"Le Japon est très éloigné de la Corne de l’Afrique mais ne peut pas rester indifférent devant la détérioration de la situation humanitaire", déclare l’ambassadeur du Japon à Djibouti
Par YHB
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10 novembre 2009
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Source: ADI
Dans un important discours qu’il a prononcé dimanche dernier, à l’occasion de l’ouverture, à l’hôtel Kempinski, du Forum des intellectuels de la grande Corne de l’Afrique, l’ambassadeur du Japon à Djibouti, M. Masaki Noke, s’est dit heureux que son pays ait contribué à la concrétisation de cette manifestation.
"Le Japon est très éloigné de la Corne de l’Afrique mais ne peut pas rester indifférent devant la détérioration de la situation humanitaire", a expliqué le diplomate nippon, précisant que son pays soutient différents projets en matière de renforcement des capacités proposés par l’UNESCO en particulier en Afrique par le biais du Fonds en dépôt japonais créé en 2000.
Dévoilant que le premier principe de son gouvernement est de "fournir une aide pour le développement et la croissance en Afrique", M. Noke a affirmé que "le Japon s’engage à doubler son APD et son investissement à destination de l’Afrique d’ici 2012 tel qu’il s’y est engagé lors de la réunion de la TICAD IV l’année dernière".
Quant au second principe du Japon, il consiste à "contribuer à la paix et à la stabilité de l’Afrique", a-t-il poursuivi, avant de souligner que les autorités japonaises prévoient d’examiner différentes mesures, y compris, la façon de faire une participation encore plus active dans les Opérations de Maintien de la Paix et une plus grande contribution pour la résolution des conflits au Soudan et en Somalie.
Voici le discours intégral tenu par l’ambassadeur du Japon à Djibouti, M. Masaki Noke, devant les intellectuels des pays de la Corne de l’Afrique :
"Messieurs les Ministres,
Monsieur le Président de la Commission Exécutive du FHGC,
Monsieur le Directeur Général-Adjoint de l’UNESCO,
Honorables Invités,
Mesdames et Messieurs,
J’aimerais, tout d’abord, féliciter les participants de la région de la Corne de l’Afrique, le gouvernement de Djibouti ainsi que l’UNESCO et les organisateurs pour la tenue de cette importante conférence.
Permettez-moi également de saisir cette opportunité pour célébrer l’élection de Djibouti en tant que membre du Conseil Exécutif de l’UNESCO, où ce pays jouera assurément un rôle positif.
En novembre 2007, le gouvernement japonais a soutenu le lancement du Forum de l'Horizon de la Grande Corne (FHGC). Nous sommes heureux de contribuer au FHGC cette année encore.
Pour ma part, j’en suis d’autant plus satisfait que j’ai été personnellement contacté cet été par l’Ambassadeur de Djibouti auprès de l’UNESCO et que j’ai discuté avec Tokyo et le Directeur Général de l’UNESCO, M. Matsuura, afin de soutenir ce projet par le biais du Fond en dépôt du Japon pour le renforcement des capacités des ressources humaines.
En fait, nous aidons, par le biais du Fonds en dépôt japonais créé en 2000, différents projets en matière de renforcement des capacités proposés par l’UNESCO en particulier en Afrique.
Cette action se base sur la conviction que le renforcement des capacités des ressources humaines est indispensable pour un développement durable et plus de 170 projets ont ainsi été réalisés dans les domaines de l’éducation, de la science, de la culture et de la communication.
Le FHGC et ses réunions de cette année s’accordent parfaitement avec nos buts. Dans les pays déchirés par la guerre, les populations, et en particulier les jeunes, ont été privées de la chance de faire des études et de penser à leur avenir commun et il devient alors plus difficile pour ces populations de se réapproprier leur destin.
Le FHGC peut servir à briser ce cercle vicieux en renforçant les capacités des leaders d’opinion, c'est-à -dire des intellectuels et des acteurs politiques, à travers le dialogue et la recherche.
