Une brève histoire de l’établissement public « Électricité de Djibouti »

Par Abdi Aden Hadi | 17 février 2010
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Une brève histoire de l’établissement public « Électricité de Djibouti »

Source: LA NATION

Créée en janvier 1960, l’établissement public dénommé Électricité de Djibouti a célébré, le mois dernier, 50 ans d’existence. Profitant de l’occasion, la direction de l’établissement public a bien voulu ouvrir à la presse ses archives chargées d’histoire. Voici donc, racontée à partir de ces vieux documents précieusement conservées par EDD, l’histoire de l’électricité dans notre pays. EDD… A Djibouti, les initiales ne laissent personne indifférent. C’est sur ces trois lettres, en effet, que repose la quasi-totalité des besoins énergétiques de la République de Djibouti. En revanche, l’histoire d’EDD parait beaucoup moins connue. A l’origine était un italien. Quand et comment l’électricité est apparue dans notre pays ? C’est un italien qui répondait au nom d’Antoine REPICCI qui a eu la lumineuse idée d’éclairer la ville. Arrivée de sa Calabre natale vers 1906, il travaille tout d’abord comme chauffeur de locomotive au chemin de fer. De caractère assez ombrageux, il quitte deux ans après son employeur à la suite d’une brûlure très grave à la face qui le contraint pour le restant de sa vie à porter la barbe. Puis, REPICCI a trouvé du travail. Il est embauché par la maison Keverkof–Minassian, dont une des activités est de fabriquer de la glace. Quelques mois plus tard, la maison abandonne la fabrication qui est aussitôt reprise par un commerçant grec qui répondait au nom de Monsieur Noceto. Ce dernier possédait par ailleurs un petit groupe électrogène qui alimente en électricité, outre ses installations, le palais du gouverneur et la douane de l’époque. Le sieur REPICCI n’en démord pas, et suit son nouveau patron. Nous sommes alors pendant la première guerre mondiale, en 1906-1914-1919. Vers la fin des hostilités, Antoine REPICCI saute sur l’occasion et reprend à son compte l’entreprise abandonné par son ex-patron M. NOCETO. Il fait aussitôt venir d’Italie des vieux moteurs achetés d’occasion, certains même à la ferraille. Transportés à Djibouti, ils sont remis en état par l’audacieux REPICCI et une excellente équipe d’électromécanique, tous italiens, ses compatriotes. Il continue ainsi à fournir pour son compte la fourniture d’électricité à quelques favorisés. Il agrandit par la suite son entreprise en ajoutant une exploitation d’eau gazeuse et de limonade, et une petite fabrique de boutons de noix de « corozo ». C’est vers le 15 août 1919 qu’une convention lui assure finalement le monopole de la fourniture et de la distribution du courant électrique dans l’ensemble du territoire de ce qui s’appelait alors la Côte française des Somalis. Les rues principales sont éclairées en 1921. Les rues principales furent éclairées en 1921 donnant ainsi un nouveau visage à la ville. L’électricité symbole de modernisme fait de Djibouti une ville phare pour l’homme de la brousse et ceux qui fuient les conséquences néfastes des guerres et des sécheresses. Le terrain sur lequel était construit l’usine de M. REPICCI , qui pouvait alors approximativement produire 500KW, avait été acheté par lui à la compagnie de l’Afrique orientale en 1922. celle-ci le tenait de M. Nocetto depuis 1913, et ce dernier l’avait acheté à M. Keverkof (le terrain est délimité au nord par le boulevard de la République au nord-est par la rue Louis Dose au nord-ouest par le cinéma Odéon et au sud par la Milice). En novembre 1935, le cœur de M. Repicci cessa de battre. A sa mort, son usine électrique se composait de 6 moteurs qui entretenaient par courroies de génératrices à courant continu. Le consul d’Italie, chargé de régler la liquidation et la succession, confiait à M. Michon la gérance de l’usine, provoquant la colère du gouvernement français qui avait pourtant placé un adjoint à M. Repicci, en l’occurrence M. Franchette, un ingénieur conseil. La Colonie « nationalise » l’énergie électrique en 1939. Le 8 juillet 1939, les autorités de la Colonie achètent finalement les matériels et les installations plus les droits d’occupation. La gestion et l’exploitation de l’usine sont confiées à la Direction des Travaux publiques. Quelques années plus tard, des problèmes apparaissent. Le fonctionnement de la centrale REPICCI posait des problèmes, principalement pour la réfrigération. L’eau de mer nécessaire était tirée de puits creusés à l’intérieur de la centrale et qui se colmataient sans cesse. 1949, c’est l’année du rattachement du Franc Djibouti au Dollar, la seule monnaie qui circulait réellement dans le monde. La même année, une petite centrale annexe est construite à l’intérieur du Port de Djibouti. Elle reprenait à son compte l’alimentation du Port, du Héron du boulevard des Messageries et une partie du plateau du Serpent. Elle a fonctionné elle aussi jusqu’au mois de mars 1954, date de la mise en service de la centrale du Marabout, qui abritait à l’origine 4 groupes électrogènes d’une puissance totale de 3 600KW. En 1973, un violent tremblement de terre endommagea gravement la centrale du Marabout qui avait été construite sans que soit prise en compte les normes antisismique d’où la création d’une nouvelle centrale thermique. La centrale thermique de Boulaos, de conception moderne est finalement inaugurée. Sa structure étant modulaire, 6 groupes sont installés avec possibilité d’étendre sa capacité de production. Quand, en janvier 1960, les autorités coloniales ont pris la résolution de confier la production de l’électricité à un établissement doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière dénommé Électricité de Djibouti, elles ont manifestement voulu faire profiter au mieux Djibouti de sa position géostratégique. Et comme le système a fort bien marché, à l’indépendance, les nouvelles autorités du pays ont jugé utile de ne pas changer de modèle. Pour répondre aux besoins immédiats, d’importants investissements portant sur les entretiens des équipements en place et l’achat de nouveaux groupes ont été réalisés. A Djibouti, l’énergie consommée provient presque totalement de la transformation d’hydrocarbures de base importés. Tout au long de ses 50 années d’existence, EDD a connu des hauts et des bas. L’entreprise a cependant franchi dignement de multiples obstacles qui se sont dressés sur son chemin, poursuivant constamment son évolution sur tous les plans. La disponibilité de l’énergie et son coût de production sont des éléments importants et essentiels pour la croissance économique. Depuis l’Indépendance jusqu’à ce jour, le gouvernement ne cesse d’affirmer sa volonté de réduire la dépendance énergétique du pays en mettant en valeur les sources d’énergies renouvelables. L’énergie géothermique ainsi que les énergies solaires et éoliennes montrent des résultats tangibles. Sans oublier l’interconnexion avec le réseau hydraulique de l’Éthiopie, qui est en passe de se concrétiser. Satisfaire les besoins sans cesse croissant des abonnés, résorber le déficit énergétique en mettant en place de nouveaux outils de production, lutter efficacement contre les fraudeurs et les mauvais payeurs, et enfin maintenir des prix raisonnables malgré les fluctuations des prix des produits pétroliers… tels sont les défis que l’EDD se doit de relever avec brio. Et pour cela, les responsables d’EDD misent avant tout sur leurs ressources humaines. « Notre plus grande richesse, celle qui a donné vie et force à notre entreprise, ce sont les hommes et les femmes qui la composent 50 ans après, ils sont fiers de leurs actes et de l’utilité de leur engagement », déclarait le directeur d’EDD, Djama Ali Guelleh, à l’occasion de la cérémonie marquant le cinquantenaire d’EDD.

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