17/12/2007
Le Président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh, a assisté aujourd’hui à une audience solennelle de la cour suprême, présidée par Mme. Kadidja Abeba.


Le Président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh, a assisté aujourd’hui à une audience solennelle de la cour suprême, présidée par Mme. Kadidja Abeba.

Au cours de cette audience solennelle, le Chef de l’Etat a prononcé une importante allocution. S’adressant au Corps de la magistrature dans son ensemble, le Président a déclaré : « Mon gouvernement, comme il l’a fait par le passé, sera à vos cotés pour encourager vos efforts et pour continuer les reformes et le processus de modernisation de notre justice. »

Nous vous proposons ce discours in extenso.

« Louange à Dieu que la paix et la bénédiction soient sur le Prophète, sa Famille et ses Compagnons.

Mesdames et Messieurs,

Distingués invités,

En me confiant la charge de diriger notre pays, mes compatriotes m’ont également plébiscité pour accéder à la magistrature suprême de notre pays Chaque jour qui passe, je ne cesse de mesurer le poids de cette responsabilité et de la confronter aux réalisations et aux attentes de notre société

Car comme vous le savez, la justice est le paradigme de toute société où l’anarchie n’a pas de place et où le Vivre Ensemble est une exigence de tout instant fondée sur des valeurs religieuses, culturelles et identitaires

Notre société s’organise autour de ces valeurs et c’est pourquoi notre aspiration à la justice est consubstantielle à notre organisation sociale

Tous nos systèmes traditionnels, le MADCA ou le XEER, sont mus par cette nécessité de rendre justice, certes à l’intérieur d’un système social donné, mais toujours dans le but de garantir les intérêts des uns et des autres

Cette définition de la justice reste invariable Elle n’est sujette à aucune altération, à aucun anachronisme

Notre société a certes évolué ; elle a subi des mutations profondes. Néanmoins, les hommes et les femmes qui la compose sont toujours habités par la justice, par le désir d’être juste et de vivre juste tout au long de leur existence.

Vous les juges, vous les avocats, vous les auxiliaires de notre système judiciaire, vous êtes avant tout, les dignes représentants de cet idéal de justice qui émane de tous les pores de notre société ;

Vous êtes les libres représentants de cette justice de la République qui se définit comme libre et équitable. Sachez que votre dévouement, votre engagement et votre sens des responsabilités sont respectés et considérés comme il se doit par la population.

Mesdames et Messieurs,

Il y a sept ans j’avais constaté les difficultés physiques et objectives qui gangrenaient notre appareil judiciaire. Ces difficultés étaient de taille ; non seulement elles justifiaient l’engorgement de nos tribunaux mais aussi elles étaient de nature à provoquer le découragement de nos magistrats.

Ces difficultés avaient pour nom la bureaucratie, les déficits en ressources humaines, le retard dans l’exécution des jugements et beaucoup d’autres dysfonctionnements qui laissaient voir que notre justice ne jouissait pas de conditions satisfaisantes.

Le gouvernement a réagi immédiatement face à ces carences qui n’avaient pas lieu d’être : Nous avons fourni des efforts appréciables ;

Nous avons modernisé le fonctionnement judiciaire de l’administration et fluidifier ainsi le traitement des dossiers ; nous avons activé les services de contrôle et amélioré ainsi l’efficacité de nos juridictions ; nous avons également recruté des magistrats pour éviter l’engorgement de nos tribunaux.

Mesdames et Messieurs,

Aucune justice n’est parfaite, sauf la justice divine.

Notre système judiciaire, comme les autres systèmes judiciaires à travers le monde, est perfectible. Il est perfectible car il doit s’ajuster aux évolutions des mentalités et aux nouvelles aspirations de notre société ; il est perfectible car il doit intégrer la complexité des intérêts économiques des différents acteurs de notre société.

Mesdames et Messieurs,

Notre société a évolué, les djiboutiens et les djiboutiennes sont plus que jamais réfractaires aux abus communautaires ou matrimoniaux dont le droit coutumier était le refuge et le prétexte.

Il ne s’agit là en aucun cas d’une démarche qui oppose le droit coutumier au droit commun. Il s’agit tout simplement d’une logique qui reconnaît et affirme la primauté des droits des individus face aux forces privatifs qui bafouent ces droits.

Alors que la population djiboutienne s’apprête à célébrer le 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à la fin de l’année 2008, nous ne pouvons tolérer toutes sortes de violations qui portent atteintes aux libertés fondamentales de nos concitoyens.

Mesdames et Messieurs,

Notre système judiciaire, aussi outillé qu’il soit, aussi intentionné qu’il soit, aussi perfectionné qu’il soit perdrait de sa crédibilité et de sa légitimité s’il négligeait son objectif principal ; celui d’être avant tout au service des justiciables. C’est sa raison d’être et c’est le seul critère de performance qui prévaut sur tous les autres.

Or, il arrive que cette évidence se perde des fois, dans les débats du labyrinthe judiciaire.

