09/02/2020
« Faire taire les armes à feu pour de bon nécessite la participation de tous », affirme le président Ismail Omar Guelleh


« Le terrorisme et l’extrémisme violent constituent une plaie dans notre continent ; une plaie qui laisse dans son sillage dévastation, désespoir et tragédie ».

C’est en substance ce qu’a déclaré le président Ismail Omar Guelleh à l’ouverture des travaux aujourd’hui à Addis-Abeba, en Ethiopie, du 33e sommet ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA.

« Nous tous y sommes exposés et chacun d’entre nous constitue une cible potentielle. Face à ces menaces, la coopération entre Etats ne se pose plus comme un devoir de solidarité, mais bien comme un impératif d’intérêt commun, car nos vies en dépendent », a souligné le chef de l’Etat djiboutien.

L’ADI vous reproduit ci-après l’intégralité du discours du président Guelleh :

« Louange à Dieu que la paix et la bénédiction soient sur le Prophète, sa Famille et ses Compagnons

Monsieur le Président,
Excellences, Messieurs les Chefs d’Etats et de Gouvernements,
Monsieur le Président de la Commission,
Mesdames et Messieurs,

D’emblée, je voudrais adresser à S.E.M le Premier Ministre, Dr Abiy Ahmed, mes plus vifs remerciements et ma gratitude à Vous, à votre gouvernement ainsi qu’au peuple éthiopien pour l’accueil chaleureux et fraternel qui, comme à l’accoutumée nous a été réservé à moi et à ma délégation depuis notre arrivée dans votre beau pays.

Je souhaiterais, ensuite, m’acquitter d’un agréable devoir, celui de vous présenter à toutes et à tous mes vœux les meilleurs pour cette année qui débute. Je souhaite paix, sécurité, stabilité et prospérité à notre continent.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

« Faire taire les armes en Afrique n’est pas un choix mais un impératif ». A juste titre, notre assemblée s’est engagée en 2013 « à ne pas léguer le fardeau du conflit et de la destruction à la prochaine génération d'Africains et nous nous sommes engagés à mettre fin à toutes les guerres d'ici 2020». Nous sommes aujourd’hui arrivés à la date fatidique. Certes, nous sommes bien loin de notre objectif, mais cela veut pas dire, non plus, que nous avons dormi sur nos lauriers car, depuis les premiers balbutiements de notre organisation nous avions mis en place un centre de gestion de conflits qui a été continuellement réformé afin de répondre aux besoins de notre continent et ce jusqu’à son format actuel qui est l’APSA (architecture africaine de paix et de sécurité).

Alors que faire pour empêcher cette persistance ou la résurgence de conflits dans certaines parties de notre continent.

A mon sens, l'édification de sociétés résilientes est essentielle pour faire taire les armes à feu en premier lieu. Cela implique des institutions fortes qui répondent aux besoins des citoyens, une bonne gouvernance et une politique inclusive.

Ces dernières années, le continent a fait de grands progrès non seulement dans l'approfondissement de la démocratie et des institutions démocratiques, notamment grâce à la mise en œuvre de l'architecture de gouvernance africaine telle le MAEP, mais également au niveau du développement des connaissances, des compétences et de l'expertise dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits en Afrique.

En second lieu, nous devons rester forts et vigilants, à la fois dans nos capacités de dissuasion, de prévention et de réaction. Il nous faut rester à l’écoute de la population en encourageant la création de plates-formes facilitant le dialogue et leur participation aux processus politiques et économiques afin de promouvoir l’équité.

Il nous faut, également, accélérer le développement en éliminant la pauvreté et les inégalités, s'attaquant ainsi aux profonds facteurs structurels des conflits africains.

Il nous faut, en outre, renforcer les capacités locales et nationales de prévention et de gestion des conflits afin que les femmes, les jeunes, les chefs de gouvernement, les chefs religieux et autres puissent tous être formés afin de gérer les conflits à leur source, et empêcher l'escalade ainsi de ces conflits.

Il nous faut, enfin, les inciter à participer aux infrastructures de paix et à d’autres mécanismes, tels que les centres nationaux de coordination des interventions d’alerte précoce. Les conséquences des changements climatiques, entre autres, menaçant la sécurité alimentaire des populations et entraînant ainsi des déplacements de populations, apportent leur lot de conflits intercommunautaires aux frontières.

A titre d’exemple, dans les années 90, la région de l’IGAD connaissait une trentaine de conflits intercommunautaires, une prolifération d’armes légères, beaucoup de conflits pastoraux transfrontaliers. C’est dans cet esprit que nous avons mis en place en 2002 dans notre région le mécanisme CEWARN qui réunissait Djibouti • Éthiopie • Kenya Somalie • Ouganda • Soudan • Érythrée. Le Sud Soudan a rejoint le CEWARN dès son indépendance. La mission principale du CEWARN était d’évaluer les situations pouvant potentiellement conduire à la violence ou à des conflits et prévenir l’escalade car ces disputes s’expriment aujourd’hui en armes automatiques ; sans oublier les groupes terroristes en prédation, pour qui ces failles représentent des opportunités inespérées et à travers lesquelles ils prospèrent.

Monsieur le Président,

En dépit des progrès réalisés dans la pacification et la stabilisation du continent, les défis restent importants car de nombreux pays frères restent "prisonniers du cercle vicieux de conflits violents en raison de la criminalité transnationale, du terrorisme et de la prolifération des armes légères et de petit calibre.

Le terrorisme et l’extrémisme violent constituent une plaie dans notre continent ; une plaie qui laisse dans son sillage dévastation, désespoir et tragédie. Nous tous y sommes exposés et chacun d’entre nous constitue une cible potentielle. Face à ces menaces, la coopération entre Etats ne se pose plus comme un devoir de solidarité, mais bien comme un impératif d’intérêt commun, car nos vies en dépendent. Djibouti abrite, à cet égard, le centre régional sur l’extrémisme Violent (CVE) qui est un Centre d’Excellence dédié à la formation, au dialogue et à la recherche. Une multiplication de ce type de centre , une coopération étroite entre les pays, un partage d’informations permanent, l’éveil des consciences par des sensibilisations et la mise en place de remparts contre la manipulation des consciences, surtout auprès des jeunes, s’imposent.

Monsieur le Président,

Une Afrique sans conflit est, bien entendu, la responsabilité première des Africains. Nous sommes capable de faire de la paix une réalité viable et durable à travers notre continent. Mais comme l’adage le dit chez nous « Une main ne se lave pas toute seule ». Faire taire les armes à feu pour de bon nécessite la participation de tous. Nous l’avons vu, le partenariat de l'Union africaine et des Nations Unies a déjà porté ses fruits dans différents pays de notre continent. Je profite de cette occasion pour remercier le Secrétaire général des Nations S.E.M Guteress, S.E.M Moussa Faki et enfin S.E.M Ramtane Lamamra, qui ont travaillé en étroite collaboration pour la mise en œuvre de cette initiative. Ils ont, en effet, au cours des deux dernières années, développé et renforcé une capacité commune à détecter et désamorcer, non seulement, les crises avant qu'elles ne dégénèrent, mais à les résoudre également.

C’est seulement unis et solidaires, Chers Frères, et parlant d’une seule et même voix, que nous allons pouvoir atteindre nos objectifs car le défi est énorme.
Une fois de plus, c’est un honneur et un plaisir que d’être parmi vous. Je vous remercie pour votre aimable attention. »

AAD

Source :ADI