Mesdames et messieurs,
Au Japon, nous avons un nouveau Premier Ministre, M. Hatoyama, depuis le mois de septembre. Il souligne l’importance de la paix et du développement en Afrique. Aussi, permettez-moi de me reporter aux deux principes fondamentaux de la politique du Japon à l’égard de l’Afrique.
Le premier principe est de fournir une aide pour le développement et la croissance en Afrique. Dans son allocution à l’Assemblée générale des Nations Unies, M. Hatoyama a clairement indiqué que le Japon continuera et renforcera le processus de la TICAD, la Conférence de Tokyo sur le Développement de l’Afrique, qui a démarré en 1993.
Ainsi, le Japon s’engage à doubler son APD et son investissement à destination de l’Afrique d’ici 2012 tel qu’il s’y est engagé lors de la réunion de la TICAD IV l’année dernière.
Le second principe est de contribuer à la paix et à la stabilité de l’Afrique. Le gouvernement du Japon examinera différentes mesures, y compris, la façon de faire une participation encore plus active dans les Opérations de Maintien de la Paix et une plus grande contribution pour la résolution des conflits au Soudan et en Somalie.
Le Japon est très éloigné de la Corne de l’Afrique mais ne peut pas rester indifférent devant la détérioration de la situation humanitaire. Même si je me limite d’évoquer nos aides en ce qui concerne le Darfour, mon pays a apporté une contribution équivalente à 150 millions de dollars américains au cours de deux dernières années afin d’améliorer la situation humanitaire et sécuritaire.
Nous sommes également conscients de l’importance géostratégique de la région. La récente augmentation de la piraterie dans le Golfe d’Aden et dans l’Océan indien au large de la Somalie a alerté la communauté internationale, qui fait tous ses efforts pour sécuriser cette route capitale entre l’Asie, le Moyen Orient et l’Europe. Aux côtés des autres pays, le Japon déploie deux frégates et deux avions de patrouille maritime afin de lutter contre la piraterie.
Mais nous savons tous que la solution à la piraterie n’est ni militaire ni sur la mer. Cela nous conduit à renforcer nos actions en faveur d’une situation stabilisée en Somalie.
L’aide du Japon par le biais des organisations internationales comprend une aide humanitaire pour les réfugiés et les personnes internationalement déplacées, et un soutien pour apporter un soutien afin d’aider la jeunesse somalienne à acquérir des moyens légaux de gagner sa vie autres que la piraterie.
Cette aide s’étend jusqu’à l’aide relative à la sécurité comme les mesures pour contrer le trafic d’êtres humains, pour renforcer le contrôle des frontières, et pour organiser le ramassage et la destruction des armes légères et de petit calibre. De plus, le Japon développe son aide en faveur du renforcement de l’AMISOM. Sur les deux dernières années, l’aide du Japon concernant la Somalie aboutit à un total de 85 millions de dollars.
Le Japon coopérera avec l’Organisation maritime mondiale, l’OMI, et les pays de la région, y compris pour la création d’un Centre de Formation à Djibouti, pour le bien du renforcement des capacités des gardes-côtes des pays dans la région.
Mesdames et Messieurs,
Maintenant, abordons plus spécifiquement le thème de cette conférence ; l’identité, la citoyenneté et l’intégration régionale. J’ai lu avec un grand intérêt l’article de référence préparé par le Docteur Kidane Mengistteab. Bien sûr, je crois qu’il s’agit là des facteurs clés de la paix et la stabilité en Afrique en général et dans la Corne de l’Afrique en particulier.
Ici, je voudrais soulever 3 points.
D’abord, il est d’une importance vitale de souligner la valeur des individus.
En tant qu’animal social, un homme peut vivre uniquement dans un groupe d’hommes.
