23/03/2018
L’incivisme sur le réseau routier : Une véritable gangrène sociale


Assise à même le sol entre deux voitures garées sur une des deux voies de l’Avenue 26, Mariam Ahmed Fourreh, mère de 4 enfants en bas âge, est vendeuse de blé. Le visage marqué par la fatigue, elle s’affaire chaque après-midi dans ce coin de la route pour y vendre sa petite marchandise.

Mariam n’a pas du tout peur des voitures. Pour elle, tout ce qui compte, c’est subvenir aux besoins de ses bambins qui ont perdu leur père il y a une année.

"Je suis consciente du risque que j’encours en vendant ma marchandise en pleine route. Mais je n’ai pas le choix, je dois nourrir mes enfants", dit-elle le nez sous les pots d’échappement d’une 4 x 4 garée.

Mariam n’est pas la seule qui risque d’être percutée un jour par une voiture. Les trottoirs de cette avenue, espaces réservés exclusivement aux piétons, servent carrément à autre chose. Gargotières, laveurs de voiture, marchands ambulants et vendeuses de khat cohabitent allègrement en toute quiétude, poussant ainsi les piétons à partager la route avec les véhicules.

Mais, en plus d’occuper illégalement les espaces publics, ceux-là même qui s’adonnent à ces genres de pratiques, représentent une des principales causes de la dégradation des routes.

"Il est très courant de voir des personnes en train de déverser des eaux usées domestiques sur la route et des restaurateurs qui déversent les déchets dans les caniveaux et les exutoires. Ce qui bloque l’écoulement des eaux, qui plus tard se déversent sur la chaussée et la dégradent", explique un haut responsable de l’Agence Djiboutienne des Routes (ADR).

Un peu partout dans la capitale, on peut relever des infractions quant à l’occupation illégale de l’espace public. Au centre-ville, il est facile de remarquer certains restos qui y ont même construit des vérandas pour augmenter le nombre de tables. D’autres, qui semblent posséder un titre de propriété sur l’espace public, inaugurent des garages à ciel ouvert.

Le constat est donc amer. Très amer. La dégradation, à une vitesse de croisière, de nos routes est due aux tentacules du commerce illégal qui s’étendent si profondément sur les trottoirs et à l’incivisme des personnes qui habitent aux abords.

Pourquoi les autorités compétentes n’agissent pas face à cette situation ? Pourquoi l’illégalité, l’anarchie sont banalisées jusqu’à s’ériger en règles ?

"Les travaux de réhabilitation des routes nécessitent des sommes faramineuses. Cependant, il est inacceptable de rester indifférent face aux activités illégales qui endommagent la pérennité du bitume. C’est pourquoi nous allons entreprendre les démarches nécessaires avec la collaboration de la Mairie, de la direction des Domaines publics et de la direction générale de la police nationale", assure le haut cadre de l’ADR. "L’espace public, bien commun, souffre d’agressions intenses, continues et volontaires", ajoute-t-il.

Décidemment, l’incivisme a atteint des proportions alarmantes qui rendent de plus en plus ardues la tâche aux pouvoirs publics, car annihilant tous les efforts et investissements consentis pour placer Djibouti au rang des pays émergents.

AAD

Source :ADI