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Il était une fois le CCFAR...

Par Isman O. | 24 septembre 2024
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Il était une fois le CCFAR...

Source: ADI

DJIBOUTI, 24 septembre 2024 (ADI)- Mon parcours scolaire, comme celui de milliers d'enfants de la postcolonie, est indissociable de mes fréquentations de ce qui fut le Centre culturel français Arthur Rimbaud (CCFAR), ancêtre de l'actuel Institut français de Djibouti. Mes premiers flirts avec la littérature ont conféré au "Centre", comme on l'appelait tous, une dimension autrement plus décisive. Les hasards de la vie ont fait le reste : une série de rencontres aussi intéressantes qu'inattendues ont fortement contribué à resserrer le lien avec ce temple du savoir où le génie rimbaldien trônait au milieu de tant d'autres sommités littéraires. Le modeste lycéen que j'étais, tout occupé à redessiner en permanence un drôle de triangle des Bermudes entre lire, écrire et rêver, n'en demandait pas mieux. Ce fut d'abord Sylvain Germain dont l'amour pour les belles lettres n'était pas donné à voir mais à vivre, entre deux ou trois phrases ponctuées de longs moments de silence. Je ne saurai dire pourquoi j'ai aussitôt accepté de partager avec lui mes premiers textes brouillons, truffés de fautes et chargés de ratures. Encore moins pourquoi je lui fis part d'une difficulté matérielle à laquelle il n'a pas tardé à répondre en me faisant don d'un vieux dictionnaire dont les pages jaunies s'offraient comme une promesse.

Celle d'atténuer ma soif de connaissances autant que ses ressources limitées pouvaient le  permettre. Celle de servir de passerelle pour accélérer ma rencontre avec d'autres grandes voix littéraires. Son secret ? Accompagner chacune de ses définitions d'une citation plus ou moins longue. C'est ainsi que je fis, par exemple, la connaissance de Césaire et son "Cahier d'un retour au pays natal". Un astre dans un ciel de brume. Le fracas  qui habite l'instant où il cisèle ses vers fait de lui un inventeur particulièrement méritant. Celui d'une mystique du langage.

Ce fut ensuite Pénel, le magicien du verbe dont la passion ardente fut un creuset propice à l'émergence de nouveaux auteurs nationaux très talentueux à l’image du nouvelliste Abdi Ismaèl Abdi ou du poète Abdi Mohamed Farah. C'est lui l'architecte du fameux concours littéraire organisé en 1996 et qui a placé "L'enfance éclatée" du même Abdi Ismaèl Abdi en tête des œuvres primées. C'est encore à lui que l'on doit "Le Temps des livres", événement littéraire annuel grâce auquel Djibouti parvenait à renouer, une semaine durant, avec sa vocation de terre de rencontres : poètes et écrivains d'ici et d'ailleurs venaient s'y retrouver. Le temps d'échanger les maux contre des mots. Pour moi, évoquer le passage de Pénel, c'est aussi revisiter un pan de l'histoire de l'ancien CCFAR.

Ce fut enfin les écrivains djiboutiens de langue française eux-mêmes. A commencer par le plus illustre d'entre eux, Abdourahman A. Waberi. C'est au CCFAR, au milieu d'étagères chargées de livres, que je le découvris pour la première fois. Il était alors en train d'animer un atelier d'écriture.dont l'intitulé avait quelque chose de prémonitoire : Écrire Djibouti, ses rêves et ses ratés. Ce qu'il ne cessera de faire dans la plupart de ses œuvres.

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