L’identité et la citoyenneté sont tous deux un moyen pour situer l’homme dans sa relation aux groupes. Les liens substantiels pour le groupe peuvent être biologiques, culturels, sociaux, politiques, religieux ou idéologiques. Et souvent, il existe une tension parmi les groupes et entre le groupe et ses membres individuels. Ce qui débouche sur des conflits dont les individus sont les victimes.
Notre exercice intellectuel ne devrait pas aboutir à la préservation et l’équilibre de l’intérêt des groupes en tant que tels. La sécurité et le bien-être de chaque individu forme la valeur suprême.
Second point. Je voudrais insister sur le rôle de l’Etat. Dans nos discussions, nous évoquerons les différents types d’entités et le rôle de l’Etat deviendra relatif. Mais à ce jour, les éléments les plus importants restent les Etats.
On s’attend à ce que l’Etat soit le gardien de la vie et du bien-être des individus et pour cette raison l’Etat concentre dans ses mains les forces militaires et de police.
Nous sommes frappés par le fait désolant que ce n’est pas le cas dans certains pays et c’est exactement ce dont nous discutons aujourd’hui. Mais lorsqu’un Etat ne joue pas le rôle qui est attendu, nous devrions aider cet Etat à jouer son rôle. Nous devrions être attentifs à ne pas affaiblir le rôle de l’Etat.
Troisième point, je voudrais aborder la question de l’identité régionale. Dans de nombreuses régions du monde, l’intégration progresse mais l’identité régionale reste souvent un objet de défi.
Il y a deux exemples typiques d’intégration régionale, l’Europe institutionnelle et l’Asie fonctionnelle. L’Union Européenne a été créée par des traités complexes et une bureaucratie puissante sous l’autorité d’un leadership politique fort. Elle a réussi à promouvoir la paix et la prospérité. Ce processus été facilité par une identité de l’Europe plutôt claire grâce à son histoire gréco-romaine et sa culture judéo-chrétienne.
Mais après un élargissement et un approfondissement rapides de son intégration, les populations semblent moins sûres quant à ce que l’Europe est et plus prudent en ce qui concerne une intégration plus poussée.
L’Asie, a contrario, possède moins d’institutions régionales et de cadres juridiques. Mais l’interdépendance s’y développe. Le commerce intra-régional, c'est-à -dire le commerce entre les pays de la région, représente 55% en Asie de l’Est sans institution solide, soit un niveau proche des 60% en Europe avec une puissante organisation institutionnelle.
L’Asie représente un bon exemple d’intégration fonctionnelle. Maintenant, notre Premier Ministre propose de créer une Communauté de l’Asie de l’Est et les discussions s’intensifieront. Mais l’Asie est bien plus diversifiée que l’Europe. Le contexte historique et culturel commun est limité. Le régime politique et le niveau de développement économique varient d’un pays à l’autre. Une identité régionale n’est pas facile à définir.
Pour terminer mes observations, permettez-moi de raconter une anecdote. Il y a quelques années, lorsque le Japon et 10 pays du Sud-est asiatique ont organisé des échanges culturels à la recherche d’une communauté en Asie de l’Est, nous avons créé une chanson commune qui pourrait être partagée par l’ensemble de la région. Ce n’était pas une simple chanson. La mélodie et les paroles de base étaient communs, mais chaque pays disposait de sa propre version, tribale, folk, rock, heavy metal et même rap. Le compositeur de cette chanson très spéciale disait : mon rôle est d’offrir un canevas. Sans canevas, vous ne pouvait pas peindre de tableau, en revanche sur un tel canevas vous pouvez vous sentir pratiquement libre de peindre ce que vous voulez peindre et comme vous le voulez.
Créer une identité n’est pas une tâche facile. Mais la remarque de ce compositeur suggère ce qu’une identité régionale devrait être. Comme un canevas pour des images, l’identité régionale ne devrait pas être en conflit avec les identités de chaque entité, y compris les états membres, mais au contraire les inclure toutes et constituer pour elles un terrain commun indispensable.
Je vous remercie de votre attention".
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