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Reportage : A Tamelo et ses environs, la sécheresse a encore de beaux jours devant elle

Par Isman O. | 08 juillet 2025
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Reportage : A Tamelo et ses environs, la sécheresse a encore de beaux jours devant elle

Source: ADI

TAMELO (Dikhil), 8 juillet 2025 (ADI) - A perte de vue, des carcasses de bétail gonflées par la putrescence. Partout, une odeur pestilentielle à vous couper le souflle. A flanc de colline, quelques épineux avares de leur ombre semblent narguer le sol craquelé que les effets dévastateurs de la sécheresse ont dû contraindre à se défaire du souvenir des dernières pluies. Chargé de vivres, roulant à une allure d\'escargot, défiant à longueur de journée les écueils d\'une piste devenue quasi impraticable, le camion à bord duquel nous nous trouvons fait irruption dans un paysage de fin de monde. Ou presque. Sans doute alertés par le bruit du moteur, des hommes, des femmes et des enfants à la mine defaite et au teint pâle émergeant de l\'intérieur obscur de leurs huttes et viennent à notre rencontre. Ils prennent aussitôt d\'assaut le camion. Réflexe pavlovien ? Peut-être. Ces hommes, femmes et enfants tenaillés sans relâche par la faim et la soif incarnent le nouveau visage de Tamelo, modeste bourgade peuplée d\'une centaine d\'âmes (dans le sud de Djibouti), où il faisait bon vivre autrefois.Ici, le visiteur avait droit à l\'hospitalité proverbiale des habitants : une natte de raphia et un grand bol en bois rempli de lait encore mousseux. 

Ou presque. Réflexe pavlovien ? Peut-être.

Ces hommes, femmes et enfants tenaillés sans relâche par la faim et la soif incarnent le nouveau visage de Tamelo, modeste bourgade peuplée d\'une centaine d\'âmes (dans le sud de Djibouti), où il faisait bon vivre autrefois.Ici, le visiteur avait droit à l\'hospitalité proverbiale des habitants : une natte de raphia et un grand bol en bois rempli de lait encore mousseux. Faute de quoi, nul ne pouvait s\'autoriser à l\'interroger sur l\'objet de sa visite sous peine de pervertir la tradition et de s\'attirer les foudres des chefs coutumiers.

Issu d\'une famille d\'éleveurs, Adoyta, 55 ans, a perdu tout ce qui faisait son orgueil : son troupeau.. La sécheresse est arrivée sans crier gare et à decimé ses bêtes. Une après une. Cela ne lui a laissé aucun répit, donné aucune chance. Lui qui, comme les siens, avait l\'intime conviction d\'être rompu aux caprices de la nature... De mémoire de nomade, jamais calamité n\'a été aussi désastreuse. Deux ou trois semaines de plus, et c\'était la mort assurée, en tout cas pour celles et ceux d\'entre nous en situation de vulnérabilité : femmes, enfants, personnes âgées. Heureusement que le président Ismail Omar Guelleh a tiré la sonnerte d\'alarme. A temps., affirme-t-il, le regard embué. Joie d\'être sauvé ?Colère ? Difficile de lire dans ses pensées.

A l\'appel du chef de l\'Etat, M. Ismail Omar Guelleh, le gouvernement djiboutien a decreté, lundi 2 juillet, des mesures d\'urgence pour venir en aide aux sinistrés. Le plus rapidement possible. Les premiers soutiens seront acheminés dès demain. Dans un délai maximum de 48 heures, des convois d’eau potable et de vivres seront distribués, via le ministère de l’Agriculture et celui de la Solidarité nationale, avait indiqué ce jour-là le Premier ministre, M. Abdoulkader Kamil Mohamed, à l\'issue de la réunion tenue au palais de la République sous le haut patronage du président Guelleh.

De Tamelo a Kalakaleyti en passant par Sali, les convois d\'aide qui sillonnent l\'arrière-pays sont accueillis comme une manne céleste par nos compatriotes vivant dans les zones rurales. Mais ils ne représentent qu\'une goutte d\'eau dans l\'océan, comme le fait remarquer un membre du comité régional de Dikhil, chef-lieu du district du même nom, dans le sud du pays. Il est vrai que l\'octroi d\'une première assistance, bien que louable, s\'avère dérisoire tant l\'ampleur des besoins est saisissante. Chemise trempée, regard perdu, s\'affairant sous un soleil de plomb, un responsable des équipes techniques chargéés de la distribution de l\'aide s\'émeut :L\'heure est à l\'urgence. Il faut sauver ce qui peut l\'être. Par tous les moyens.

Ces paroles pourtant réconfortantes semblent n\'avoir aucun effet sur Adoyta et les siens. Ils n\'ignorent pas que la disparition de leur cheptel a réduit à néant tout espoir de vivre à Tamelo. Plus aucun avenir sur cette terre qui l\'a vu naître et où il aurait aimé finir son existence. Comme son père avant lui. Comme tous ses ancêtres. La seule possibilité qui s\'offre à moi, c\'est de m\'installer en ville et de trouver du travail pour nourrir ma progéniture, confie- t-il, l\'écume aux lèvres, visiblement plein d\'amertume. Ce qu\'Adoyta et sa famille ne savent pas en revanche, c\'est qu\'ils deviendront dans ce cas ce qu\'il est convenu d\'appeler des réfugiés climatiques. Malgré eux.

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