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Quinzaine de la Francophonie : Des mots d'ici et d'ailleurs...

Par Isman O. | 21 mars 2024
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Quinzaine de la Francophonie : Des mots d'ici et d'ailleurs...

Source: ADI

"Embrasser poétiquement ma réalité de Djiboutien somali. Et restituer l'imaginaire de mon univers intérieur grâce à la langue française... m'ont incidemment mis dans la peau du Cadi amené à unir un couple mixte. A l'instar de cet homme pieux, j'ai prié et prie encore pour la célébration de ce mariage interculturel. Pour que ces combinaisons linguistiques ne desservent ni le rythme du vers, ni le fond de ma pensée. En d'autres termes, j'espère n'avoir pas dérouté les lecteurs avec ces mots de chez moi mélangés à la langue française." En écrivant ces mots, le poète djiboutien Abdi Mohamed Farah ne cherchait pas seulement à attirer l'attention sur la singularité de son écriture à la fois hétérogénérique et hétérolingue. Il entendait montrer aussi combien la langue française pouvait trouver dans les langues dites locales qu'elle est amenée à côtoyer le limon propre à la fertiliser un jour. Ce qui fait la force du message de celui que nous considérons à juste titre comme le plus rimbaldien de nos poètes de langue française, c'est qu'il fait naturellement écho aux débats actuels autour d'une francophonie qui ne se conçoit plus en tant qu'espaces géographiques plus ou moins restreints, mais comme une vitrine ouverte sur le monde.

En d'autres termes, j'espère n'avoir pas dérouté les lecteurs avec ces mots de chez moi mélangés à la langue française."

En écrivant ces mots, le poète djiboutien Abdi Mohamed Farah ne cherchait pas seulement à attirer l'attention sur la singularité de son écriture à la fois hétérogénérique et hétérolingue.

La quinzaine de la Francophonie dont les activités ont débuté à Djibouti pas plus tard qu'hier est justement l'occasion d'interroger notre rapport à la langue française que nous avons en partage tant celle-ci est appelée à devenir le lieu d'expérimentation de nouvelles sonorités d'ici et d ailleurs. Dit autrement, à se nourrir de ressources autres que celles dont elle peut se targuer de receler de par son histoire et son usage par plusieurs centaines de millions d'hommes et de femmes disséminés dans de vastes régions du monde.

"J'ai souvent entendu mon regretté père utiliser des mots comme lotarail (autorail), burotaba (bureau de tabac), cheftiric (chef du district), parmiso (permission ). Savait-il que ces déformations langagières trouvaient leur justification dans un rapport lointain avec la langue du colonisateur? Quand j'y pense, je ne peux m'empêcher de vouloir écrire un dictionnaire du parler de cet homme que la cohabitation avec Khayre Cadee (le Blanc) avait conduit à utiliser une langue que, de toute évidence, il était incapable de maîtriser", écrivait l'autre jour un jeune Djiboutien sur les réseaux sociaux.

Ces éléments confortent l'idée selon laquelle, pour nous autres Djiboutiens, le temps est peut-être venu de repenser le lien avec la langue française dont le contact avec nos propres langues est justement ce qui permet qu'elles s'enrichissent mutuellement par un mouvement d'interactions continu.

De fait; une langue est, par nature, quelque chose de vivant, quelque chose de mouvant. Elle épouse les innovations consécutives au progrès technique et technologique grâce à la formation de néologismes à l'intérieur d'elle-même ou à des emprunts à d'autres langues auxquels elle réussit parfois à donner un sens nouveau en misant sur ses propres ressources.

En tout état de cause, envisager sous cet angle l'apport du français dans nos propres langues (et réciproquement) revient à tracer une piste de recherche sérieuse à laquelle nos jeunes universitaires ne manqueront sûrement pas de s'intéresser.

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