qu’il y aura ici un peuple pour se souvenir, il y aura une nation pour avancer »
Source: ADI
DJIBOUTI, 29 octobre 2025 (#ADI) - A la veille de l’inauguration du Mémorial de la Paix d’Arta, symbole fort du dialogue et de la réconciliation somalienne, le ministre de l’Energie chargé des Ressources naturelles, Yonis Ali Guedi, revient sur la genèse et la portée de cet édifice symbolique. Plus qu’un bâtiment, le Mémorial se veut un lieu de mémoire et d’avenir, où l’architecture raconte la paix et la réconciliation initiées à Djibouti il y a vingt-cinq ans.
ADI : Monsieur le Ministre, comment est née l’idée de construire un Mémorial de la Paix à Arta ?
Yonis Ali Guedi : Tout est parti d’une vision présidentielle. L’idée émane du Chef de l’Etat, M. Ismaïl Omar Guelleh. Un jour, il y a trois ans, alors qu’une importante délégation somalienne visitait Djibouti, le Président s’est rendu sur le site d’Arta, là même où s’était tenue la Conférence de la Paix en 2000. Le lieu était resté nu, sans trace tangible de cet épisode fondateur.
C’est à ce moment précis qu’il a donné ses instructions : ériger un édifice à la hauteur de cet événement historique. Ce fut l’acte fondateur. Dès lors, nous avons mis toute notre énergie pour transformer cette idée en réalité.
ADI : Qu’a voulu traduire le Chef de l’Etat à travers ce monument ?
YAG : La Conférence d’Arta reste l’un des actes de diplomatie les plus marquants du continent africain. Elle portait la vision d’un homme convaincu que la paix naît du dialogue, pas de la contrainte.
Le Mémorial vient immortaliser ce moment de fraternité et de courage politique. C’est un lieu, un espace qui rappelle que Djibouti a choisi la paix comme horizon et la réconciliation comme méthode.
ADI : Le site d’Arta, choisi pour accueillir le Mémorial, a donc une forte charge symbolique…
YAG : Tout à fait. Nous avons tenu à construire le Mémorial sur le site même où la grande tente d’Arta avait accueilli les délégués venus des quatre coins de la Somalie.
Ce n’est pas un hasard. Depuis ce plateau, le regard s’ouvre sur le golfe de Tadjourah — une ouverture sur l’horizon, comme une métaphore du rôle de Djibouti : être un pont entre les peuples.
Nous avons d’ailleurs voulu garder deux symboles forts à l’entrée : une tente, rappel du dialogue, et un arbre, lieu traditionnel de palabre et de réconciliation dans nos sociétés. L’un évoque la mémoire politique, l’autre la sagesse populaire.
ADI : Parlez-nous de l’architecture. Quelle idée guide sa conception ?
YAG : L’architecture du Mémorial est un langage en soi. Sa façade, tendue vers le ciel, tissée de losanges blancs et bleus, symbolise le mouvement de la paix — un élan vers la clarté et l’équilibre.
A l’intérieur, la lumière devient la matière première. Tout est pensé pour inviter à la réflexion : le verre laisse passer la clarté sans aveugler, le béton brut ancre l’histoire dans le réel, et le métal clair évoque la pureté des intentions.
Chaque espace raconte une étape, notamment la guerre, la réconciliation, puis la renaissance. Le visiteur traverse ces séquences comme un récit vivant. Rien n’est ostentatoire, tout est équilibre. Le monument parle le langage de la paix.
ADI : Peut-on dire que ce Mémorial est aussi un musée de la Conférence d’Arta ?
YAG : Oui, absolument. Le Mémorial est à la fois un lieu de mémoire et un centre de documentation. Nous avons rassemblé une somme exceptionnelle d’archives : documents officiels, poèmes, chansons, chartes, témoignages, photographies, récits.
Tout le processus de paix d’Arta y est retracé, depuis la genèse du sommet jusqu’à la renaissance des institutions somaliennes.
Le parcours muséal permettra aux jeunes générations de comprendre ce que fut cette aventure humaine et diplomatique.
ADI : Quel message souhaitez-vous que ce monument adresse à ceux qui le visiteront ?
YAG : Ce Mémorial porte plusieurs messages. D’abord, celui du rôle déterminant de Djibouti et du leadership visionnaire du Président Ismaïl Omar Guelleh dans la médiation somalienne.
Ensuite, celui de la fraternité entre nos deux peuples, djiboutien et somalien.
Enfin, c’est un appel à la jeunesse : que la paix n’est jamais acquise, qu’elle se cultive, qu’elle s’apprend. Le Mémorial doit devenir un outil pédagogique, un lieu de transmission des valeurs de tolérance, de solidarité et d’unité.
En un mot... c’est une école de paix.
ADI : L’inauguration du Mémorial coïncide avec le 25ᵉ anniversaire de la Conférence d’Arta. Que représente cette date pour vous ?
YAG : C’est un moment d’émotion profonde. Arta, c’est la preuve que la volonté politique peut triompher du chaos.
En 2000, alors que la Somalie sombrait dans l’incertitude, le Président Guelleh fit un pari audacieux : croire que la paix pouvait renaître du dialogue. Vingt-cinq ans plus tard, ce pari continue d’inspirer tout un continent.
Le Mémorial, c’est la matérialisation de cette foi. Il rappelle que Djibouti, petit par la taille mais grand par la conviction, a su être un artisan de paix.
ADI : Il s’agit là d’un des projets les plus symboliques du quinquennat. Quelle résonance personnelle et politique ce Mémorial a-t-il pour vous ?
YAG : C’est d’abord une émotion intime et forte. Etre originaire d’Arta et voir naître sur cette terre un monument dédié à la paix, voulu par le Chef de l’Etat, c’est un privilège rare. J’y vois un geste qui dépasse nos vies. J’y vois une pierre ajoutée à la mémoire collective de notre nation.
Mais c’est aussi un engagement politique au sens noble du terme. Le Président Ismaïl Omar Guelleh nous enseigne, à travers ce projet, que la paix n’est pas un héritage figé, c’est un effort constant, une vigilance, une transmission.
Mon rôle, ici, a été de donner forme à cette vision.
Et si je devais retenir une idée, ce serait celle-ci : tant qu’il y aura ici un peuple pour se souvenir, il y aura une nation pour avancer.
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