Il arrive des fois que l’appareil judiciaire secrète lui-même les éléments de blocage et de paralysie et que le justiciable soit victime de ces torts et de ses travers.

Lorsque cela se produit, c’est simplement inadmissible et indigne d’un Etat de droit qui élève la bonne administration de la justice et la bonne gouvernance au rang des obligations prioritaires.

Je sais que notre justice s’administre selon des délais, en fonction des juridictions et en fonction de la complexité des affaires ;

Je sais que toute décision ou jugement est assujetti à un délai raisonnable, dans le double souci d’éviter une justice nonchalante qui oblitère l’urgence de rendre justice mais également une justice expéditive qui se prononce uniquement sur les apparences.

Le principe du délai raisonnable s’intercale entre ces deux extrêmes.

Sans ce principe, notre justice ne serait pas fiable. Car cela reviendrait tout simplement à penser l’impensable c’est à dire qu’une décision pourrait être prononcé arbitrairement, au gré des humeurs des juges, ou encore en fonction des lourdeurs bureaucratiques.

Mesdames et Messieurs, s’il en était ainsi, cela relèverait du déni de justice, cela serait donc grave.

Cela serait grave car cela signifierait que des procédures dilatoires ou des renvois exagérés obstruent la bonne marche de notre justice.

Cela est contraire à l’idée de notre justice qui doit se déployer en toute célérité et en toute équité.

Lorsque de tels manquements sont observés, ils ne doivent pas rester impunis !

Aussi bien les juges que les auxiliaires qui se rendent responsables des tels travers doivent assumer leurs inconséquences.

Il appartient respectivement au Service d’Inspection des services judiciaires et au Conseil de l’Ordre des avocats de s’affranchir de leurs obligations et de recenser ces pratiques destinées à entraver le bon fonctionnement de la justice.

Il appartient également au Conseil Supérieur de la Magistrature de sévir de façon juste et exemplaire face à de telles violations.

Mesdames et Messieurs les juges, c’est votre faculté de dire le droit dans le respect de l’ordre public mais également en votre âme et conscience.

Personne ne doit vous contester ce principe. C’est le fondement même de votre impartialité et de votre intégrité. Néanmoins, vous devez avoir le souci constant de motiver vos arrêts et vos jugements. Car non seulement cela vous protège de l’arbitraire, mais cela également peut servir à dissuader l’exercice de voies de recours automatiques qui dérapent souvent dans l’embouteillage des juridictions.

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes fiers d’avoir consolidé notre indépendance nationale acquise il y a trente ans.

Le pouvoir judiciaire, avec l’exécutif et le législatif naturellement, a constitué un pilier indispensable dans la consolidation de cette souveraineté.

Durant ces trente années, notre système judiciaire a accompagné avec souplesse et pragmatisme la longue marche de l’affermissement de notre Etat.

Pourtant la route n’était pas tracée d’avance. Il a fallu éviter le conflit des juridictions, c’est à dire faire en sorte que notre droit moderne cohabite avec nos droits coutumiers et les exigences de notre religion. Il a fallu également, toujours avec souplesse et pragmatisme, créer les conditions qui intègrent, harmonisent et unifient ces trois sources.

Il a fallu aussi adapter sans cesse notre droit aux nouvelles exigences de la mondialisation économique ; c’est à dire transposer les normes régionales et internationales dans nos législations.

Ce travail de modernisation perpétuelle de notre système judiciaire, c’est grâce à vous qui constituez la grande famille de la justice et qui avez su suivre cette modernisation que cela est possible.

Pour nombre d’entre vous qui sont venus aux responsabilités pendant ces trente années, vous avez en même temps participé et accompagné le processus de maturation de notre système judiciaire, vous avez marqué et vous continuez de marquer de vos empreintes la progression de notre droit et de notre justice.

Loin d’être un handicap, votre jeunesse, aidée en cela par l’expérience de vos illustres aînés est une promesse riche d’avenir pour notre système judiciaire.

Nous savons combien la valeur d’une institution comme la justice dépend en premier lieu des hommes et des femmes qui la servent.

C’est pourquoi, vos qualités morales et professionnelles, vous devez les mettre intégralement au service des nos concitoyens. C’est pourquoi vous devez continuer à dire le droit et à rendre justice en toute impartialité.

Vous qui incarnez et représentez la justice de l’Etat, sachez que vous êtes aussi le garant de la crédibilité et de la légitimité de l’Etat.

C’est parce que vos décisions engagent la responsabilité de l’Etat, vous devez veiller à leur justesse et à leur équité.

Mon gouvernement, comme il l’a fait par le passé, sera à vos cotés pour encourager vos efforts et pour continuer les reformes et le processus de modernisation de notre justice. A ce propos, je voudrais rappeler ici les responsabilités qui incombent au Ministère pour mener à bien tous les projets initiés. Plus ces projets seront concrétisés et traduits dans les faits, plus la performance de notre justice en sortira optimisée.

Je vous remercie de votre attention. »

YHB

Source :ADI